c H YÉ CALCULÉ
Ammoniaque 12,76 13,71
Eau . . • 8,29 7,73
Acide arsénieux 78,94 79,05.
arsénieux prismatique, et qui renferment du chlore : c'est probablement ChO!Ar, ou Gh'OAr. Je n'ai pas eu assez de matière pour en faire une analyse complète.
1. Berzelius (J.-J.). Traité de chimie, traduit par Jourdan. Paris, 1829-1833, [Firmin- Didot frères. 8 vol. in-8°. [Note de l'Édition.)
D1SSYMETRIE M O L E C U L A I R E
Pour faire cette analyse j'ai pesé le sel et l'ai chauffé dans un tube jusqu'à ce qu'il ne se dégageât plus d'ammoniaque, et en ayant soin de ne pas aller jusqu'à volatiliser l'acide arsénieux qui reste dans le tube. J'ai pesé ensuite celui-ci, et j'ai eu facilement le poids de l'eau et de l'ammoniaque. Une autre partie de la matière, traitée par le bichlorure de platine, a donné le poids d'ammoniaque.
Ce sel est très instable dès qu'il est séparé d'une eau chargée d'ammoniaque. Sa dissolution dans l'eau sent fortement l'ammoniaque et se détruit peu à peu. Abandonné à l'air, à l'état solide, après un jour il n'y a plus trace d'ammoniaque ; il ne reste que de l'acide arsénieux en poudre. On comprend facilement, dès lors, que je n'aie pu atteindre à une rigueur parfaite dans l'analyse de ce sel; on est obligé d'enlever rapidement aux cristaux l'eau dont ils sont imprégnés. Une dessiccation lente donnerait lieu à une perte sensible d'ammoniaque ; mais aussi on dessèche mal le sel, et l'analyse doit accuser une proportion d'eau un peu forte : au contraire, elle doit accuser une proportion d'ammoniaque un peu faible. Par suite, la perte totale d'eau et d'ammoniaque doit, à cause de cette compensation approchée, se trouver peu différente de celle que donne la formule. Et, en effet, j'avais employé 1 gr. 610 de matière, et j'ai eu une perte de 0 gr. 339; ce qui donne 21,05 pour 100 : la formule donne 20,8. Enfin, comme preuve de l'exactitude de l'analyse, je] dirai que, dans cette analyse, je ne dose aucune des quantités cherchées par différence, et que, par suite, la somme des quantités trouvées doit reproduire le poids de matière employé : or je trouve 99,99 au lieu de 100.
L'arsénite d'ammoniaque obtenu dans les circonstances que j'ai signalées, soit par l'arsénite acide chloré d'ammoniaque, soit par l'acide arsénieux et l'ammoniaque, sous l'influence de la pression, a donc bien exactement la composition Ar03AzH40. Une telle composition m'a surpris. L'acide arsénieux est généralement regardé comme un acide bibasique, c'est-à-dire que, dans les arsénites, le rapport de l'oxygène de l'acide à celui de la base est de 3 à 2. On trouve en effet, dans la plupart des Traités de chimie, que les arsénites de potasse, de soude, de baryte, etc., de plomb, d'argent, ont une composition représentée par 1 équivalent d'acide arsénieux et 2 équivalents de base. Ce rapport a été depuis longtemps établi par M. Berzelius; et c'est sans doute sur l'autorité de ce chimiste illustre que la plupart des auteurs l'ont adopté, et ont donné aux arsénites la formule Ar032MO. On trouve cependant cette phrase dans l'ouvrage de M. Berzelius :
« La capacité de saturation de l'acide arsénieux est égale aux deux tiers de la quantité d'oxygène qu'il contient. Dans beaucoup de cas, il donne aussi naissance à des sels dans lesquels sa capacité de saturation est égale au tiers de l'oxygène qu'il renferme, et ces sels ne sont point acides; cependant on doit les considérer comme correspondant aux sels acides. »
Un motif sérieux d'admettre que l'acide arsénieux est bibasique repose sans doute dans la composition de l'arsénite jaune d'argent, dont la formule est Ar032AgO, comme je m'en suis assuré par une analyse nouvelle; et l'on sait que l'argent ne donne jamais lieu à des sels basiques : c'est du moins un fait qui a été, jusqu'ici, généralement constaté. Je ne rappellerai pas que l'on avait l'habitude de rapprocher l'acide arsénieux de l'acide phosphoreux, tout comme l'acide arsénique de l'acide phosphorique ; et l'acide phosphoreux étant réellement bibasique, c'était un motif pour admettre qu'il en était ainsi de l'acide arsénieux. Mais depuis les recherches de M. Wurtz, il est bien clair qu'il n'y a plus rien de commun entre ces deux acides quant au point de vue de la composition chimique, à moins d'établir que l'acide arsénieux hydraté a également pour composition Ar04H, et cette proposition ne peut nullement être soutenue par l'analyse des arsénites.
Dans tous les cas, les faits et les opinions que j'ai rappelés cidessus, et surtout l'existence de l'arsénite d'ammoniaque Ar03AzH*0, indiquaient un point de la science réellement obscur en ce qui regarde la capacité de saturation de l'acide arsénieux. Des recherches dirigées vers ce but me semblaient d'autant plus raisonnables qu'elles étaient provoquées par la composition d'un arsénite parfaitement défini. 1res bien cristallise, et, bien plus, le seul arsénite cristallisé (l).
On comprend donc sans peine que j'aie abandonné mon premier travail qui, du reste, par les difficultés nombreuses qu'il présente à cause de la facile décomposition des substances dont il traite en présence de presque tous les dissolvants, exigeait de ma part plus d'expérience, plus de pratique dans les travaux du laboratoire. Je ne fais d'ailleurs qu'en ajourner l'étude. Je dois dire ici que celle première partie de mon travail est plutôt l'œuvre de M. Laurent que la mienne propre. Je travaillais à cette époque dans le même laboratoire que ce chimiste à l'École Normale, et, à chaque instant, j'étais éclairé des bienveillants conseils de cet homme si distingué à la fois par le talent et par le caractère.
1. Les minéralogistes ont étudié deux arsénites naturels, l'un de cobalt, l'autre de nickel : mais ces matières n'ont pas été analysées, et ne sont pas cristallisées. On les trouve à l'état terreux et pulvérulent.
DISSYMETRIE MOLECULAIRE
A rsén ite d'à ni mon iague .
J'ai préparé pendant longtemps l'arsénite d'ammoniaque cristallisé
en suivant le procédé que j'ai indiqué précédemment, en mettant l'acide arsénieux et l'ammoniaque en présence, clans un ballon scellé a la lampe, à la température de 90 à 100". Mais voici un autre moyen beaucoup plus facile et plus expéditif ; on sera même étonné sans doute de l'apprendre. Lorsqu'on verse de l'ammoniaque concentré sur de l'acide arsénieux, immédiatement cet acide se prend en masse dure et qui adhère fortement aux parois du vase, en même temps que la température s'élève d'une manière très sensible. Eh bien, celle niasse dure, qui prend ainsi naissance si promptement, n'est rien autre chose que de l'arsénite d'ammoniaque cristallisé, et l'acide arsénieux n'a pris cette dureté que par l'enchevêtrement des cristaux d'arsénite qui ont pris naissance sur-le-champ, de manière à relier entre elles les diverses parties de la niasse. La preuve de ce que j'avance est facile : il suffît d'examiner au microscope l'acide arsénieux, dès cpi'il a été touché par l'ammoniaque, et l'on voit une foule de petites lames hexagonales, ayant précisément la même forme, le même aspect que l'arsénite cristallisé obtenu comme je l'ai indiqué dans d'autres circonstances. Ces lames hexagonales sont mêlées à de petits cristaux oclaédriques d'acide arsénieux sur lesquels l'ammoniaque n'a pas réagi. Aussi, bien que l'arsénite d'ammoniaque prenne naissance, dans ce cas, en assez grande abondance, ce serait un mauvais moyen de l'avoir pur. Essaye-t-on de dissoudre cet arsénite dans l'ammoniaque qui le surnage ; on n'y parvient que très difficilement, même à chaud, et il se détruit au sein de l'eau bouillante et par le refroidissement. L'acide arsénieux cristallise en octaèdres, sans renfermer trace d'ammoniaque. C'est qu'en effet, l'arsénite d'ammoniaque est très peu soluble dans l'ammoniaque concentrée; mais, au contraire, il l'est beaucoup dans l'eau pure ou dans l'eau chargée d'une faible quantité d'ammoniaque, surtout à une douce température, et, par le refroidissement, il cristallise abondamment. Aussi, dès que l'ammoniaque a été versée sur l'acide arsénieux et en a touché les diverses parties, si l'on enlève l'ammoniaque et qu'on la remplace par de l'eau, on voit d'abondantes stries se former, ce qui indique bien que la masse n'est plus de l'acide arsénieux. Cette dissolution, opérée à une douce température, donne, par le refroidissement, une assez grande quantité d'arsénite d'ammoniaque cristallise, très blanc et très pur. Tel est, sans doute, le meilleur moyen d'obtenir ce sel ; et comme sa dissolution dans l'eau portée à
lu ŒUVRES DE PASTEUR
l'ébullition se détruit eu ne laissant cristalliser par le refroidissement que de l'acide arsénieux, c'est un excellent moyen de se procurer de l'acide arsénieux pur.
La forme de l'arsénite d'ammoniaque est celle d'un prisme oblique à base rectangle, généralement modifié sur deux arêtes opposées des bases, ce qui lui donne la forme d'une table hexagonale. D'après cette dernière forme seule, on ne pourrait se décider, vue la difficulté de mesurer des angles sur des cristaux qui se détruisent si facilement à l'air, entre le prisme oblique ou le prisme droit à base rectangle. Mais, dans certaines circonstances, l'arsénite d'ammoniaque offre la forme d'un prisme oblique à base rectangle, ne portant qu'une seule modification sur une seule arête à chaque base. On voit également, par cette forme, que le prisme est extrêmement peu oblique, c'est-à-dire que l'angle de la base avec les pans latéraux antérieur et extérieur est presque droit. L'arsénite d'ammoniaque a cette forme, surtout lorsqu'il est produit dans le cas que je vais dire. Lorsqu'on sature une dissolution bouillante de potasse par l'acide arsénieux, jusqu'à ce que cet acide refuse de se dissoudre, on obtient une liqueur visqueuse qui est très soluble dans l'eau. Si l'on ajoute à cette dissolution de l'ammoniaque, au bout de quelques instants, tout de suite si les liqueurs sont concentrées, on obtient un dépôt cristallin d'arsénite d'ammoniaque, comme l'analyse me l'a prouvé, et qui présente alors la formule que je viens de signaler.
L'arsénite d'ammoniaque donne, avec le nitrate d'argent, un précipité jaune clair d'arsénite ArO'2AgO, ne renfermant pas d'eau de cristallisation, et la liqueur qui surnage le précipité est acide; ce qui fait que peu à peu le précipité disparaît, parce qu'il est soluble dans les liqueurs acides.
Je n'ai pas obtenu d'arsénite d'ammoniaque cristallisé, renfermant 2 équivalents d'ammoniaque pour 1 équivalent d'acide.
Arsénites de potasse.
Les ouvrages de chimie donnent à l'arsénite de potasse, obtenu en saturant la potasse par l'acide arsénieux, la composition Ar032KO. C'est le seul arsénite qui soit cité, et je pense que c'est plutôt en s'appuyant sur l'opinion généralement admise, relativement à la capacité de saturation de l'acide arsénieux, que d'après des analyses directes que les chimistes donnent à cet arsénite une telle composition.
En réalité, il y a plusieurs arsénites de potasse; et l'un d'eux possède, en effet, la composition Ar032KO, mais il ne prend pas naissance clans l'expérience que je viens de rappeler. Lorsqu'on traite à froid une dissolution de potasse par l'acide arsénieux en excès, la température s'élève un peu, et l'on obtient un liquide huileux qui ne cristallise pas et qui donne, avec le nitrate d'argent, un précipité jaune, pourvu que les liqueurs soient assez étendues. Le précipité est plus ou moins blanc, selon qu'il y a plus ou moins d'acide arsénieux qui se précipite en même temps.
Dans tous les cas, la liqueur qui surnage le précipité prend une réaction acide prononcée. L'acidité que prend la liqueur d'abord fortement alcaline, la précipitation d'une quantité notable d'acide arsénieux, si les liqueurs sont concentrées, sont des faits certains, d'où l'on peut induire, tout d'abord, que l'arsénite qui a pris naissance n'est pas Ar032KO, mais Ar03KO, ou un arsénite plus acide. C'est, en effet, ce qui a lieu. L'arsénite qui prend alors naissance renferme, pour 1 équivalent de base, 2 équivalents d'acide arsénieux, et constitue un sel susceptible de cristalliser d'une manière bien nette, en s'unissant aux éléments de 2 équivalents d'eau.
Si l'on traite, en effet, la liqueur filtrée obtenue en saturant a froid la potasse par l'acide arsénieux, au moyen de l'alcool, qu'on l'agite à plusieurs reprises avec ce liquide, on lui enlève beaucoup d'eau, on la rend beaucoup plus visqueuse, filante même comme une huile épaissie, et rendue opaque et blanche par l'interposition d'une foule de petites gouttelettes d'alcool. Ces gouttelettes disparaissent peu à peu quand le liquide est abandonné au repos. Au bout d'un ou deux jours, il est complètement éclairci, et sur les parois du vase se déposent, au sein de cette masse si visqueuse, des cristaux groupés, d'une netteté parfaite : ce sont des prismes rectangulaires droits, ne portant aucune modification. Au bout de quelques jours (quelquefois il faut très longtemps), toute la masse, primitivement sirupeuse, se trouve cristallisée. Si l'on veut enlever ce qui reste de matière liquide et qui imprègne les cristaux, il suffit de les placer sur du papier Joseph pendant quelque temps, puis de les soumettre à la presse entre des doubles de ce papier. La presque totalité de la matière demeurée sirupeuse, et qui est d'autant plus faible, d'ailleurs, que la cristallisation a été poussée' plus avant, pénètre dans le papier. On a ainsi des cristaux blancs purs, qui ne s'altèrent pas à l'air, si ce n'est qu'ils en absorbent un peu l'humidité sans tomber cependant en déliquescence, sans cesser de conserver leur forme solide et cristalline.
Voici l'analyse de ce sel :
Cet arsénite a pour formule
2Ar03K02HO.
Un équivalent d'eau part à 100° ; 1 gr. 185 ont perdu, à 100°, 0,041; ce qui répond à 3,45 pour 100. La perte calculée est 3,41. J'ai repris plusieurs fois cette détermination de l'eau. Elle ne se trouve exacte qu'autant que l'on emploie tics cristaux parfaitement exempts <lu liquide sirupeux au sein duquel ils prennent naissance.
Le poids restant, 1,185 — 0,041=1,144, a été chauffé dans un tube au bain de sable, jusqu'à ce que le sel commence à se détruire. Les dernières portions de l'eau du sel ne se dégagent que quand il est déjà détruit en partie, que toute la masse fondue est devenue noire et a déjà laissé perdre une certaine quantité d'acide arsénieux. On a trouvé pour perte 0,045; ce qui répond à 3,93 pour 100. La perte calculée du deuxième équivalent est 3,55. Quant à l'acide arsénieux et à la potasse, ils ont été déterminés sur un autre échantillon, au moyen du sulfure d'arsenic et du chlorure de potassium : on a trouvé 77,56 d'acide arsénieux, et 17,00 de potasse.
La formule exige 77,94 et 18,53.
Arsénite de potasse ArO'KO. — Si l'on mêle à 1 équivalent du sel précédent 1 équivalent de carbonate de potasse, et qu'on porte la dissolution de ces deux sels à l'ébullition durant plusieurs heures, tout l'acide carbonique est chassé, et il reste un produit qui n'est que très peu soluble dans l'alcool. Agité plusieurs fois avec ce liquide, on obtient une matière sirupeuse où, pour 1 équivalent d'acide arsénieux, il entre 1 équivalent de potasse : c'est l'arsénite Ar03KO. Ainsi, à l'ébullition, l'acide arsénieux de l'arsénite acide chasse complètement l'acide carbonique, et se combine à l'équivalent de potasse éliminé pour donner l'arsénite Ar03KO. A froid, cette action n'a pas lieu ; au contraire, si l'on fait passer un courant d'acide carbonique dans l'arsénite acide de potasse, il se précipite de l'acide arsénieux.
Cet arsénite de potasse ne donne pas de dégagement d'acide arsénieux quand on le chauffe dans un tube fermé, comme fait, dans les mêmes circonstances, l'arsénite précédent. Avec le nitrate d'argent il donne un précipité jaune d'arsénite Ar032AgO, et la liqueur qui surnage le précipité est acide. Aussi, peu à peu le précipité d'arsénite disparaît dans la liqueur acide. Pour 1 équivalent d'arsénite précipite, il y a 1 équivalent d'acide azotique mis en liberté.
Je n'ai pas encore obtenu cet arsénite à l'état cristallisé. Il sera
sans iloule isomorphe avec l'arsénite d'ammoniaque, si toutefois il cristallise comme ce dernier, sans eau île cristallisation.
Arsénite de potasse Ar032KO. — 11 existe réellement un arsénite de potasse Ar032KO. Pour l'obtenir, je pars encore de l'arsénite cristallisé 2Ar03, KO, 2HO ; j'ajoute à la dissolution de ce sel un excès de potasse caustique; je précipite ensuite la liqueur visqueuse par l'alcool. Tout l'excès de potasse est enlevé, si toutefois on a soin d'agiter la matière huileuse qui se précipite avec l'alcool à plusieurs reprises. 11 reste alors un produit très soluble dans l'eau, el qui renferme, pour 1 équivalent d'acide, 2 équivalents de base.
Précipite-t-on par le nitrate d'argent; on obtient encore l'arsénite jaune d'argent, quel que soit l'état de dilution ou de concentration des liqueurs; mais cette fois le précipité jaune persiste, et la liqueur qui le surnage est complètement neutre aux papiers réactifs, si on a le soin d'ajouter un excès de nitrate d'argent neutre. Sans cette précaution, l'arsénite de potasse non décomposé donnerait à la liqueur une réaction alcaline prononcée.
Ainsi, il est bien certain qu'il existe au moins trois arsénites de potasse parfaitement définis, et qui ont les compositions suivantes :
2Ar03 KO, Ar03 KO, Ar032KO.
Le premier cristallise avec 2 équivalents d'eau, dont 1 est chassé à 100°.
Il est extrêmement probable qu'il existe en outre un quatrième arsénite de potasse, mais qui ne peut se conserver longtemps en présence de l'eau, qui en élimine une grande partie de l'acide. Lorsqu'on fait bouillir une solution de potasse, et qu'on y projette de l'acide arsénieux jusqu'à ce qu'elle refuse d'en dissoudre, on obtient une liqueur extrêmement sirupeuse, qui, filtrée et agitée avec l'alcool à plusieurs reprises, donne lieu à un précipité très gluant, presque solide. Traité par l'eau, il se dissout complètement dans une très petite quantité d'eau; ce qui prouve d'une manière péremptoire que l'acide arsénieux est réellement combiné à la potasse. Mais au bout de très peu de temps, un précipité d'acide arsénieux commence à se former, et continue les jours suivants, jusqu'à ce que la liqueur, traitée de nouveau par l'alcool, donne lieu à l'arsénite acide cristallisable que j'ai signalé plus haut. Je n'ai pas encore déterminé les proportions relatives d'acide arsénieux et de potasse que ce nouvel arsénite renferme.
1', (EDVRES DE PASTEUR
Arsénites de soude.
Tout ce qui est relatif aux arsénites de potasse peut se répéter exactement pour les arsénites de soude.
Ainsi (*), lorsque l'on salure à froid la potasse par L'acide arsénieux, et qu'on traite par l'alcool la liqueur filtrée, on obtient un liquide visqueux que je n'ai pu encore faire cristalliser, et où l'acide arsénieux et la potasse sont dans le rapport de 2 à 1. C'est l'arsénite de souile correspondant à 2Ar03K02HO. Ce liquide sirupeux, traité comme il a été dit pour l'arsénite de potasse cristallisé, donne facilement les deux arsénites ArONaO et Ar032NaO jouissant tout à fait des mêmes propriétés : insolubles dans l'alcool, tics solubles dans l'eau.
Quelle conséquence doit-on tirer des faits établis dans ce que l'on vient de lire, relativement à la capacité de saturation de l'acide arsénieux ? Lorsqu'un acide donne lieu à des sels où l'on trouve, d'une part, 1 équivalent d'acide pour 1 équivalent de base, et, de l'autre, 1 équivalent d'acide pour 2 de base, il est certain que l'acide n'est pas un acide bibasique. On peut bien, en effet, dans la série des sels à 1 atome de base, faire rentrer ceux à 2 atomes de base; mais l'inverse n'est pas possible. L'acide arsénieux est donc certainement un acide monobasique. Ce n'est pas là que peut être le doute; mais le doute existe quand il s'agit de se prononcer sur la véritable constitution des arsénites à 2 atomes de base. Si l'acide arsénieux est monobasique, et cela est certain, il faut de deux clioses l'une : ou qu'il soit à la fois monobasique et bibasique, ou que les arsénites à 2 atomes de base soient des arsénites basiques. Il faut que les arsénites à 2 atomes de base soient représentés par le symbole général Ar03MO-|-MO, ou qu'il y ait deux séries d'arsénites, deux acides arsénieux, l'un Ar03HO, l'autre Ar032HO, si l'on considère les acides hydratés. Je l'ai dit en commençant, je ne suis pas encore en état de répondre sûrement à cette question. Je la traiterai prochainement dans un Mémoire que j'aurai l'honneur de présenter à l'Académie des sciences; et je puis dire que si l'expérience ne vient pas ultérieurement me faire changer d'opinion, c'est le dernier point de vue que je chercherai à établir. Et pour que cette idée ne paraisse pas ici offerte à l'état de pure hypothèse, je dirai que j'ai obtenu déjà, presque pour chaque métal, deux espèces d'arsénites, l'un Ar03MO, l'autre
1. Dans le texte original : « Ainsi, 1° lorsque l'on sature à froid... ». Ce 1° doit être une faute typographique. (Xote de l'Èdilion.)
DISSYMÉTRIE MOLECULAIRE 15
Ar032MO ; et que, clans les ras, et ceci est imporlant à signaler, <lans les cas, dis-je, où je n'ai obtenu encore qu'une seule espèce d'arsénite, pour l'argent en particulier, c'est l'arsénite à 2 atomes de base que j'ai obtenu.
L'existence de cette double série d'arsénites esl certainement une considération puissante à faire prévaloir en faveur de l'opinion que j'ai signalée tout à l'heure. J'ai fait des tentatives nombreuses pour obtenir l'éther arsénieux, je n'y ai pas encore réussi. Si l'opinion que j'énonce est vraie, on devra pouvoir obtenir à volonté, soil l'éther à 2 atomes d'éther, soit celui à 1 atome.
On peut remarquer que, dans cette opinion, l'argent conserve ce caractère qu'il a montré jusqu'ici, de ne jamais donner lieu à des sels basiques. L'arsénite Ar032AgO ne serait pas Ar03AgO + AgO.
Isomorpliisme et dimorpliisme des acides arsénieux et antimonieux.
Le sujet que je vais traiter se rattache assez intimement aux recherches précédentes pour que je puisse le placer à leur suite. Je vais établir que l'acide arsénieux et l'acide antimonieux sont à la fois dimorphes et isomorphes. En voyant un acide anhydre sous deux formes très distinctes, on sera plus enclin à croire que, de même qu'à l'état libre il s'offre à deux états distincts, il pourrait bien en être de même dans ses combinaisons. Cette idée deviendra une induction très raisonnable dès que M. Laurent aura publié les faits extrêmement remarquables qu'il vient de découvrir dans l'étude de l'acide tungstique. Dans tous les cas, je dois parler ici de l'état sous lequel se dépose l'acide arsénieux de certains arsénites alcalins que j'ai étudiés dans les pages précédentes, et je serai ainsi forcément conduit, comme on va voir, à parler de l'acide antimonieux.
Je ne parlerai, dans ce qui suit, que des arsénites de potasse. Tout ce que je vais dire s'appliquerait exactement aux solutions d'acide arsénieux dans la soude. J'ai répété les expériences avec les dissolutions où il entrait l'une ou l'autre de ces bases, et elles ont eu le même résultat.
Lorsqu'on sature une dissolution bouillante de potasse par l'acide arsénieux jusqu'à refus, on obtient, comme je l'ai déjà dit, une liqueur très sirupeuse qui se dissout entièrement dans l'eau, véritable combinaison, mais qui peu à peu se détruit par la présence même de cette eau, en laissant déposer beaucoup d'acide arsénieux. Quelle que soit la quantité d'eau ajoutée, pourvu qu'elle ne soit pas par trop considérable, on obtient toujours ce dépôt d'acide arsénieux, qui
tapisse toutes les parois du vase. Or, ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'acide arsénieux qui se dépose dans cette circonstance n'a jamais ou presque jamais la forme d'un octaèdre régulier. J'ai répété maintes fois cette expérience, et dans un seul cas j'ai obtenu de l'acide arsénieux octaédrique. L'acide arsénieux affecte, dans ce cas, diverses formes qui toutes peuvent se ramener à celle d'un prisme droit à base rhombe; mais cette forme se cache sous des aspects bien divers en général, et il m'a fallu une étude longue et patiente pour arriver à une notion parfaitement sûre de la forme véritable que possède alors l'acide arsénieux. J'entrerai dans quelques détails qui ne seront pas inutiles. Je commence par dire que tantôt l'acide arsénieux qui se dépose dans le cas que je viens de rappeler est nettement cristallisé; tantôt ses cristaux sont peu nets; quelque-
fois même il se dépose en petits mamelons. En général, la cristallisation est confuse lorsque l'on a ajouté trop peu d'eau; il faut employer un volume d'eau trois ou quatre fois égal ou supérieur au volume du liquide sirupeux.
Je serai plus clair en indiquant par des ligures les formes cristallines. Lorsque la cristallisation n'est pas nette, les petits cristaux qui prennent naissance ont les formes A ou B. Ces lames minces, mal terminées aux extrémités, se groupent d'ordinaire en étoiles ou restent isolées. Lorsque l'acide se dépose en mamelons, ces mamelons commencent d'abord par avoir la forme A ou B, et peu à peu d'autres lamelles pareilles viennent se placer sur la première, en rayonnant à partir d'un centre et dans des plans différents, comme l'indique la figure C. Au bout d'un certain temps, les extrémités mêmes des petites lames groupées disparaissent, et il n'y a plus qu'un petit mamelon globuliforme; mais vient-on à briser ces petits globules durs, on les trouve avoir une structure cristalline très prononcée, et rayonnée à partir du centre, à peu près comme un échantillon brisé de sperkise rayonnée.
Dans le cas où l'acide arsénieux est nettement cristallisé, les cristaux ont les formes A' et B', et ces lames minces sont d'ordinaire groupées en étoile, et, cette fois, les diverses lames restent distinctes dans le groupe, ainsi que leurs extrémités; en un mot, ces étoiles
niSSYMÉTRIE MOLÉCULAIRE
ne passent pas à l'état mamelonné. Il est de toute évidence cpie les formes A et A' sont les mêmes, les formes B et B' également; et, d'autre part, que la forme B' n'est qu'une modification de la forme A', par une troncature de deux arêtes opposées.
Enfin, très souvent, les cristaux de forme B' ne sont pas complets et l'on voit des lames minces affecter les diverses formes D, E... Il est bien clair que ces formes ne sont autre chose que la forme B' un peu altérée par le développement prédominant de certaines parties du cristal, comme l'indiquent les figures D', E', où l'on a rétabli les parties qui avaient disparu dans les formes D et E par des lignes ponctuées.
Voici enfin une dernière forme extrêmement nette au microscope,
et qui s'obtient avec les mêmes liqueurs qui donnent les tables précédentes.
C'est un prisme droit rhomboïdal, portant un biseau à chaque base et une modification sur deux arêtes longitudinales opposées, figure F. Ces prismes droits rentrent dans la forme A' ou B'. Imaginez que les tables A' soient des prismes rhomboïdaux droits, de très petite épaisseur, et vous retombez dans le système du prisme rhomboïdal droit auquel appartient la forme F. Pour prouver qu'il en est réellement ainsi, il faudrait des mesures d'angles, et il est impossible d'en prendre sur des cristaux qui ne sont bien visibles qu'au microscope. Mais voici une preuve irrécusable. Les minéralogistes connaissent l'acide antimonieux comme espèce minérale : c'est l'exitèle de M. Beudant. Or l'exitèle est complètement isomorphe avec la variété d'acide arsénieux que je viens de décrire.
Tous les groupements que les minéralogistes assignent aux cristaux d'exitele, je les ai retrouvés là, et, bien plus, l'aspect même des cristaux est tout à fait le même. Un des caractères saillants de l'acide antimonieux naturel, c'est de s'offrir avec un éclat soyeux, nacré, adamantin : c'est [précisément l'aspect de l'acide arsénieux prismatique. Du reste, la forme cristalline de l'exitèle est un prisme droit rhomboïdal de 137°, clivable parallèlement à la base et aux deux diagonales des bases; quelquefois même les cristaux prismatiques de cette espèce minérale sont comme formés de lamelles rhomboïdales super-
mSSY.METRIE MOLECULAIRE.
posées les unes sur les autres, ce qui montre la facilité du clivage parallèle aux bases. Or imaginez ces lamelles détachées et éparses, et vous aurez précisément les tables A'; empilez ces lamelles et reformez le prisme rhomboïdal droit, vous aurez la forme F, seulement modifiée par un biseau à chaque base et par un plan tangent sur deux arêtes longitudinales opposées (*).
Voyant cette nouvelle variété d'acide arsénieux, que l'on obtient facilement en suivant le moyen que j'ai indiqué, posséder, avec l'acide antimonieux naturel, un isomorphisme si frappant, s'étendant jusqu'à une identité remarquable d'aspect et de groupement des cristaux, je me suis demandé s'il ne serait pas possible d'obtenir un acide antimonieux cristallisé en octaèdres réguliers, et isomorphe, par conséquent, avec l'autre forme octaédrique d'acide arsénieux. Je ne tardai pas à mettre la main sur ce que je cherchais. Je préparai de l'acide antimonieux, et, à cet effet, je laissai digérer pendant quelques jours de la poudre d'algaroth récemment précipitée et lavée avec du carbonate de soude en excès. J'obtins de cette manière de l'acide antimonieux jaunâtre, en poudre grenue et cristalline. Cette poudre, au microscope, était formée d'une multitude de petits cristaux octaédriques, qu'il eût été tout à fait impossible de distinguer de l'acide arsénieux octaédrique. Souvent les cristaux avaient la forme d'un cubo-octaèdre ; mais, comme cela a lieu pour l'acide arsénieux, la forme dominante était alors l'octaèdre régulier. Il y a plus; ces cristaux étaient mêlés à d'autres prismatiques, ayant exactement la forme que j'ai signalée en dernier lieu pour l'acide arsénieux, avec les mêmes biseaux à chaque base, avec la même modification tangente longitudinale.
L'acide arsénieux et l'acide antimonieux sont donc à la fois dimorphes et isomorphes, ou isodimorphes, comme disent les minéralogistes.
Je ne doute pas que les antimonites n'offrent des faits analogues aux arsénites.
1. M. Woehler rapporte que l'acide arsénieux qui se sublime et cristallise, lors du grillage des rainerais de cobalt, contient quelquefois des cristaux dont la forme ne peut être ramenée à l'octaèdre. Les cristaux dont il s'agit forment des tables hexagonales, minces, nacrées et clivables suivant la direction des grandes faces dominantes. On ne peut douter que ce ne soit l'une des formes que je signale ici, et le clivage remarqué par M. Woehler est une preuve de plus en faveur de l'isomorphisme des acides arsénieux et antimonieux. Cet acide arsénieux redonne des octaèdres par sublimation.