‹ Œuvres de Pasteur (volume 5)Chapitre 89 sur 99 · Cette révision ne fut qu'ébauchée. (Note de l'Édition · texte numérisé non relu

Cette révision ne fut qu'ébauchée. (Note de l'Édition

•composée. Ces grands travaux remplirent la fin du siècle dernier et le premier quart de celui-ci. Mais du jour où il fut établi que la nature et les proportions des particules élémentaires n'avaient qu'une part souvent restreinte dans l'ensemble des propriétés, on s'efforça de remonter de l'étude de celles-ci à l'arrangement des atomes dans la molécule. Telle a été l'impulsion, dont le mouvement se continue, donnée en grande partie par la découverte de l'isomérie. C'est elle qui a le mieux servi à fixer les idées sur la manière dont il fallait envisager la constitution des corps. Elle a montré que l'individualité de l'espèce chimique ne résidait pas tout entière dans la nature et la proportion des éléments, mais aussi dans leur disposition respective. C'est ce •qu'exprime avec netteté et une précision rigoureuse la définition de l'espèce chimique donnée par M. Chevreul déjà en 1823 [1824] : Dans les ■corps composés l 'espèce est une collection d'êtres identiques par la nature, la proportion et V arrangement des éléments (l). Les progrès de la chimie, depuis l'époque de Lavoisier, correspondent en quelque sorte au développement des trois termes de cette définition. Les lois sur la nature et les proportions des éléments furent d'abord établies par les immortels travaux qui se succédèrent sans interruption jusque vers l'année 1820. Depuis lors c'est l'arrangement des particules élémentaires qui préoccupe tous les chimistes.

Pour approcher du but vers lequel concourent tant d'efforts, il y a deux routes à suivre. On peut partir des propriétés chimiques proprement dites, altérer le corps par des agents divers, étudier avec soin les produits résultants, puis essayer de conclure au mode de disposition des atomes d'après la manière dont leur groupe primitif s'est dissocié. Cette marche analytique est puissamment aidée par la synthèse, c'est-àdire l'étude des procédés qu'il faut mettre en œuvre pour reconstituer le groupe individuel en partant de groupes plus simples. Telle est ce ■que l'on peut appeler la méthode chimique proprement dite, méthode extrêmement vaste et que suit à peu près exclusivement l'universalité •des chimistes. Mais il y a une autre manière d'aborder le problème. Elle consiste surtout à ne pas altérer la substance et à interroger scrupuleusement ses propriétés toutes faites, si je puis ainsi parler, notamment celles qui sont plus directement en rapport avec le mode d'arrangement intérieur. Et comme alors certains caractères physiques tels que la forme cristalline, ou les effets résultant des changements imprimés à la lumière quand elle traverse les corps cristallisés ou

1. Chevreul. Considérations générales sur l'analyse organique et sur ses applications. Paris, 1824, in-8°, p. 1?. (Xote de l'Édition.)

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dissous, doivent jouer le plus grand rôle, cette manière de procéder peut être appelée la méthode physique. Encore bien que plus restreinte que la méthode chimique elle est peut-être plus précise et plus sûre. Par goût et par occasion aussi sans doute, c'est cette dernière méthode que j'ai plus spécialement suivie dans mes recherches, tout en ne négligeant pas la première.

Préparée par les beaux travaux d'Haûy dont la persévérance lit le génie, la méthode physique débuta par les fécondes découvertes de l'isomorphisme et du dimorphisme. Le cas le plus simple qui pouvait s'offrir dans l'étude des relations des propriétés physiques et de l'arrangement moléculaire était évidemment celui qui a donné lieu à l'isomorphisme. Si les découvertes se faisaient avec préméditation, assurément M. Mitscherlich se serait dit: Ce qu'il faut trouver d'abord c'est la relation des propriétés avec l'arrangement lorsque l'on peut présumer que ce dernier est le même dans divers corps. La marche logique des sciences est d'aller en effet du plus simple au plus composé. On sait ce qui arriva : La forme cristalline, ce précieux caractère qui sera toujours au premier rang parmi les qualités physiques de la matière, se trouva être la même lorsque l'arrangement des atomes était le même. A dater des savantes recherches de l'illustre chimiste de Berlin, aucune application remarquable ne fut faite de la méthode physique à l'étude de la constitution moléculaire des corps. Cependant depuis 1815 M. Biot avait assigné dans une foule de produits organiques naturels l'existence jusque-là inconnue d'une propriété merveilleuse par son caractère essentiellement moléculaire. Prévoyant tout le parti que la science retirerait de la connaissance approfondie de ce phénomène dans les études chimiques, M. Biot ne cessa d'appeler l'attention sur les conséquences des lois physiques de sa découverte. Mais ce fut vainement. L'impulsion donnée à la méthode chimique par les beaux travaux de M. Dumas en France, de M. Liebig en Allemagne absorbait toutes les jeunes intelligences que séduisait la science des corps organiques.

Après l'isomorphisme qui définit la relation des propriétés et de l'arrangement atomique lorsque celui-ci est le même, l'étude la plus simple qui pût se présenter était celle d'arrangements moléculaires non plus identiques, mais peu différents et dont la dissemblance fut assignable a priori. Or, à prendre les choses dans ce qu'elles ont de plus essentiel, l'ensemble de mes recherches est précisément applicable à l'étude des relations qui peuvent exister entre les propriétés et les arrangements moléculaires de substances isomères chez lesquelles ces arrangements diffèrent, mais d'une manière connue et déterminée

dans leurs conditions les plus générales. Ces recherches continuent donc l'œuvre commencée par la découverte de l'isomorphisme.

Ai-je besoin d'ajouter que c'est seulement aux observations, aux expériences nouvelles consignées dans cet ouvrage que j'attache quelque prix. Malgré la circonspection avec laquelle j'ai présenté certaines vues qui mont paru pouvoir en être déduites, je suis disposé, dès que l'expérience m'aura éclairé, à faire bon marché de celles-ci. Je reconnais même qu'entre elles et les faits nouveaux que je signale, il y a bien des vides à combler. « Mais, comme le dit quelque part Lavoisier, ccst le sort de tous ceux qui travaillent (*) d'apercevoir un nouveau pas à faire sitôt qu'ils en ont fait un premier, et ils ne donneraient jamais rien au public, s'ils attendaient qu'ils eussent atteint le bout de la carrière qui se présente successivement à eux et qui paraît s'étendre à mesure qu'ils avancent pour la parcourir. » (2)

Je serais bien heureux si la lecture de ce livre, indépendamment des recherches qu'elle peut provoquer, contribuait à répandre parmi les jeunes chimistes le goût des études cristallographiques. Il n'est pas à mon avis d'auxiliaire plus puissant ni plus sûr dans toutes les recherches du laboratoire que la connaissance un peu approfondie des formes cristallines. Elle épargne le temps, fait éviter bien des erreurs, et met sur la voie de nombreuses découvertes. Soyons d'ailleurs plus jaloux de notre gloire. La cristallographie fut à son berceau une science toute française. Mais depuis les persévérants travaux de Rome de Lisle et d'Haûy elle paraît avoir changé de patrie. L'Allemagne nous a donné les simplifications apportées aux premières méthodes, la connaissance du dimorphisme, la féconde découverte de l'isomorphisme, tout ce qui en un mot occupe une grande place dans ces belles études depuis la mort de leurs célèbres fondateurs.

1. Dans le texte de Lavoisier : <■ ... tous ceux qui s'occupent de recherches physiques et

chimiques D'ailleurs, sur un feuillet détaché, Pasteur avait mis le texte intégral de

Lavoisier.

2. Lavoisier. Mémoire sur [a calcinalion de l'étain dans les vaisseaux fermés, et sur la cause de l'augmentation de poids qu'acquiert ce métal pendant cette opération. Histoire tir l'Académie royale des sciences, année MBCCLXXIV, lï)*, p. 351-367. (Notes de l'Édition.

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