‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 2 sur 102 · DU TOME PREMIER · texte numérisé non relu

DU TOME PREMIER

Dans ce volume, nous avons réuni les thèses de chimie et de physique et les travaux sur la cristallographie qui marquent l'entrée de Pasteur dans la vie scientifique. Ces travaux l’ont amené à l'étude des fermentations. Ils furent ainsi l’origine de ses découvertes ultérieures.

Pasteur mit dans ces recherches tout son enthousiasme, toute sa foi dans la science, une persévérance invincible à poursuivre la vérité, et cette faculté géniale qui lui faisait apercevoir au delà du phénomène particulier des horizons illimités. Les hypothèses que lui dieta son imagination divinatrice, il les vérifia par les observations les plus patientes, les plus minutieuses.

Associant la cristallographie, la chimie et l’optique moléculaires, il fut conduit avec une rigueur absolue à la découverte d’une loi générale. Cette loi lui permit de reconnaître, dans les principes immédiats de la cellule vivante, une propriété fondamentale qui établit une ligne de démarcation entre les produits minéraux ou artificiels et les produits formés sous l’influence de la vie.

La plupart de ces travaux de cristallographie s’échelonnent de 1847 à 1857.

Passionné par de telles recherches, Pasteur eut l'intention de leur consacrer toute sa vie. Cependant, lorsqu'après avoir découvert la dissymétrie moléculaire dans les produits organiques naturels, il eut constaté l'influence de cette dissymétrie dans les phénomènes d'ordre physiologique, il s’orienta dans une voie nouvelle. Mais cette voie n'était que le prolongement naturel de ses découvertes sur la chimie moléculaire. En plein travail sur les fermentations il ne cessail,

d’ailleurs, de s'intéresser à la cristallographie dont certaines des lois

« touchent aux conditions les plus cachées de la création et de la vie ». « Il faut de toute nécessité, disait-il, que des actions dissymétriques président pendant la vie à l'élaboration des vrais principes immédiats naturels dissymétriques... L'univers est un ensemble dissymétrique, et je suis persuadé que la vie, telle qu’elle se manifeste à nous, est fonction de la dissymétrie de l'univers ou des conséquences qu’elle entraîne... On ne parviendra à franchir la barrière, qu’établit entre les deux règnes minéral et organique l’impossibilité de produire par nos réactions de laboratoire des substances organiques dissymétriques, que si l’on arrive à introduire dans ces réactions des influences d'ordre dissymétrique. C’est là qu’il faudrait placer le problème, non pas seulement de la transformation des espèces, mais aussi de la création d'espèces nouvelles. »

En 1870, éloigné de son laboratoire, il note des projets d’expériences ; c’est la poursuite de cette idée qui lui est chère de faire agir des forces dissymétriques dans les phénomènes chimiques. En 1878, bien qu'absorbé par ses travaux sur les maladies virulentes, il a le dessein de réunir et de coordonner ses diverses publications sur la cristallographie sous le titre : Études de chimie moléculaire ou recherches sur la dissymétrie dans les produits organiques naturels; il corrige de sa main ses anciens mémoires et il écrit plusieurs pages restées inédites. Emporté par ses recherches sur les vaceinations, l'ouvrage projeté ne put être réalisé; mais, même dans toute l’ardeur de ses expériences sur la cause et la prophylaxie des maladies infectieuses, même dans la tourmente des discussions sur la rage, sa pensée se reportait vers ses premiers travaux. A plusieurs reprises, il publia des notes pour répondre à des controverses sur la chimie moléculaire; et, encore en 1883, il faisait devant la Société chimique une leçon sur l’ensemble de son œuvre en cristallographie. De toutes ses découvertes, celle sur la dissymétrie des produits essentiels de la vie lui tenait à cœur plus qu'aucune autre. Dans ses dernières années, on l’entendit plus d’une fois dire avec regret : «Ah! que n’ai-je une nouvelle existence devant moi! avec quelle joie je reprendrais ces études sur les cristaux! » Il entrevoyait que par elles se révélerait peut-être un jour l’origine de la vie.

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