‹ Œuvres de PasteurChapitre 126 sur 138 · TROISIÈME RÉPONSE A M. BERTHELOT · texte numérisé non relu

TROISIÈME RÉPONSE A M. BERTHELOT

(27 janvier 1879)

Mon savant confrère M. Berthelot écrivait le 6 janvier :

« ... Je n'ai pas coutume de caractériser moi-même la méthode et la logique de mes contradicteurs : ce sont là des sujets que je préfère laisser au jugement du public compétent. »

1. C'est l'inverse que j'ai établi pour la levûre de bière. (Note ajoutée par Pasteur.)

2. Déjà M. Schutzenberger a fait sur ce point des remarques qui me semblent parfaitement fondées. (Note de Berthelot.

3. Comptes rendus de l'Acadèmie des sciences, séance du 27 janvier 1879, LXXXVIII, p. 133-137. (Note de l'Édition.)

Malheureusement, l’homme est ondoyant et divers, car voici le jugement que M. Berthelot porte sur ma méthode et ma logique au commencement de sa dernière Note, à laquelle je réponds :

« .…. Je n'insisterais point, s’il ne pouvait résulter un grave dommage pour la Science de cette confusion perpétuelle et presque inconsciente entre ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas. »

Il y a à ce jugement, qui donne un si gros démenti à la solennelle déclaration du 6 janvier, une contre-partie piquante :

« …. La conjecture, dit-il, et l'hypothèse sont légitimes, sans aucun doute, dans la Science, mais à la condition de ne pas les imposer au lecteur et d'en maintenir le véritable caractère, ce que j'ai toujours pris soin de faire d’abord. »

Voilà donc nos mérites respectifs bien et dûment appréciés : mot, je confonds perpétuellement et inconsciemment ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas ; M. Berthelot a toujours pris soin de ne pas commettre cette faute. Voyons si cette double appréciation, ramenée aux dimensions de la vérité, ne se transformerait pas dans celle de cette vieille et toujours jeune histoire de la paille et de la poutre.

L'Académie sait, à n’en pas douter, de quoi il s’agit. La discussion porte sur la question des êtres anaérobies et sur la manière dont ils se comportent vis-à-vis des substances fermentescibles. C’est sur ce point que M. Berthelot nous assure qu’il sépare toujours nettement pour le lecteur ce qui est prouvé de ce qui ne l’est pas. Mais comment pourriez-vous faire autrement? dirai-je à mon savant ami. Vous avez fait des hypothèses sur le point en litige, et non des observations ou des expériences qui vous soient personnelles ; aussi la séparation que vous vous larguez d’avoir toujours faite entre ce qui est prouvé et ce qui ne l'est pas était chose inutile ou tout accomplie. Vos hypothèses étant seules, vous n'aviez pas à les séparer de ee que vous aviez prouvé.

Considérons d’autre part le jugement porté par mon savant confrère sur la manière dont j'interprète les résultats de mes propres recherches.

Il y a près de vingt-deux ans que j'ai commencé l'étude des fermentations proprement dites, puisque mon Mémoire sur la fermentation lactique a été lu à l’Académie le 30 novembre 1857 (1). Il y a dix-huit ans, le 25 février 1861 (?), que j'ai annoncé l'existence d'êtres anaérobies et leur caractère de ferments animés. Qu'on me permette d’insister, en passant, sur ces deux intervalles de vingt-deux ans et de

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