‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 20 sur 102 · P:M— 90° EI DIR · texte numérisé non relu

P:M— 90° EI DIR

Dans ce tartrate, que j'ai étudié avec soin, rien n’annonce l’hémiédrie. Peut-être, si lon pouvait obtenir de gros cristaux, certaines facettes viendraient indiquer ce caractère si constant dans tous les tartrates. Il faut bien remarquer que l’absence de l’hémiédrie n’est pas prouvée quand la forme ne lindique pas géométriquement. Une substance hémiedre peut donner des cristaux homoëédriques, c’est-à-dire des cristaux où existent toutes les faces que demande la loi de symétrie. Ainsi la pyrite jaune, qui, en général, cristallise en dodécaëdres pentagonaux, se trouve quelquefois en cubes portant toutes les faces du dodécaèdre rhomboïdal, Le cristal, au point de vue purement géométrique, est homoëdre; mais au point de vue de la structure moléculaire interne, il est toujours, à coup sûr, hémièdre, et ses propriétés physiques le manifestent.

Tartrate double de potasse et d'ammoniaque. — Ce sel peut être obtenu par une évaporation lente, en gros cristaux complètement isomorphes avec le tartrate neutre de potasse, décrit précédemment.

Tartrate double de soude et d'ammoniaque; tartrate double de soude et de potasse. — Ces deux sels, que lon peut obtenir en cristaux d’une grande beauté, ont la même forme cristalline, avec les mêmes faces et les mêmes angles. Ils cristallisent en prisme droit, à base rectangle (fig. 8 et 9). La forme primitive simple (fig. 8) ne se rencontre pas. Elle est toujours modifiée, comme lindique la ligure 9, par les facettes b!, b+, et les cristaux complets ont, en

outre, les angles solides tronqués. La relation des formes cristallines des tartrates se poursuit dans ces sels doubles; on a :

P:M— 90° P:bL—14299,49/".

Ces deux sels sont hémièdres. Puisque les cristaux peuvent dériver d’un prisme droit, à base rectangle (fig. 8), les arêtes B sont identiques, les arêtes C sont identiques. Par suite, dans la figure 9, les arêtes f'et les arêtes /! sont respectivement identiques; mais ne parlons que des arêtes f : ce sont les seules qui nous intéressent. C'est de la dissymétrie de leurs modifications que nous sommes partis précédemment pour distinguer les deux espèces d’hémiédrie. Les arêtes /, au nombre de huit, devraient être simultanément modifiées de la même manière. Or, toujours quatre seulement portent de petites facettes, et les deux arêtes modifiées à une extrémité latérale sont en sens inverse des deux arêtes modifiées à l’autre extrémité, de manière à fournir un tétraèdre irrégulier par leur prolongement. Chacun voit de suite qu'il y a deux tétraëèdres possibles, puisqu'il y a huit facettes f, et que, par rapport aux

Fic. 8. Frc- 9.

faces P et T, ces deux tétraèdres seraient en sens inverse. Ces deux tétraèdres sont symétriques; ils ne peuvent se superposer : ils sont l’un par rapport à l’autre ce qu'une image, dans une glace, est par rapport à la chose réelle.

Dans les deux tartrates que nous examinons, si l’on place le cristal devant soi, les faces T horizontales, les faces P verticales, la facette /, placée à droite de la face P, la plus rapprochée du corps de l'observateur, est une des facettes tétraédriques. En d’autres termes, d’après la convention faite, l’hémiédrie est à droite dans les tartrates de soude et d’ammoniaque, de soude et de potasse.

L'hémiédrie n’est pas indiquée par les facettes qui naissent sur les arêtes f'. J'ai en effet rencontré, dans certains cas, l’arête f modifiée à gauche, lorsque l’arête f était modifiée à droite, dans le

SJ

tartrate de soude et de potasse. Ce dernier sel ne porte qu’assez rarement les facettes hémiédriques bien développées; mais quand elles existent, elles ont toujours la position que j'ai indiquée. L'étude de l’hémiédrie se fait mieux sur les cristaux de tartrate de soude et d’ammoniaque.

Émétique de potasse; émétique d’ammoniaque. — Ces deux sels, que l’on peut obtenir en beaux cristaux, surtout celui d’ammoniaque, sont isomorphes. Ils cristallisent en prismes droits, à bases rhombes, modifiés sur les arêtes des bases par les faces de l’octaèdre. Les faces de l’octaèdre, qui est d'ordinaire surmonté d’un autre octaèdre plus surbaissé, sont assez développées pour faire disparaitre, en presque totalité, les faces des pans. Le prisme droit, à base rhombe, qui forme les faces des pans, est souvent combiné avec les faces du prisme rectangulaire droit correspondant.

Si nous désignons par P et M les faces du prisme rectangulaire, et par D! les faces du prisme rhomboïdal, nous aurons :

Peut QUE DSP AS TOUS

La relation des formes cristallines des tartrates s’observe donc encore dans les émétiques.

Quant à l’hémiédrie, il est facile de voir, bien que les cristaux soient souvent homoëdres, qu'il y a une tendance du cristal à donner lieu à une forme tétraédrique : quatre des faces de l’octaèdre se développent plus que les autres, et finissent quelquefois par les faire disparaître. J'ai déjà fait remarquer précédemment que le développement de toutes les faces exigées par la loi de symétrie ne prouvait pas la non-existence de l’hémiédrie.

Nouvel émétique d'ammoniaque. — \orsqu'une solution d’émétique d’ammoniaque a donné, par refroidissement, des cristaux d’émétique isomorphe avec celui de potasse, et qu’on enlève ce premier émétique, les eaux mères donnent de suite, et en très peu de temps, une grande quantité de beaux cristaux prismatiques, allongés, beaucoup plus efflorescents que les cristaux d’émétique ordinaire, et qui n’ont plus du tout la forme de ces derniers cristaux. Les auteurs ne parlent pas de ce sel, et j'ai tout lieu de croire qu'il n’a pas encore été observé.

On trouve, dans ce tartrate nouveau, et la relation des formes des tartrates et le caractère d’hémiédrie à droite. Ce sel cristallise en prismes droits, à base rhombe, portant les faces du prisme rectangulaire correspondant très peu développées. Désignons toujours par

P et M les faces du prisme rectangle, par bt les faces du prisme rhom-

boïdal: on a : P.M— 90°

BP 1270.0!

Sur tous les cristaux, l’hémiédrie est nettement indiquée. Deux arêtes seulement, à chaque base, sont modifiées de manière à donner un biseau qui, à l’autre base," est placé en sens inverse; ce qui conduit encore à une forme tétraédrique. L'hémiédrie est à droite. L’angle du biseau est de 85°,30/. |

Acide tartrique. — L’acide tartrique est hémièdre. On ne peut pas spécifier le sens de l’hémiédrie. La forme des cristaux est tout à fait dissymétrique; et la propriété, si facile à vérifier, qu'a cet acide de donner deux pôles d’électricités contraires, lorsqu'on élève sa température, vient confirmer l'existence de ce caractère : car on sait, depuis longtemps, que ces deux propriétés sont corrélatives en général.

Je renvoie, pour l'étude détaillée de la forme de cet acide, au travail de M. de La Provostaye. La relation des formes cristallines des tartrates paraît se poursuivre encore dans l'acide tartrique; mais, dans tous les cas, elle est bien altérée. Cet acide dérive d’un prisme oblique à base rhombe, dont l’obliquité est assez prononcée. La facette b! fait avec la face P un angle de 135%, et la base est inclinée sur M de 103°.

Paratartrate neutre de potasse. — Ce sel peut s’obtenir en beaux cristaux, qui dérivent d’un prisme rectangulaire droit (fig. 10) [1]. La

Fi. 10. Erc. 11:

forme simple ne se rencontre pas. Elle est toujours modifiée sur les arêtes B, par une facette D!, qui fait avec la base P un angle très voisin de 130°. On a :

Page 1