CHAPITRE IV
ENSEMENCEMENT DES POUSSIÈRES, QUI EXISTENT EN SUSPENSION DANS L'AIR, DANS DES LIQUEURS PROPRES AU DÉVELOPPEMENT DES ORGANISMES INFÉRIEURS.
Les résultats des expériences des deux chapitres qui précèdent nous ont appris :
1° Qu'il y a toujours en suspension dans Pair ordinaire des corpuscules organisés tout à fait semblables à des germes d'organismes inférieurs ;
2° Que l’eau de levûre de bière sucrée, liqueur éminemment altérable à l'air ordinaire, demeure intacte, limpide, sans donner jamais naissance à des infusoires ou à des moisissures, lorsqu'elle est abandonnée au contact de l’air qui a été préalablement chauffé.
Cela posé, essayons de rechercher ce qui arriverait au contact de ce même air, en ensemençant dans cette eau sucrée albumineuse les poussières que nous avons appris à recueillir au chapitre IT, sans introduire autre chose que ces poussières.
Quelle que soit la méthode d’expérimentation, il faut qu’elle éloigne complètement la cuve à mercure, parce que tous les résultats en seraient troublés. Je l'ai constaté directement pour ce point de la question par des expériences particulières que je crois sans grande utilité de rapporter ici. J'aurai d’ailleurs l’occasion de revenir encore sur les inconvénients d'utiliser le mercure dans ces sortes d’expériences.
Voici les dispositions que j'ai adoptées pour déposer les poussières de l'air dans les liqueurs putrescibles ou fermentescibles, en présence de l'air chauffé.
Reprenons notre ballon renfermant de l’eau de levûre sucrée et de l'air calciné, figure 11. Je supposerai que le ballon soit à l’étuve à 25° ou 30°, depuis un ou deux mois, sans y avoir éprouvé d’altération sensible, preuve manifeste de linactivité de l'air chauffé dont il a été rempli sous la pression atmosphérique ordinaire.
La pointe du ballon étant toujours fermée, je l’adapte, au moyen d’un tube de caoutchouc, à un appareil disposé comme il suit, figure 12 :
> D pie ns
T est un tube de verre fort, de 10 à 12 millimètres de diamètre intérieur, dans lequel j'ai placé un bout de tube de petit diamètre «, ouvert à ses extrémités, libre de glisser dans le gros tube et renfermant une portion d’une des petites bourres de coton chargées de poussières ; R est un tube de laiton en forme de T, muni de robinets, l’un de ces robinets communique avec la machine pneumatique, un autre avec un tube de platine chauffé au rouge, le troisième avec le tube T; cc représente le caoutchouc qui réunit le ballon B au tube T.
Lorsque toutes les parties de l'appareil sont disposées et que le
ErG- 12;
tube de platine est porté au rouge par le calorifère à gaz figuré en G, on fait le vide, après avoir fermé le robinet qui conduit au tube de platine. Ce robinet est ensuite ouvert de façon à laisser rentrer peu à peu dans l'appareil de l’air calciné. Le vide et la rentrée de l'air calciné sont répétés alternativement dix à douze fois. Le petit tube à coton se trouve ainsi rempli d’air brûlé jusque dans les moindres interstices du coton, mais il a gardé ses poussières. Cela fait, je brise la pointe du ballon B, à travers le caoutchouc ce, sans dénouer les cordonnets, puis je fais couler le petit tube aux poussières dans le ballon. Enfin, je referme à la lampe le col du ballon qui est de nouveau reporté à l'étuve. Or, il arrive constamment que des productions commencent a apparaître dans le ballon après vingt-quatre, trente-six ou quarantehuit heures au plus.
C’est précisément le temps nécessaire pour que ces mêmes productions apparaissent dans l’eau de levûre sucrée lorsqu'elle est exposée au contact de l’air commun.
Voici le détail de quelques expériences :
Dans les premiers jours de novembre 1859, j'ai préparé, suivant la méthode de la figure 10, plusieurs ballons de 250 centimètres cubes de capacité, renfermant 100 centimètres cubes d’eau de levûre sucrée et 150 centimètres cubes d’air chauffé. Ils sont restés à l’étuve à une température voisine de 30° jusqu'au 8 janvier 1860. Ce jour-là, vers neuf heures du matin, j'ai introduit dans l’un de ces ballons, à l’aide de l'appareil de la figure 12, une portion de bourre de coton chargée de poussières, recueillies comme cela a été expliqué au chapitre I.
Le 9 janvier, à neuf heures du matin, le liquide du ballon n'offre
rien de particulier. Le même jour, à six heures du soir, on voit très distinctement de petites touffes de moisissures sortir du tube aux poussières. Limpidité parfaite du liquide.
Le 10 janvier, à cinq heures du soir, outre les touffes soyeuses de moisissures, le liquide ayant toujours conservé une limpidité parfaite, j'apercois sur les parois du ballon un grand nombre de traînées blanches, irisées de diverses couleurs lorsqu'on place le ballon entre l'œil et la lumière.
Le 11 janvier, le liquide a perdu sa limpidité. Il est tout trouble, à tel point qu'on ne distingue plus les touffes de mycelium.
Alors j'ouvre le ballon par un trait de lime et j'étudie au microscope les diverses productions qui y ont pris naissance.
Le trouble du liquide est dû à une foule de petits bacteriums, de la plus petite dimension, très rapides dans leurs mouvements, pirouettant vivement ou se balançant, etc..., fig. 13.
Les touffles soyeuses sont formées par un mycelium en tubes rameux, fig. 14.
Enlin, cette espèce de précipité pulvérulent sous forme de traînées blanches, qui s’est montré le 10 janvier, est constitué par une torulacée très élégante, représentée fig. 15. C’est une torulacée très
fréquente dans les liqueurs albumineuses sucrées, qui se développe,
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