‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 32 sur 102 · La température n’est pas indiquée. (Note de l'Édition · texte numérisé non relu

La température n’est pas indiquée. (Note de l'Édition

solution dans l'acide sulfurique et dans l’acide citrique. Avec l'acide sulfurique marquant 20°,5 à l’aréomètre de Baumé, le pouvoir rotatoire a été de 35,42 4; et avec l'acide citrique renfermant 20,58 pour 100 d’acide citrique cristallisé, le pouvoir rotatoire n’a été que I 12°,5 {'. L’asparagi st b ins soluble dans lPacid de + 12°,5 {. L’asparagine est beaucoup moins soluble dans lPacide citrique que dans les acides minéraux.

IT. — Acide aspartique.

14. En considérant les résultats qui précèdent et les relations qui unissaient l’acide aspartique à l’asparagine, l’étude optique de l'acide aspartique offrait un intérêt tout particulier. L'expérience va nous apprendre que cet acide dévie le plan de polarisation, et même qu’il y a beaucoup d’analogie entre son pouvoir rotatoire et celui de l’asparagine.

L’acide aspartique est beaucoup moins soluble dans l’eau que l’'asparagine. Je n'ai donc pu étudier le pouvoir rotatoire de la solution aqueuse; mais l’acide aspartique est soluble dans les alcalis et dans les acides. En solution dans les alcalis, il exerce la rotation à gauche, tandis qu'en dissolution dans les acides il lexerce à droite, et d’une quantité relativement beaucoup plus considérable.

15. Acide aspartique et ammontaque. — Le pouvoir rotatoire de l'acide aspartique en solution dans les alcalis est très faible. Aussi je ne donne les deux expériences suivantes que comme une approxi-

mation.

Proportion d'acide aspartique cristallisé . . . e —0,0402 Proportion de solution ammoniacale renferman til) de poids d'AZ HE RE EEEE e —0,9598 Densité dela liqueur PERRET d —1;0230 OR EAGNENNES LS 5 à 25 à a+ 0 a ue 00 1 — 500 Déviation de la teinte de passage . . . . . . . x — 24 L Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . . . . [xl; ——11°67, 16. Acide aspartique et soude caustique. — Le pouvoir rotatoire

de l'acide aspartique en solution sodique est plus faible encore que celui de la solution ammoniacale.

Une solution composée de :

AGITE AS PATIIQUe LS CCE OO UE SOUDE CAUSTIQUES 0. CR ON UODS 1,00000

et ayant une densité de 1,0794 à 23° ‘a donné dans le tube de

500 millimètres une déviation à gauche de 1°,2 seulement. La soude caustique renfermait 4 gr. 84 pour 100 de soude NaO.

Calculé d’après ces données, le pouvoir rotatoire serait égai à 20,22 DE Ce résultat, à cause de la faible valeur de +, ne peut être considéré que comme une approximation.

17. Acide aspartique et acide chlorhydrique. — Aïnsi qu'il arrive pour l’asparagine, le pouvoir rotatoire de l’acide aspartique en solution dans les acides s'exerce à droite.

Proportion d'acide du dans l'unité

8 TOCE AMEN SE e —,0,050943 Proportion d'acide c He é dri 1e mem

OP IB MEN Pen Is VMS 1e e — 0,949057 Densité la quete. à 22e. NC D ou 2 à — 1,08924 Température de l'observation . Les == 797) MONBUEURAUMUDE RER 1=500 Déviation de la teinte de passage. . . . . . x —7°68 re Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . . [x]; — + 27°68 (

18. Influence de l'acide nitrique sur l'asparagine. — J'ai cherché à reconnaître par l’examen du pouvoir rotatoire quelle était l'influence de l'acide nitrique sur l’asparagine. Une solution nitrique d’asparagine

composée comme il suit :

Proportion d’asparagine dans l'unité de poids . . . . 0,171752 Proportion d'acide nitrique à 36° B. . . . . . . . . . 0,828248

a été portée à l’ébullition pendant plus d’une heure dans un appareil distillatoire. J’ai réuni le liquide qui avait passé dans le récipient à celui qui restait dans la cornue. Le volume primitif de la solution avait varié de 1 centimètre cube environ. J'ai rajouté 1 centimètre cube d’acide nitrique afin de rétablir le volume primitif, et alors la solution observée dans un tube de 220 millimètres a donné une déviation de + 13°,68 /” pour la teinte de passage.

Afin de rechercher quelle avait été l'influence de l'acide nitrique pendant lébullition prolongée de la liqueur, j'ai composé une nouvelle dissolution d’asparagine dans l'acide nitrique, identique à la précédente, et je l’ai observée dans le même tube de 220 milli-

1. Je dois faire remarquer que cette expérience est entachée d’une légère cause d'erreur. L'acide aspartique que j'ai employé avait été préparé par l’action de l'acide nitrique sur l’asparagine. L’acide nitrique avait été saturé ensuite par de gros morceaux de marbre. Un des morceaux, aminci sur les bords par l'action de l'acide nitrique, s'était brisé et avait été mêlé aux cristaux d’acide aspartique. Pendant la dissolution de ce dernier acide, le petit fragment de marbre s'est dissous avec désagement d'acide carbonique. Son poids ne s'élevait pas à O gr. 2.

mètres, tout de suite après que la dissolution de l’asparagine a été achevée :

Proportion d° asparagine.

Proportion d'acide nitrique à 36° B* Densité du liquide à 21°,2 .

Température de l'observation

Déviation de la teinte de passage x Longueur du tube d'observation. . . . . . . . l Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres 2j

ï ( I IL Il L L

Ainsi, par l’ébullition de la liqueur première, la déviation est descendue de 19°,53 à 13°,68.

Cette expérience indique, ce que nous savions par ce qui précède, que le pouvoir rotatoire de lacide aspartique en solution dans l'acide nitrique est moindre que celui de l’asparagine dans le même acide.

Il restait encore à déterminer si toute l’asparagine avait passé à l’état d’acide aspartique dans cette opération. J’ai alors composé une solution nitrique d'acide aspartique renfermant une proportion d’acide aspartique égale à celle que pouvait fournir toute l’asparagine contenue dans les liqueurs précédentes, ce qui est très facile d’après les formules chimiques de lasparagine et de lacide aspartique. Cette nouvelle dissolution renfermait :

Proportion d'acide aspartique CR 07e Proportion d'acide nitrique à 36° B. . . . . . . . . . . (0,8446.

Elle a donné dans le tube de 220 millimètres, pour la teinte de passage, 14°,1 47: Or, après l’ébullition, la solution nitrique d’asparagine avait donné dans le même tube + 139,68 /” - Toute l’asparagine a donc été transformée par l'acide nitrique en acide aspartique.

IIT. — Acide malique et malates.

19. Les chimistes sont arrivés à ce résultat remarquable, que l’asparagine devait être considérée comme l’amide de l'acide malique. La composition de l’asparagine ne diffère de celle du malate neutre d’ammoniaque que par les éléments de l’eau, et l’on peut transformer l’asparagine en ammoniaque et en bimalate d’ammoniaque par l'acide hypoazotique. C'était dès lors une recherche bien curieuse que celle de la propriété rotatoire dans l'acide malique et les sels qui en dérivent. L'expérience va nous montrer qu’en effet cette propriété y existe.

DISSYMÉËTRIE MOLÉCULAIRE 137

20. Pouvoir rotatoire de l'acide malique. — L’acide malique en dissolution dans l’eau dévie à gauche le plan de polarisation des rayons lumineux. Saturé par les bases, il exerce la rotation tantôt à gauche, tantôt à droite.

L'expérience suivante a été faite avec un acide malique du sorbier,

que je n'avais pas préparé moi-même (!).

Proportion pondérable d'acide RP On CSH#082| ne e — 0,32907

Popoion ATOME NE : pr e — 0,67093

Déneteduliquide amor + POELE à — 1,13603

Longueur du tube d'observation . . . . . . . . . . . . = 00

Température de l'observation ; — 10°

Déviation de la teinte de passage. . . . . . . . . . . . = SON

Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . . . . . . . . [x]; = — 5°00. ù 21. Influence de l'acide borique. — On sait que M. Biot a trouvé

ce fait remarquable, que l'acide borique dissous dans l’acide tartrique augmentait considérablement la valeur du pouvoir rotatoire et changeait même le mode de dispersion exceptionnel propre à cet acide. L’acide borique influe également sur le pouvoir rotatoire de l'acide malique, quoique dans des limites beaucoup plus restreintes.

J'ai ajouté, à 97 gr. 390 de la solution précédente, 2 grammes d'acide borique cristallisé, et la déviation a été dans le tube de 500 millimètres égale à — 13°,2N, . Le rapport des deux déviations est égal à 1,4. L’acide borique augmente done le pouvoir rotatoire de l'acide malique.

L'expérience que je vais rapporter a été faite avec un acide malique que j'avais préparé avec les plus grands soins. Elle montre aussi l'influence de l'acide borique. La solution aqueuse pure de cet acide malique ne donnait qu’un soupcon de déviation à gauche dans le tube de 50 centimètres. J'ai pris 76 gr. 045 de cette dissolution, et jy ai fait dissoudre 1 gr. 885 d’acide borique cristallisé pur. La nouvelle liqueur a donné une déviation sensible de #,32 à gauche.

22, M. Biot a reconnu que les acides minéraux et organiques avaient, contrairement à l’acide borique, la propriété de diminuer le pouvoir rotatoire de l'acide tartrique. On peut même, comme je l’ai découvert, faire changer le sens de ce pouvoir rotatoire dans certaines circonstances. Ainsi le tartrate neutre de chaux dissous dans l'acide chlorhydrique dévie à gauche le plan de polarisation. Ces mêmes influences se représentent pour l'acide malique. Les acides

1. Dans le volume qu'il projetait en 1878 sur la Dissymétrie moléculaire, Pasteur a mis en note : « Cet acide était très impur ». (Note de l'Édition.)

minéraux où organiques tendent à faire passer à droite le pouvoir rotatoire de cet acide

23. On sait aussi, par les expériences de M. Biot, que le pouvoir rotatoire de l'acide tartrique augmente d’une manière très sensible avec la proportion d’eau et avec la température. Je ne puis encore publier les expériences que j'ai faites à cet égard sur l’acide malique. La faiblesse du pouvoir rotatoire de cet acide et d’autres difficultés exigent une grande circonspection dans les conclusions auxquelles conduisent les expériences. Si je m'en rapporte à de premiers essais, l'acide malique augmente également de pôuvoir rotatoire avec la proportion d’eau et avec la température.

Pouvoir rotatoire du bimalate d'ammoniaque. — Le bimalate d’ammoniaque dévie à gauche le plan de polarisation des rayons lumineux. L'expérience suivante donne la mesure de son pouvoir rotatoire :

Proportion de bimalate d'ammoôniaque dans

l'unité de poids € — 0,230252 Proportion d’eau. Le e—0,769748 Densité de la liqueur à 8° . à — 1,09793 Température de l'observation . 20 Longueur du tube d'observation. 1— 500 Déviation de la teinte de passage . a— 912 \ Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . [a]; = — 7022.

Si l’on sursature l'acide malique libre du bimalate par Pammoniaque, la déviation continue de s’exercer à gauche.

Voici une expérience faite en dissolvant le bimalate d’ammoniaque dans l'acide nitrique pur à 21° B.

Proportion Re de bimalate d'ammoniaque. . . . SARL se — 0,268028

Proportion d’ de nitr tre ne à 91 B. e—0,731972 Densité de la liqueur à 2195 0 — 129102 Température de l'observation . 20 Longueur du tube PERS 1500 Déviation de la teinte de passage JE ax — + 9924 “4 Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . . . . [xl;j— +560

Ainsi le pouvoir rotatoire du bimalate d’ammoniaque dissous dans l'acide nitrique est porté à droite. Ce fait rapproche encore l'acide malique de l’acide tartrique, ou mieux de lacide tartrique gauche.

Le pouvoir rotatoire du bitartrate d’ammoniaque diminue et tend à jpasser de droite à gauche, quand ce sel est dissous dans l'acide nitrique. Au contraire, le pouvoir rotatoire du tartrate acide gauche

d’ammoniaque tend à passer à droite quand on dissout le sel dans les acides minéraux.

On voit ici toute l'influence des acides minéraux sur le pouvoir rotatoire de l'acide malique. Aussi faut-il avoir soin d'opérer sur de l'acide malique préparé avec un soin tout particulier quand on veut étudier son pouvoir rotatoire. Cet acide ne cristallise que très difficilement; et souvent, par son mode même de préparation, il est mêlé à un acide minéral ou organique, qui altère son pouvoir rotatoire.

25. Formes cristallines du bimalate d'ammoniaque et du bimalate de chaux. — Jai montré, dans un travail antérieur, que dans la grande majorité des formes cristallines des tartrates on trouvait

FiG. 5. Fic. 4.

certaines faces principales inclinées entre elles sensiblement de la même manière. Les formes cristallines des tartrates dérivent toutes de prismes à base rectangle, droits ou très peu obliques. Deux des dimensions ‘de ces divers prismes sont sensiblement les mêmes; Or on retrouve cette relation de formes dans le bimalate d’ammoniaque et le bimalate de chaux.

Soit (fig. 3) un prisme rectangulaire droit ou très peu oblique. Le rapport de longueur des arêtes ou axes C: D se détermine, en cristallographie, par une modification telle que Pb! portant sur l’arête B (fig. 4). Or dans les tartrates on a toujours :

Angle de P sur M voisin de 90°, Angle de P sur b' voisin de 130°.

Cela posé, la forme des bimalates d’ammoniaque et de chaux est un prisme droit à base rectangle,"portant la modification L' et l’on a :

P sur M— 90° P sur #'— 125045! pour le bimalate d'ammoniaque P sur b!— 13325 pour le bimalate de chaux.

Malheureusement je n'ai pu, jusqu'ici, découvrir ni sur l’un ni sur l’autre de ces deux malates des signes d’hémiédrie; cela est très

à regretter, parce que la position des facettes hémiédriques indiquerait tout de suite si ces formes cristallines des malates se placent à côté des tartrates droits ou des tartrates gauches.

Cette absence de l’hémiédrie, dans des sels qui sont néanmoins susceptibles de la posséder, n’a rien qui doive surprendre. Ainsi la pyrite jaune est hémiédrique, et il y a des contrées où l’on ne la rencontre que cristallisée en cube, forme homoédrique. Il faudrait, dans les cristallisations artificielles des laboratoires, modifier les conditions de la cristallisation, de manière à faire varier les formes secondaires de chaque substance, comme cela est arrivé dans la nature.

26. Pouvoir rotatoire du malate neutre de chaux. — Le bimalate de chaux est très peu soluble dans l’eau. Une solution saturée à 8° donne une déviation à gauche de ; degré environ dans le tube de 50 centimètres. Dissous dans l’ammoniaque, ce bimalate de chaux dévie au contraire à droite, ce qui tient à ce que le malate neutre de chaux dévie à droite.

On obtient facilement un malate neutre de chaux cristallisé, en dissolvant le bimalate de chaux dans l’ammoniaque et abandonnant la liqueur à l’évaporation. En vingt-quatre heures, si les liqueurs sont étendues, il se forme une cristallisation abondante. Ce sel est presque insoluble dans l’eau. Mais lorsqu'on le dissout dans l’acide chlorhydrique, puis qu’on rajoute de l’ammoniaque en excès, il met beaucoup de temps à cristalliser, de même que le tartrate neutre de chaux avec lequel il serait facile souvent de le confondre. La forme cristalline de ce malate est hémiédrique, Je la décrirai dans un autre travail, parce qu'il me manque certains angles que je n’ai pu encore mesurer avec exactitude.

L'expérience suivante donne le pouvoir rotatoire de ce sel en dissolution dans l'acide chlorhydrique :

Proportion pondérable de malate de chaux

Cnistalisé "1. nl e—0,124736 Proportion d'acide cHlorpdniqnet à go. 5 Bu ; e — 0,875264 Densitéduliquide à 220 PERRET 5—1,13175 Température de l'observation . . . . . . DEN. Longueur du tube . . . .. ONE 1=50 Déviation de la teinte de passage. DCE 0 Dao — ju # Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . . . . x); — 10°88.

J'ai alors sursaturé ce liquide par lammoniaque, ce qui a fourni une solution aqueuse renfermant du sel ammoniac et du malate neutre de chaux. La déviation s’est maintenue à droite et de même

ordre. Voici, du reste, une observation précise qui donne le pouvoir rotatoire d’une solution de bimalate de chaux dans l’ammoniaque :

Proportion pondérable de bimalate de chaux . e — 0,23506 Proportion de solution ammoniacale . e —0,76494 Denstedelaliqueunalés SE MEET ENT à — 1,06053 Température de l'observation. —47° PonctETRdUUDE CEE — 500 Déviation de la teinte de passage. . . . . . . . x — + 5°40 r 6 Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres. [a]; = + 4934

En résumé, le malate neutre de chaux dévie à droite, qu'il soit dissous dans l’eau ou dans l’acide chlorhydrique.

L’acide tartrique gauche donne également un tartrate neutre de chaux qui, dissous dans l'acide chlorhydrique, dévie à droite; mais si l’on sature la solution chlorhydrique, elle dévie à gauche, tandis que la solution chlorhydrique du malate de chaux, saturée par l’ammoniaque, continue de dévier à droite.

27. Malate neutre de zinc. — Ce sel est très peu soluble dans l’eau. La solution aqueuse saturée dévie à droite.

28. Pouvoir rotatoire du malate double d'ammoniaque et d'antimoine. — L’oxyde d’antimoine a la propriété d'augmenter considérablement le pouvoir rotatoire de l’acide tartrique. Il n’est pas de tartrate où la déviation du plan de polarisation soit aussi marquée que dans les émétiques de potasse et d’ammoniaque. Ainsi le pouvoir rotatoire du tartrate neutre d’ammoniaque, d’après les expériences de M. Biot et les miennes, est, pour 100 millimètres,

[æ}r — + 29°00, celui de l’émétique d’ammoniaque est La}. = + 119975.

Le pouvoir rotatoire du bimalate d’ammoniaque est de même considérablement influencé par sa combinaison avec l’oxyde d’antimoine. Seulement, tandis que le bitartrate d’ammoniaque dévie à droite, comme le tartrate double d’ammoniaque et d’antimoine auquel il donne naissance, le bimalate d’ammoniaque dévie à gauche, et le malate double d’ammoniaque et d’antimoine dévie à droite.

Si l’on fait bouillir quelques instants une solution de bimalate d’ammoniaque déviant à gauche avec de l’oxyde d’antimoine, la liqueur filtrée donne une déviation considérable à droite. Cette liqueur, abandonnée à l’évaporation spontanée, fournit des cristaux volumineux de malate double d’ammoniaque et d’antimoine. Les facettes hémiédriques, très développées dans cette forme, la rendent

extrêmement difficile à étudier, d'autant plus que quatre des faces sont toujours courbes et qu'on ne peut en mesurer les inclinaisons mutuelles.

Par l’ébullition, même prolongée, avec l’oxyde d’antimoine, tout le bimalate d’ammoniaque n’est pas attaqué, et la portion restée intacte se dépose, en même temps que le malate double, en cristaux qu’il est quelquefois difficile de bien séparer. Quand cette circonstance se présente, elle tend à diminuer le pouvoir rotatoire du malate double.

Proportion pondérable de malate double

d'ammoniaque et d'antimoine . . . . . . . e — 0,068452 Proportiontdieaut EME ET CCE e—0,931548 Densitetdoiliquide M6 RE RE d —1,03513 Température de l'observation . . . . . . . . — 170 LOATENMRGNNENNE MEN SoLS SON À 0 1220 Déviation de la teinte de passage. . . . . . . x — + 1800 7 Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres . . . [xl; —+115°47.

Je dois ajouter qu'en précipitant la solution de ce malate double par le sulfhydrate d’ammoniaque, jusqu’à redissolution du précipité, et évaporant ensuite de manière à chasser tout le sulfhydrate et à mettre en liberté le sulfure d’antimoine, la liqueur filtrée donne une déviation à gauche, ce qui prouve que le bimalate d’ammoniaque a été régénéré.

29. Conclusions. — L'ensemble des faits que je viens de rapporter, et qui nous sont offerts par l'acide malique et les malates, ne peut manquer d’avoir vivement frappé lattention. Ils conduisent forcément à admettre d’intimes relations d’arrangements moléculaires dissymétriques entre l’acide malique et les acides tartriques. Il est très vraisemblable qu'il doit exister entre l’acide malique et l’un ou l’autre des acides tartriques, droit et gauche, un groupement moléculaire commun, avec la modification que peut apporter, dans ce groupement, la différence de composition de ces acides. Nous avons remarqué, en effet, toute l’analogie offerte entre la propriété rotatoire de ces acides tartriques et celle de l'acide malique. Nous avons vu, d'autre part, qu'il y avait une relation frappante entre les formes cristallines des malate et tartrate acides d’ammoniaque. Seulement il est difficile d'affirmer si le groupement moléculaire est commun à l’acide malique et à l’un plutôt qu’à l’autre des deux acides tartriques. Il n’y a de différence, en effet, entre les solutions correspondantes des deux séries tartriques que pour le sens de la déviation, et nous avons vu que le sens de la déviation des malates les rapprochait, tantôt de l’acide tartrique gauche, tantôt de l’acide tartrique droit. Rien n’est plus mobile d’ailleurs que ce sens de la

DISSYMËTRIE MOLÉCULAIRE 143

déviation. Des influences très faibles en apparence transportent à droite une déviation gauche, et inversement. J’en ai donné plusieurs exemples nouveaux dans ce Mémoire, en traitant de l’asparagine et de l'acide aspartique.

Il se pourrait aussi qu’il existât dans l’acide malique, et, par suite, dans les acides tartriques, deux groupements moléculaires dissymétriques, capables de dévier le plan de polarisation, et que, sous certaines influences, l’un des groupements l’emportant sur l’autre par sa déviation, l'acide malique parût se rapprocher, tantôt de l'acide tartrique droit, tantôt de l'acide tartrique gauche (!).

Cette idée, suggérée par les faits, de l’existence de relations moléculaires entre l'acide malique et lun ou l’autre des deux acides tartriques, est bien éloignée de répugner aux apparences que nous présente l'organisme. Dans les végétaux, partout où l’on trouve de l’acide malique, on trouve de l'acide tartrique, et inversement. Peutêtre la nature se sert de l’un de ces acides pour faire l’autre (?). Cette remarque porte même à induire que le groupement moléculaire en question serait commun à l'acide malique et à lacide tartrique droit ordinaire, car c’est l’acide tartrique droit que l’on trouve en compagnie de l'acide malique dans les fruits acides. J'ai retiré, notamment des raisins verts, si riches en acide tartrique droit, une quantité considérable d’acide malique identique avec lacide malique du sorbier.

Ces inductions raisonnables, mais qui demandent encore le contrôle de nouveaux faits, prennent une importance toute particulière, si l'on se rappelle les relations de propriétés qui existent entre les deux séries tartriques droite et gauche. Tout ce que l’on produit, en effet, avec l'acide tartrique droit ordinaire, on peut le produire avec l'acide tartrique gauche. Il n’est pas un tartrate droit qui n'ait son correspondant dans la série tartrique gauche, et les deux tartrates correspondants ont toujours même composition, même forme cristalline, avec les mêmes angles (si ce n’est la différence de position des facettes hémiédriques), même double réfraction, même poids

1. Dans le Mémoire qui a précédé celui-ci et qui est imprimé dans les Annales de chimie et de physique, 3 sér., XXVIII, 1850, p. 56-99 [p. 86-120 du présent volume], j'ai désigné les deux acides à pouvoirs rotatoires égaux et contraires, qui par leur union forment l'acide racémique, sous les noms d'acide dextroracémique, acide lévoracémique. Je préfère aujourd'hui, et j'ai employé dans tout le cours de ce Mémoire, les expressions acide tartrique droit, acide tartrique gauche. Cette nomenclature est plus claire, elle exprime les faits d'une manière plus saillante et plus juste ; elle se prête mieux également aux découvertes ultérieures possibles dans ce genre d’études.

2. Pasteur a modifié ainsi cette phrase dans le volume qu'il projetait en 1878 sur la Dissymétrie moléculaire : « Il est très probable que la nature se sert de l’un de ces acides pour faire l’autre ». (Note de l'Édition.) ÿ

spécifique, même solubilité. Conséquemment, s'il existe un groupement moléculaire commun entre l'acide tartrique droit et l'acide malique actuel du sorbier, il y a nécessairement un groupement moléculaire commun entre lacide tartrique gauche et un acide malique encore inconnu, et qui serait à l’acide malique actuel des chimistes ce que l'acide tartrique gauche est à l’acide tartrique droit. En d’autres termes, il y aurait deux acides maliques, l’un droit et l’autre gauche, comme il y a deux acides tartriques; et si la nature fait de l’acide tartrique droit avec l'acide malique actuel, elle doit faire de l'acide gauche avec l'acide malique inconnu, à l'existence duquel nous sommes ici conduits par induction. Ajoutons encore, car tous ces faits se tiennent par la main, que l’acide racémique prendrait naissance là où la nature réunirait les deux acides tartriques droit et gauche; et ainsi se trouverait éclairée l’origine mystérieuse de cet acide racémique de Thann.

30. Acide fumarique. — M. Pelouze (!) a établi, le premier, avec certitude, que l'acide malique pouvait fournir, par la distillation sèche, deux acides pyrogénés, qu’il désigna sous les noms d’acides maléique et paramaléique. Plus tard, M. H. Demarçay (?) établit chimiquement l'identité de l'acide paramaléique avec l'acide fumarique de la fumeterre.

J’ai recherché le pouvoir rotatoire dans le fumarate acide d’ammoniaque. L'expérience suivante tend à prouver qu’il n’y existe pas

Proportion pondérable de fumarate acide d'ammo-

niaque FAR RER EE CREME TERRIER OP S EEE Proportion d'ammoniaque contenant 9 pour 100 de

AZI SE Ne ee AT Ce US EU Densité de la liqueur à 14° . à —1,0987 Pongueur'duitube RER EERETENER ERU OUE

Il n'y a pas eu de déviation appréciable à la double plaque de M. Soleil.

L’acide qui a servi à préparer le fumarate acide d’ammoniaque employé dans cette expérience provenait de l'acide malique par le procédé de M. Hagen.

J'ai également retiré l’acide fumarique de la fumeterre, et j'ai reconnu que le fumarate acide d’ammoniaque (acide retiré de la fumeterre) avait la même forme cristalline et les mêmes angles que le

1. Pecouze (J.). Mémoire sur les produits de la distillation de l'acide maléique. Annales de chimie et de physique, ? sér., LVI, 1834, p. 72-87.

2. Demarçay (H.). Identité de l'acide fumarique de M. Winckler avec l'acide paramaléique de M. Pelouze. Annales de chimie et de physique, % sér., LVI, 1834, p. 429-4383. (Notes de l'Édition.)

paramaléate acide d’ammoniaque (acide retiré de l'acide malique). La forme cristalline n'offre, du reste, rien qui annonce l’hémiédrie.

La forme cristalline du fumarate acide d’ammoniaque est un prisme oblique à base rhombe, très peu oblique. Je n'ai dessiné, figure 5, que la partie antérieure. Les faces b se répètent à la partie inférieure par derrière. On a :

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