Bror. Loc. cit
2. Bulletin des sciences, par la Société philomatique de Paris, 1815, p. 176-183. (Notes de d'Edition.) À
agitant vivement le liquide, à l’aide d’un mouvement d’horlogerie, le phénomène reste le même.
Aussi M. Biot conclut-il, dès l’origine, en toute rigueur, que l’action exercée par les corps organiques était une action moléculaire, propre à leurs dernières particules, dépendante de leur constitution individuelle. Dans le quartz, le phénomène résulte du mode d’agrégation des particules cristallines.
Voilà les précédents physiques, si je puis m'’exprimer ainsi, des recherches dont j'ai à vous entretenir. Voici leurs précédents minéralogiques.
NE
L'hémiédrie est assurément l’une des particularités de la cristallisation qu'il est le plus facile de saisir dans sa manifestation extérieure. Considérez, par exemple, une espèce minérale cristallisant sous la forme cubique. Cette espèce, comme chacun le sait, pourra revêtir divers genres de formes déterminés par la loi de symétrie, loi si naturelle qu’elle est pour ainsi dire un axiome physique. Cette loi exprime qu’un genre de forme étant donné, on obtient tous les autres compatibles avec celui-là par un artifice qui consisterait à modifier, à tronquer, comme disait Romé de Lisle, en même temps et de la même manière les parties identiques. On appelle d’ailleurs arêtes identiques celles qui sont l’intersection de faces respectivement identiques se coupant sous le même angle, et angles solides identiques, ceux qui sont formés par des angles dièdres respectivement égaux et semblablement placés. Par exemple, dans le cube il n’y a qu'une seule espèce d’angles solides et une seule espèce d’arêtes. Qu'un des angles solides soit tronqué par une face également inclinée sur les trois faces de l’angle solide, et les sept autres angles devront l'être en même temps par une face de même nature. C’est ce que l’on observe dans l’alun, dans la galène et en général dans toutes les espèces cubiques.
Considérons un prisme droit à base rhombe. Les huit arêtes des bases sont identiques. Si l’une est tronquée, les sept autres devront l'être et de la même façon. Les quatre arêtes verticales sont d’une autre sorte. Généralement elles ne seront pas tronquées en même temps que celles des bases, et si elles le sont, ce sera différemment.
Ces seuls exemples suffiront pour bien faire concevoir la loi de symétrie et son application.
Rien de plus simple actuellement que d’avoir une idée nette de l’hémiédrie. L'expérience a montré depuis longtemps, Haüy en con-
naissait déjà les exemples les plus célèbres, que dans un cristal la moitié seulement des parties identiques sont quelquefois modifiées en même temps et de la même manière. On dit alors qu’il y a hémiédrie. Ainsi, le cube doit être tronqué à la fois sur ses huit angles solides. Mais, dans certains cas, il ne l’est que sur quatre. La boracite nous offre un exemple de cette nature. Dans ces circonstances, la modification a lieu de telle sorte, qu’en prolongeant les quatre troncatures de manière à faire disparaître les faces du cube, on obtient un tétraèdre régulier. Si la modification était appliquée aux quatre angles restant, elle produirait un autre tétraèdre régulier identique et superposable au premier, et n'en différant que par sa position sur le cube.
De même, reprenons notre prisme droit tronqué sur les huit arêtes de ses bases. Pour certaines espèces, la troncature n’a lieu que sur la moitié des arêtes, et il arrive encore ici que les troncatures portant sur des arêtes opposées à chaque base et en croix aux deux extrémités, ces troncatures prolongées conduisent à un tétraèdre. Il y a deux tétraèdres possibles, comme pour le cube, différemment placés par rapport au prisme, suivant que l’on conserve tel ou tel groupe des quatre troncatures ; mais ici les deux tétraèdres ne sont pas absolument identiques. Ce sont des tétraèdres symétriques. On ne peut les superposer.
Ces notions suffisent pour nous faire comprendre ce que c’est que l'hémiédrie, et ce que l’on entend par faces ou formes hémiédriques.
Or, le quartz, dont nous parlions tout à l'heure, est l’une des rares substances minérales chez lesquelles Haüy a rencontré des faces hémiédriques. Tout le monde connaît la forme habituelle de ce minéral, un prisme hexagonal régulier surmonté de deux pyramides à six faces. Il est clair que les angles trièdres situés à la base des faces de la pyramide sont identiques, et conséquemment, si l’un d’eux porte une face, elle devrait se reproduire également sur tous les autres. C’est ce qui arrive pour la face dite ‘rhombifère par les minéralogistes.
Mais Haüy a remarqué le premier, dans certains échantillons, une face très différente de celle-ci, qu’il a désignée par la lettre +, laquelle tombe plus d’un côté que de l’autre sans être double, comme l’exigerait dans ce cas la loi de symétrie. Une autre particularité très curieuse de ces cristaux n'avait pas échappé aux cristallographes. C’est que cette face x s’incline tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Haüy, qui aimait à donner des épithètes propres à chaque variété d’une espèce, avait nommé plagièdre la variété de quartz portant la face x.
On désigna sous le nom de plagiedres droits les cristaux où la face x s’inclinait à droite, le cristal étant orienté d’une manière convenue ; et plagièdres gauches, les cristaux où la face x s’inclinait en sens inverse.
Du reste, rien de plus variable que ce caractère. Ici il existe; là il est absent. Sur un même cristal, il y a des angles qui portent la face x, d’autres qui devraient la porter ne l'ont pas. Quelquefois on trouve des faces plagièdres à droite et à gauche. Néanmoins, toutes les personnes versées dans la connaissance des cristaux s’accordaient à admettre qu'il y avait dans le quartz une véritable hémiédrie dans deux sens opposés.
Ici se place un rapprochement très ingénieux dû à sir John Herschel, communiqué à la Société royale de Londres, en 1820 (1).
M. Biot, ai-je dit précédemment, fit l'observation remarquable que parmi les échantillons de quartz, les uns déviaient dans un sens le plan de la lumière polarisée, et les autres dans un sens opposé, à droite et à gauche. Cela posé, John Herschel mit en rapport l’observalion cristallographique d'Haüy avec la remarque physique due à M. Biot. L'expérience confirma l’idée d’une relation de fait entre les plagièdres droit et gauche et les sens droit et gauche des déviations optiques. Les échantillons de quartz qui portent dans un même sens la face x dévient dans le même sens le plan de la lumière polarisée.
Tel est l'exposé des faits principaux qui ont précédé les recherches
dont j'ai à vous tracer l’histoire abrégée.
Lorsque je commençai à me livrer à des travaux particuliers, je cherchai à me fortifier dans l'étude des cristaux, dans la prévision des secours que j'en retirerais pour mes recherches chimiques. Le moyen qui me parut le plus simple fut de prendre pour guide un travail un peu étendu sur des formes cristallines, de répéter toutes les mesures et de comparer mes déterminations avec celles de l’auteur. En 1841, M. de La Provostaye ©), dont l'exactitude est bien connue, avait publié un beau travail sur les formes cristallines de l'acide tartrique, de l'acide paratartrique et de leurs combinaisons salines. Je m'’attachai à ce mémoire. Je fis cristalliser l’acide tartrique et ses sels, et j’étudiai