‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 59 sur 102 · ET A · texte numérisé non relu

ET A

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En résumé done, il y a dans les écorces de quinquinas quatre alealis principaux : la quinine, la quinidine, la cinchonine, la cinchonidine.

S IV. Action de la chaleur sur la quinidine et la cinchonidine. — J'ai soumis les deux nouvelles bases quinidine et cinchonidine à l'action modérée de la chaleur, comme j'avais fait pour la quinine et la cinchonine, et je suis arrivé exactement aux mêmes résultats. C'est-à-dire que les deux nouvelles bases se transforment en bases isomeres, poids pour poids, avec la même facilité et dans les mêmes conditions que les sels de quinine et de cinchonine. Mais, en outre, et c'est là sans contredit l’un des faits les plus essentiels de ce travail, les deux nouvelles bases obtenues par transformation de la quinidine et de la cinchonidine sont identiques, la première avec la quinicine, la seconde avec la cinchonicine. De telle manière que nous arrivons à celte conséquence remarquable : des quatre bases principales renfermées dans les quinquinas : quinine, quinidine, einchonine, cinchonidine, les deux premières peuvent être transformées, poids pour poids, en une nouvelle base, la quinicine, ce qui prouve qu'elles sont elles-mêmes forcément isomères; et les deux autres dans les mêmes conditions se transforment en une seconde base, la cinchonicine, ce qui prouve que de leur côté elles sont elles-mêmes forcément isomères.

Les relations moléculaires que ces résultats signalent à l'attention des chimistes prennent un caractère nouveau lorsque l’on compare les pouvoirs rotatoires des six alcalis précédents. Considérons d’abord les trois isomères quinine, quinidine, quinicine. La quinine dévie à gauche, la quinidine à droite, et toutes deux considérablement. La quinicine dévie à droite, mais d’une quantité très faible comparée aux pouvoirs rotatoires des deux autres. Les mêmes rapports se présentent dans les trois isomères : cinchonine, cinchonidine, cinchonicine. La cinchonine et la cinchonidine dévient, l’une à droite, l’autre à gauche. toutes deux considérablement; la cinchonicine dévie au contraire très peu à droite. L'interprétation la plus logique, je dirais presque l'interprétation forcée de ces résultats, est la suivante. La molécule de la quinine est double, formée de deux corps actifs, lun qui dévie beaucoup à gauche, et l’autre très peu à droite. Ce dernier, stable sous l'influence de la chaleur, résiste à une transformation isomérique, et, persistant sans altération dans la quinicine, il donne à celle-ci sa faible déviation à droite. L'autre groupe, très actif au contraire, devient inactif quand on chauffe la quinine et que celle-ci se transforme en quinicine. De telle manière que la quinicine ne serait

. . Or .

autre chose que de la quinine dont un des groupes actifs constituants

est devenu inactif. La quinicine serait également de la quinidine dont un seul des groupes actifs constituants serait devenu inactif; mais dans la quinidine, ce groupe très actif serait droit au lieu d’être gauche, comme dans la quinine, et toujours uni à ce même groupe droit peu actif et stable qui persiste dans la quinicine pour lui imprimer sa faible déviation droite. Je pourrais répéter mot pour mot tout ce que je viens de dire en lappliquant aux trois isomères cinchonine, cinchonidine, cinchonicine, qui sont constitués respectivement comme leurs trois congénères, car ils offrent exactement les mêmes relations.

$ V. Quinoidine. — Je n'entrerai pas dans le détail des expériences que j'ai entreprises sur la quinoïdine; mais il est un point sur lequel je veux appeler l’attention des fabricants de sulfate de quinine et des compagnies qui récoltent les écorces de quinquinas en Amérique. La quinoïdine est toujours un produit d’altération des alcalis des quinquinas. Elle a deux origines distinctes. Elle prend naissance dans le travail de la fabrication du sulfate de quinine, et surtout dans les forêts du Nouveau Monde lorsque le bûcheron, après avoir enlevé à l'arbre son écorce, expose celle-ci au soleil pour la dessécher. Alors les sels de quinine, de cinchonine, etc., que renferment ces écorces, s’altèrent et se transforment en matières résineuses et colorantes qui forment la majeure partie de la quinoïdine du commerce. J'ai reconnu, en effet, qu'en exposant au soleil, seulement durant quelques heures, un sel de quinine et de cinchonine quelconque, en solution étendue ou concentrée, il s’altère à tel point, que la liqueur prend une coloration rouge-brun extrêmement foncé. Cette altération est d’ailleurs de la même nature que celle qui s’effectue sous l'influence d’une température élevée. Je crois donc que l’on éviterait des pertes notables de quinine, de cinchonine, etc., et que l’on rendrait plus facile l’extraction ultérieure de ces bases, si l’on avait la précaution de mettre à l'abri de la lumière les écorces de quinquinas dès qu’elles sont récoltées, et d'opérer dans lobscurité leur dessiccation. Le fabricant de quinine également doit éviter toute

action d’une vive lumière.

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