SUR UNE NOUVELLE ESPÈCE D’ASPARAGINE
Pourquoi cette grande différence dans la saveur des deux asparagines ? On pourrait peut-être supposer l'existence d’une isomérie toute spéciale. Je pense autrement. Je serais tres porté à croire, au contraire, qu'il faut rapprocher ce fait physiologique de cet autre que, si deux corps dissymétriques inverses offrent dans leurs combinaisons avec des corps inactifs des propriétés chimiques et physiques absolument semblables et même identiques, ces mêmes corps dissymétriques inverses donnent.des combinaisons fatout à it différentes de propriétés quand ils s'unissent à des corps eux-mêmes dissymétriques et actifs sur la lumière polarisée.
Le corps actif dissymétrique qui interviendrait dans l'impression nerveuse, traduite par une saveur sucrée dans un cas et presque insipide dans l’autre, ne serait autre chose, suivant moi, que la matière nerveuse elle-même, matière dissymétrique comme toutes les substances primordiales de la vie : albumine, fibrine, gélatine, ete.
Mais, dira-t-on, comment n’a-t-on pas encore trouvé des différences de saveur dans les corps droit et gauche inverses ?
Ce n'est pas là une objection de principe. En outre, on n’a jamais eu peut-être l’idée de faire ces comparaisons de saveurs. Aujourd’hui que l'attention est appelée par ce que je viens de dire sur ces singula-
rités de grande importance, les choses changeront peut-être : c’est du moins mon espoir.
1, Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 12 juillet 1886, CIIT, p. 188. 2, Prvrmi. 1bid., p. 184-137. (Note de l'Édition.)