V. — REMARQUES GÉNÉRALES ET CONSÉQUENCES
Nous pouvons évidemment, d’après tout ce qui précède, ériger en loi générale, ne souffrant quant à présent aucune exception, que les corps droits et gauches non superposables, dont l'identité chimique est absolue tant qu’on leur offre des molécules inactives sur la lumière polarisée, se comportent comme des êtres tout à fait distincts dès qu’ils sont en présence de molécules qui, elles-mêmes, sont actives (!).
1. Cet alinéa ne figure pas dans l'extrait de ce Mémoire, qui a paru dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences et que nous avons reproduit p. 198. (Note de l'Edition.)
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Pour avoir maintenant une idée de la cause de ce mystérieux phénomène, si bien fait pour éclairer la partie mécanique des combinaisons, nous devons nous représenter les produits que nous avons obtenus en tant que substances actives sur la lumière polarisée.
Lorsque l’on unit les deux acides tartriques droit et gauche avec un corps inactif tel que la potasse, le corps inactif, c’est l'expérience qui le prouve, modifie de la même manière le pouvoir rotatoire. Les deux acides étaient identiques et non superposables. Il en est ainsi des deux combinaisons nouvelles, et les pouvoirs rolatoires sont encore égaux et de sens opposés. Mais unit-on les deux acides à un corps actif tel que la cinchonine, il y a, dans un cas, addition des pouvoirs rolaloires ; dans l’autre, soustraction.
Les déviations résullantes seront de même sens ou de sens contraire, suivant la valeur relative des pouvoirs rotatoires des corps unis; mais jamais ils ne seront égaux et de mêmes sens où égaux en valeur absolue et de sens opposés. Il est matériellement impossible d’assigner une autre origine à la cause des différences que l’on remarque entre les deux ordres de combinaisons que peuvent fournir les corps droits et gauches unis à des substances actives ou inactives.
Ce qui me paraît devoir surtout fixer l'intérêt des chimistes sur les généralisation possible des résultats auxquels je suis arrivé. Ainsi je regarde
recherches que je poursuis depuis plusieurs années, c’est la
comme très probable que toute substance droite peut avoir sa gauche, et réciproquement, offrant entre elles les mêmes relations que celles qui existent entre les acides tartriques droit et gauche ou leurs dérivés. Cette présomption puise en effet une très grande force dans l’étroite dépendance de l’hémiédrie et du phénomène rotatoire, car la forme d’une substance active est telle que lon peut en imaginer une autre identique et non superposable, se manifestant généralement par un tétraèdre irrégulier dont l’inverse est toujours possible. Or, puisque dans un cas, celui de la série tartrique, ces tétraèdres inverses existent et que le groupe moléculaire correspondant offre exactement la même stabilité que celui des tétraèdres directs, on ne voit pas pourquoi il n’en serait pas de même dans toutes les circonstances.
D'autre part, je regarde également comme très probable que l’inactif de tout corps actif est possible, offrant entre eux les mêmes relations que nous avons trouvées entre les acides maliques actif et inactif. Ici même les présomptions sont plus fortes. D'abord il existe deux exemples de corps inactifs correspondants à des corps acUls : l’acide malique et l'acide aspartique; mais, en outre, je montrerai bientôt à PAca-
démie, dans des recherches qui sont déjà très avancées, que l’on peut
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enlever facilement la propriété rotatoire à un grand nombre de produits organiques (1).
Cela posé, imaginons qu'à chaque corps actif corresponde son identique non superposable et son inactif, et l’on pourra former, avec deux groupes seulement, neuf combinaisons isomères dont voici le tableau
symbolique :
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