‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 72 sur 102 · HerscnEeL (J. F. W.). Loc. cit., p · texte numérisé non relu

HerscnEeL (J. F. W.). Loc. cit., p

2, De La Provosrave. Recherches cristallographiques. Annales de chimie et de physique,

3e sér., III, 1841, p. 129-150 et 358-355 ; IV, 1842, p. 453-460; V, p. 47-51. (Notes de l'Edition.)

DISSYMÉÈTRIE MOLÉCULAIRE 321

les formes de leurs cristaux. Mais, chemin faisant, je m’aperçus qu'un fait très intéressant avait échappé au savant physicien. Tous les tartrates que j'étudiais m'offraient des indices non douteux de faces hémiédriques.

Cette particularité des formes des tartrates n'était pas très évidente. On le conçoit bien, puisqu'elle n'avait pas été encore aperçue. Mais lorsque, dans une espèce, elle se présentait avec des caractères douteux, j'arrivais toujours à la rendre plus manifeste, en recommençant la cristallisation et en modifiant un peu les conditions. Quelquefois les cristaux portaient bien toutes les faces exigées par la loi de symétrie, mais l’hémiédrie était encore accusée par un développement inégal d’une moitié des faces. Cela se voit par exemple dans lémétique ordinaire. Il faut dire que ce qui ajoute à la difficulté de reconnaître l'hémiédrie, ce sont les irrégularités si fréquentes des cristaux qui ne se développent jamais à l'aise. Il en résulte des déformations, des arrêts de développement dans tel ou tel sens, des faces supprimées par accident, etc... A moins de circonstances presque exceptionnelles, la constatation de l’hémiédrie, surtout dans les cristaux des laboratoires, exige une étude très attentive. Ajoutons à cela que, bien que l’hémiédrie soit possible dans une forme, bien qu'elle soit une fonction de la structure interne du corps, elle peut ne pas y être accusée extérieurement, pas plus qu'on ne trouve sur chaque cristal d’une espèce cubique toutes les formes compatibles avec le cube.

Mais quoi qu'il en soit, je le répète, je trouvais les tartrates hémiédriques.

Cette observation eût été probablement stérile sans la suivante.

Soient a, b, c, les paramètres de la forme cristalline d’un tartrate quelconque; «, 8, 7, les angles des axes cristallographiques. Ces angles sont droits ordinairement ou peu obliques. En outre, le rapport de deux paramètres, tels que à et b, est à peu près le même dans les divers tartrates, quelles que soient leur composition, leur quantité d’eau de cristallisation, la nature des bases ; + seul diffère sensiblement. Il y a une sorte de demi-isomorphisme entre tous les lartrates. On dirait que le groupe tartrique domine et imprime un cachet de ressemblance entre ces diverses formes, malgré la différence des autres éléments constituants.

Il résulte de là qu'il y a quelque chose de commun dans les formes de tous les tartrates, et qu'il est possible de les orienter semblablement, en prenant, par exemple, pour caractère de position semblable, la position des axes « et 8.

Or,-si l'on compare sur tous les prismes des formes primitives

des tartrates, orientés de la même maniere, la disposition des faces hémiédriques, on trouve que cette disposition est la même.

Résumons en deux mots ces résultats, qui ont été le point de départ de toutes mes recherches ultérieures : Les tartrates sont hémiédriques et ils le sont dans le même sens.

Guidé alors, d’un côté, par le fait de l'existence de la polarisation rolatoire moléculaire, découvert par M. Biot dans l'acide tartrique el dans toutes ses combinaisons, de l’autre, par le rapprochement ingénieux d'Herschel, en troisième lieu par les vues savantes de M. Delafosse, pour qui l’hémiédrie a toujours été une loi de structure et non un accident de la cristallisation, je présumai qu'il pourrait y avoir une corrélation entre l’hémiédrie des tartrates et leur propriété de dévier le plan de la lumière polarisée.

Il importe de bien saisir ici la suite des idées :

Haüy et Weiss constatent que dans le quartz il existe des faces hémiédriques, et que ces faces tombent à droite sur certains échantillons, à gauche sur d’autres. De son côté, M. Biot trouve que les cristaux de quartz se partagent également en deux groupes, sous le rapport de leurs propriétés optiques, les uns déviant à droite, les autres déviant à gauche le plan de la lumière polarisée, suivant les mêmes lois. Herschel arrive à son tour, place entre ces deux faits, jusque-là isolés, un trait d'union et dit: Les plagièdres d'un sens dévient dans le même sens, les plagièdres de l’autre sens dévient dans le sens opposé.

Pour moi je trouve que tous les tartrates sont plagièdres, si je puis ni'exprimer ainsi, el qu'ils le sont tous dans le même sens. Je devais done présumer qu'ici comme dans le quartz il y avait corrélation entre l’'hémiédrie et la polarisation circulaire. Toutefois, les différences essentielles que j'ai rappelées tout à l'heure entre la polarisation cireulaire du quartz et celle de l'acide tartrique ne devaient pas être négligées.

Nous voilà done, grâce aux faits nouveaux qui précèdent et aux rapprochements que je viens d’énumérer, en possession d’une idée préconçue (car ce n'est encore que cela) sur la corrélation possible de l’'hémiédrie et du pouvoir rotatoire des tartrates.

Très désireux de trouver dans l'expérience un appui à cette preuve encore toute spéculative, ma premiére pensée fut de rechercher si les produits organiques cristallisables très nombreux, qui jouissent de la propriété rotatoire moléculaire, ont des formes cristallines hémiédriques, ce à quoi personne n'avait songé malgré le rapprochement d'Herschel. Cette étude eut le succès que j'en attendais.

Je n'’occupai également de l'examen des formes cristallines de

l'acide paratartrique et de ses sels, substances isomères des combinaisons tartriques, mais que M. Biot avait trouvées toutes inactives sur la lumière polarisée. Aucune ne se montra hémiédrique. L'idée de la corrélation de l’hémiédrie et du pouvoir rotatoire moléculaire des produits organiques naturels gagnait donc du terrain. Bientôt je fus conduit à la mettre dans tout son jour par une découverte tres inattendue.

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