‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 56 sur 102 · NOTICE SUR L'ORIGINE DE L'ACIDE RACÉMIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR L'ORIGINE DE L'ACIDE RACÉMIQUE

L'acide racémique a été découvert à Thann, par M. Kestner, vers 1820. Dans les travaux assez nombreux dont il fut l’objet pendant plusieurs années, on le regarda généralement, sans qu'aucune preuve fût donnée à l'appui, comme existant lout formé dans les tartres des raisins des Vosges. C'était une simple présomption, tirée de la position de la fabrique où il avait été découvert. Cette opinion fut répétée dans tous les ouvrages de chimie, même dans ceux qui ont été publiés récemment. Ce que l’on croyait suftout, c’est que cet acide n’avait pas cessé d’apparaître dans la fabrique de Thann. En 1849, j'appris tout le contraire de M. Kestner. On ne l'avait jamais revu depuis l’époque de sa découverte. Cette circonstance frappa vivement l’attention de tous les chimistes, et, sur la demande de M. Pelouze, M. Kestner publia, dans les Comptes rendus pour 1849, quelles étaient les modifications qu'il avait fait subir à ses opérations depuis 1820. M. Pelouze écrivit également à M. White, autrefois fabricant d’acide tartrique, qui, disait-on, avait obtenu de l'acide racémique. M. White répondit qu’en effet il avait reçu dans sa fabrication un produit différent de l'acide tartrique, produit qu'il avait pris pour de l'acide racémique ; et il ajouta que les tartres qu'il employait à cette époque venaient de Naples, de Sicile et d’Oporto. M. Pelouze ayant fait part à M. Kestner de cette remarque de M. White, M. Kestner se rappela aussitôt que, vers 1820, il faisait venir une partie de ses tartres d'Italie (voir Comptes rendus, tome XXIX, les Notes de M. Pelouze [?]).

En l’absence de M. Kestner, retenu à Paris par ses fonctions de représentant, je m'empressai d'écrire à M. Gundelach, habile chimiste de sa fabrique, pour le prier de faire venir des tartres de lItalie, prin-

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 3 janvier 1853, XXX VI, p. 19-%.

Cette Note de Pasteur est précédée, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, d’une lettre de M. Kestner à M. Biot ayant pour titre « Nouveaux faits relatifs à l'histoire de l'acide racémique. » (Voir, à la fin du présent volume, Document VI.)

2. PeLouze. Sur l'acide paratartrique. (Extrait d'une lettre de M. Kestner à M. Pelouze.) Comptes rendus de l'Académie des sciences, XXIX, 1849, p. 526-527. — Sur l'acide paratartrique. 1bid., p. 557. (Notes de l'Édition.)

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cipalement de Sicile et de Naples. Diverses circonstances, indépendantes de la volonté de M. Kestner, firent retarder les expériences que ces messieurs devaient entreprendre.

La Société de Pharmacie de Paris eut l’heureuse idée, en 1851, de proposer pour sujel de prix les deux questions suivantes :

1°. Existe-t-il des tartres qui contiennent l’acide racémique tout formé ?

2°. Déterminer les circonstances dans lesquelles l'acide tartrique pourrait être transformé en acide racémique (1).

À peine l'annonce de ce prix était-elle connue, qu’un savant distingué de Londres, M. Pereira, fit imprimer dans le Journal de pharmacie, par l'intermédiaire de M. Guibourt, que l'acide racémique existait en grande quantité dans le commerce anglais.

Cette nouvelle me surprit beaucoup et me fit grand plaisir. Non seulement lacide racémique nravait occupé constamment pendant deux années, mais je venais de trouver entre les pouvoirs rotatoires de l’acide malique et de l'acide tartrique, et les formes cristallines hémiédriques des bitartrate et bimalate d’ammoniaque, des relations telles que, voyant d’ailleurs dans la nature les acides malique et tartrique s'accompagner constamment, je regardais et je regarde encore comme très probable que, là où existe l'acide racémique, doit se trouver le racémique malique, c’est-à-dire la combinaison des acides maliques droit et gauche. Pour toutes ces raisons, j'attachais infiniment d’importance à ce qui se rapportait, de près ou de loin, à l’origine mystérieuse de l’acide de Thann. Je dois dire, d'autre part, que, malgré l'incertitude qui régnait sur ce point, je jugeais comme impossible, dans l’état actuel de la science, la transformation de l’acide tartrique en acide racémique. Voici, en effet, un raisonnement très simple, et qui, pour n'être pas infaillible, a au moins une valeur réelle. L’acide racémique étant la combinaison, à poids égaux, de l'acide tartrique droit et de l’acide tartrique gauche, il est clair que le problème de la transformation de l’acide tartrique droit ordinaire en acide racémique est le même que celui de la transformation de l'acide tartrique droit en acide tartrique gauche. Mais tout ce que l’on fait avec l'acide tartrique droit peut être effectué, dans les mêmes circonstances, avec l'acide tartrique gauche. Par conséquent, dans une opération quelconque, surtout du genre de celle d’une fabrication d’acide tartrique, où l’on

n'emploie comme agents que des substances dénuées de pouvoirs

1. Voir, à la fin du présent volume, le rapport de M. Grassi sur ce prix qui fut attribué à Pasteur en 1853 : Document VII. (Note de l'Édition.)

rotaloires, si l'acide droit pouvait devenir gauche, la même opération, appliquée à l'acide gauche, le rendrait acide droit. En d’autres termes, la transformation paraît impossible. On peut tout au plus arriver à l'acide tartrique inactif. Je développerai plus tard les objections que l’on peut faire à ce raisonnement. Je n’expose ces idées que pour faire bien apprécier aux chimistes les motifs de la préférence que je donnais à celle opinion, que l'acide racémique était un produit naturel.

Ces détails feront comprendre, d’ailleurs, mon empressement à éclaircir le fait annoncé par M. Pereira. Je lui écrivis, ainsi qu'à M. Hofmann (1), et tous deux mirent à me servir la plus extrême complaisance. Fappris ainsi que la personne qui vendait en Angleterre l’acide racémique était un M. Simpson ; que ce fournisseur Urait son acide d'Allemagne ; que la quantité en magasin paraissait limitée, car M. Simpson ne pouvait en obtenir autant qu'il en désirait de son correspondant d'Allemagne. M. Hofmann, d'autre part, eut la bonté d'écrire aux principaux fabricants d’acide tartrique d'Angleterre et d'Écosse : et il résulte clairement de toutes leurs réponses, que je possède par écrit, que l'acide racémique est tout à fait inconnu dans les fabriques d'Angleterre. Il ne faut pas en tirer la conséquence qu'il n'y existe pas; j'ai même la conviction du contraire, à cause de l’origine des tartres des fabriques anglaises.

La question en était là lorsque j'eus l'honneur de voir M. Mitscherlich à Paris, à la fin du mois d’août dernier. Cet illustre chimiste m'apprit qu'un fabricant de Saxe préparait l'acide racémique, et qu'il lui en avait fourni. Peu de jours après, je me rendis chez ce fabricant, porteur d’une lettre d'introduction que M. Mitscherlich avait eu la bonté de me remettre. M. Fikentscher, homme très instruit, m’accueillit fort obligeamment. Il me dit : que l'acide racémique apparaissait dans sa fabrique, mais en très petite quantité; qu'il en obtenait davantage autrefois; que, peu de temps après la découverte de cet acide, il en avait préparé une assez grande quantité dont il lui restait encore quelques livres ; qu'aujourd'hui il le laissait perdre ; que la proportion qui prenait naissance était variable, et que, n’en ayant pas obtenu avec des tartres d'Autriche, il pensait bien comme moi que cet acide n’était pas du tout un produit artificiel; qu'enfin, lorsqu'il l’avait préparé en plus grande quantité, il tirait ses tartres de Trieste, mais qu'aujourd'hui il opérait avec des tartres de Naples. Lorsque je visitai ensuite la fabrique, je fus surpris de la très minime quantité d'acide racémique

1. Le texte porte Hoffmann, mais il s'agit incontestablement du chimiste allemand

\.-W. Hofmann qui vécut en Angleterre de 1845 à 1869 et qui fut en relation avec la plupart des chimistes français. (Note de l'Édition.)

qu'obtenait M. Fikentscher. Que l’on se figure, en effet, de grandes cuves en plomb couvertes d’une cristallisation en croûte épaisse d'acide tartrique en gros cristaux, et, dans les cavités que forment leurs parties saillantes, de petits cristaux aiguillés, se détachant en blanc sur les volumineux cristaux limpides d’acide tartrique, et l’on aura une idée de la manière dont apparait l'acide racémique dans la fabrique de Saxe ; en outre, ces pelits cristaux ne se forment jamais dans les premières cristallisations. J'ai constaté, d’ailleurs, que la liqueur acide qui en fournit est loin d'en contenir de grandes quantités ; elle n’en donne presque pas davantage dans les cristallisations subséquentes, ce qui tient à ce que l'acide racémique est extrémement peu soluble dans une solution concentrée d'acide tartrique.

Je fus bien étonné, et bien peiné, de voir l'acide racémique prendre naissance en aussi minime proportion. Je savais que M. Kestner, vers 1820, en avait obtenu de telles masses, qu'il l'avait expédié par centaines de kilogrammes. D'autre part, je désespérais que l’on pût jamais étudier l'acide malique des raisins qui contiennent lacide racémique d’une manière assez fructueuse pour y rechercher la présence du racémique malique. Mais une circonstance me rassura. En effet, M. Fikentscher opère sur des tartres demi-raffinés ; et je pensai, ce qui se confirma plus tard, que si, en 1820, M. Kestner obtenait proportionnellement beaucoup plus d'acide racémique, c’est qu'il avait opéré sur des tartres tout à fait bruts. Il est clair, en effet, que, si l'acide racémique existe tout formé dans les tartres, il doit rester en majeure partie dans les eaux mères du raflinage, quel que soit son état dans le tartre brut. Le racémate de chaux lui-même est, en effet, un peu soluble dans le bitartrate de potasse. Aussi, M. Fikentscher n'ayant appris qu'il existait à Trieste et à Venise de grandes raflineries de tartres, je résolus de partir pour ces deux villes, afin d'y étudier les eaux mères de ces raflineries. Mais je devais, en passant, n''arrêter à Vienne pour voir d’autres fabriques d’acide tartrique, circonstance qui fut très heureuse, car, à Vienne, la question de l’origine de l'acide racémique s’éclaircit d’une manière complète, en tant qu'il faut considérer cet acide comme un produit purement naturel.

Accompagné du savant professeur M. Redtenbacher, qui fut pour moi, durant mon séjour à Vienne, d’une complaisance extraordinaire, dont je ne puis assez le remercier, je visitai diverses fabriques d’acide lartrique. Dans aucune, l'acide racémique n'avait apparu. Cependant je ne tardai pas à reconnaître, en examinant les diverses qualités d'acide tartrique en magasin dans la fabrique de M. Nach, que plusieurs échantillons portaient à leur surface de petits cristaux, que je reconnus

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sur-le-champ pour être de l'acide racémique; mais ils y étaient en si petite quantité que je mis plus de trois heures à en recueillir quelques décigrammes. M. Nach nous dit alors que ces petits cristaux s'étaient présentés depuis quelque temps dans sa fabrique et, pour certaines cristallisations, en quantité telle que cela avait déprécié son acide tartrique que les coloristes croyaient impur. Il se servit d’une expression très juste en me disant que l’on aurait cru que l'acide tartrique avait été couvert d’une cristallisation de sel d’étain. C’est bien ainsi que se présente l'acide racémique dans la fabrique de Saxe. Seulement M. Nach avait pris ces petits cristaux pour du sulfate de potasse (il décompose le tartrate de potasse par le sulfate de chaux). Voici maintenant une circonstance fort importante et décisive. M. Nach nous assura que ces cristaux aiguillés ne s'étaient montrés dans sa fabrique que depuis une année environ, et que, depuis deux années seulement, il opère avec des tartres tout bruts d'Autriche. Jamais auparavant, lorsqu'il employait des tartres demi-raffinés, l'acide racémique ne s’est offert. Il résulte de là :

1°. Que les tartres bruts d'Autriche renferment de l'acide racémique tout formé; car il est évident que si cet acide était un produit artificiel, il se serait toujours montré dans une même fabrique qui n'a pas changé son mode d'opérer, mais qui a seulement changé la qualité des tartres qu’elle emploie ;

2, Que les tartres bruts d'Autriche doivent contenir cet acide en moindre quantité que les tartres bruts de Naples, puisque ceux-ci, déjà raffinés une fois, fournissent encore de l’acide racémique, et lorsque les liqueurs ne sont que depuis peu de temps en travail.

En outre, comme les eaux mères étaient restées plus d’une année en mouvement avant d'offrir l'acide racémique, celui-ci n’est apparu que quand il a été accumulé par les opérations successives qui concentrent peu à peu, dans un petit volume, l'acide contenu dans une grande quantité de la matière première. Car on fait servir les eaux mères d’une opération à un traitement de nouveau tartre brut. Ce résultat fut confirmé par ce que nous vimes dans une fabrique qui n'avait que quelques mois d'existence, opérant également avec des tartres d'Autriche, et où l’acide racémique ne s'était pas encore montré. Enfin, dans la fabrique de M. Seybel, les conclusions précédentes furent encore confirmées, et par des faits du même ordre. On avait cessé, depuis deux à trois ans, d'employer le tartre demiraffiné ; et, l'hiver dernier, avaient apparu les petits cristaux, que l’on prenait pour une impureté provenant des tartres bruts nouvellement employés. Il faut noter seulement que, dans la fabrique très considé-

rable de M. Seybel, les tartres employés viennent principalement de Hongrie et de Styrie ; ce qui prouve que les tartres bruts de ces pays renferment l'acide racémique comme les tartres d'Autriche et de Naples.

La question qui m'occupait se trouvant ainsi éclaircie, je n’allai pas jusqu'à Trieste ; d'autant plus que j'avais appris de M. Redtenbacher, autrefois professeur à Prague, qu'il y avait dans cette ville une grande fabrique d'acide tartrique. Je tenais à la visiter, et je retrouvai encore ici les cristaux aiguillés d'acide racémique, que lon y obtient depuis sept années. Le chimiste de la fabrique, M. le D' Rassmann, savait très bien que c'était de l'acide racémique; et il me dit même qu'il était occupé d'expériences à l’aide desquelles il espérait transformer l'acide tartrique en acide racémique. IL m'a assuré, du reste, ne pas avoir de résultat positif sur cette question. Il croit seulement que la transformation est possible.

J'avais hâte de revenir en France, et de rendre compte des résultats de mon voyage à M. Kestner, afin de pouvoir expliquer, d’une part, l'absence complète dans sa fabrique du curieux acide, depuis plus de trente ans, et, d’autre part, sa présence en quantité notable vers 1820. M. Kestner était absent. Je m'entretins longuement avec M. Gundelach et M. Risler, gendre de M. Kestner, des essais qu'il fallait tenter pour qu'ils vissent apparaître de nouveau le mystérieux acide, et surtout de la manière dont il fallait les diriger pour qu'il s’en produisit des quantités notables, qui permissent de le rendre au commerce el à la science.

Ainsi que je l’ai dit déja, M. Kestner employait, en 1820, des tartres d'Italie; mais, qu’on le remarque bien, il les employait tout bruts. Et, je le répète, puisque les tartres d'Italie raffinés une fois donnent de l’acide racémique, que cet acide est un produit naturel, il est clair que les tartres bruts de ce pays doivent fournir, dans les dernières eaux mères de la fabrication, des quantités notables d'acide racémique. C’est précisément le résultat de 1820.

Aujourd’hui, et depuis longues années, M. Kestner retire prineipalement ses tartres de l'Alsace et de la Bourgogne! Ces tartres sont employés bruts, comme les tartres d'Autriche et de Hongrie dont on se sert à Vienne. Les eaux mères restent jusqu'à trois et quatre années en mouvement. Par conséquent, il faut admettre que les tartres d'Alsace et de Bourgogne ne renferment pas d’acide racémique, ou en quantité tellement faible qu'il reste entièrement dans les dernières eaux mères rejetées, ce qui mériterait une étude spéciale.

De retour à Strasbourg, j'écrivis longuement à M. Kestner les résultats de mon voyage en Allemagne et en Autriche. Je le priai

surtout : 1° de faire venir des tartres bruts de Naples ; 2° des eaux mères évaporées des raffineries de tartre, puis d'opérer sur ces résidus comme sur les tartres bruts. M. Kestner, pour qui les sacrifices d'argent ne sont rien dans celle question, qui est toute sienne d’ailleurs, a déjà adressé ces commandes. Mais il a fait plus : dans une lettre, à la date du 24 décembre, il me communique les résultats auxquels il est arrivé tout récemment, depuis que j'ai eu l'honneur de lui écrire. Ces nouveaux résultats, l’un d’eux surtout, lui donnent un mérite particulier dans la question de l’origine de l'acide racémique, sans compter l’insigne honneur d’avoir découvert autrefois cet étrange produit. M. Kestner, en effet, vient d’intro-

duire dans sa fabrication courante des tartres bruts de Toscane; et:

déjà, à la troisième cristallisation, l'acide racémique s’est montré. Nouvelle preuve que l'acide racémique est un produit naturel; et que, dans les tartres bruts d'Italie, il existe en quantité assez appréciable. Mais un autre résultat plus important et confirmatif de ceux qui précèdent est le suivant : M. Kestner a traité à part une certaine quantité de tartrate de chaux provenant de la précipitation des eaux mères d’une fabrique qui a liquidé, et qui opérait avec des tartres de Saintonge, et il a obtenu plusieurs kilogrammes d’acide racémique. Ceci montre que les tartres de France, au moins ceux de certaines contrées, renferment de l'acide racémique, tout aussi bien que ceux d'Italie, d'Autriche et de Hongrie. C’est là le résultat nouveau qui fait surtout honneur à M. Kestner, et je ne doute pas qu'il ne l’étende bientôt à des tartres d’autres localités.

Par une bonne fortune, le lendemain même du jour où je recevais la lettre de M. Kestner, c’est-à-dire le 25 décembre, M. Redtenbacher m'écrivait de Vienne que M. Seybel, pour répondre à nos désirs, venait de précipiter par la craie les dernières eaux mères de trois années de sa fabrication; qu'il avait traité à part le sel de chaux obtenu, et que la liqueur acide avait laissé déposer, dans les premiers jours de décembre, plusieurs kilogrammes d’acide racémique. Il ÿ avait environ 1.400 kilogrammes de liqueur en cristallisation. M. Redtenbacher m'adresse un échantillon de l'acide de M. Seybel. C'est de l'acide racémique très blanc et très pur. Cette expérience est exactement celle que M. Kestner vient d'effectuer sur le produit des eaux mères de la fabrique qui travaillait avec le tartre de Saintonge.

Tel est l'historique complet de la question de l’origine de l'acide racémique. J'ai cru nécessaire d'entrer dans tous ces détails, afin que l’Académie pût mieux juger des droits respectifs de MM. Kestner et Fikentscher. M. Fikentscher a le mérite d’avoir, en quelque sorte,

conservé le dépôt de l'acide racémique, que l’on croyait tout à fait perdu; M. Kestner a l'honneur d’avoir constaté pour la première fois sa présence dans des tartres provenant de raisins de notre pays.

Je viens de recevoir de M. Fikentscher quelques kilogrammes de tartre demi-raffiné de Naples. Je serai bientôt à même de prouver que l’on peut extraire de toutes pièces du racémate de chaux de ce tartre. J’ai déjà fâit des essais, pendant mon voyage à Leipsick, dans le laboratoire de M. Erdmann ; mais je n'oserais en communiquer le résultat avant de lavoir confirmé par de nouvelles expériences exécutées plus en grand.

Nota. J'ai l'honneur de joindre à cette Notice des échantillons d'acide tartrique portant à leur surface les petits cristaux d’acide racémique, et que j'ai recueillis dans les fabriques d'Allemagne et d'Autriche. M. Kestner, à qui jai soumis ces échantillons, m'a répondu que c'était exactement de celte manière que lacide s'était offert jadis et tout récemment, dans sa fabrique. Pour lobtenir à l’état de pureté et isolé, il suffit de jeter de l’eau sur la masse. L’acide racémique se dissout en même temps qu'une petite quantité d’acide tartrique ; mais, en évaporant la liqueur, l’acide racémique cristallise, en premier lieu et tout à fait pur, en gros cristaux.

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