‹ Œuvres de PasteurChapitre 61 sur 138 · DANS LA SÉANCE DU 21 SEPTEMBRE DERNIER · texte numérisé non relu

DANS LA SÉANCE DU 21 SEPTEMBRE DERNIER

Dans mon Mémoire sur la doctrine des générations spontanées (?)

j'affirme « qu'il est toujours possible de prélever, en un lieu déterminé, un volume notable, mais limité, d’air ordinaire n’ayant subi aucune espèce de modification physique ou chimique, et tout à fait impropre néanmoins à provoquer une altération quelconque dans une liqueur éminemment putrescible ».

Je croyais avoir donné de cette assertion une démonstration en quelque sorte mathématique. Je trouve cependant aux Comptes rendus de la séance du 21 septembre dernier une relation d'expériences exécutées dans l'intérieur [des glaciers] de la Maladetta (Pyrénées d'Espagne), par MM. Pouchet, Joly et Musset, qui réfute, au dire de mes persévérants contradicteurs, l'opinion que je viens de rappeler

Ces expériences sont de tout point pareilles à celles que jai exécutées moi-même sur la Mer de Glace, sur le Jura, et au pied du premier plateau du Jura, au mois de septembre 1860.

Je me félicite que ces habiles naturalistes aient pris la peine d'aller faire à la Rencluse et à la Maladetta ce que j'avais fait au mont Blanc et sur un des plateaux du Jura, et qu'a mon exemple, comme ils le disent expressément, ils aient éloigné leurs guides, l’influence de leurs vêtements autant que possible, élevé les ballons au-dessus de leurs

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 2 novembre 1863, LVII, p. 724-726.

2. Poucner, Jozy et Musser. Expériences sur l'hétérogénie exécutées dans l'intérieur des glaciers de la Maladetta (Pyrénées d'Espagne). Jbid., séance du 21 septembre 1863, LVII, p- 998-561.

3. Pasteur. Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère, Examen de la doctrine des générations spontanées. Annales de chimie et de physique, 3e sér., LXIV, 1862, p. 5-110, et p. 210-294 du présent volume. (Notes de l'Édition.)

FERMENTATIONS ET GÉNÉRATIONS SPONTANÉES. ÿ 21

têtes, et chauffé la pointe avant de la briser. Tout ceci est extrait de la Note à laquelle je réponds. Cependant j'ai regretté que ces messieurs aient brisé la pointe des ballons à l’aide d’une lime chauffée préalablement, au lieu d’une pince. Dans ce détail important ils se sont séparés de ma manière d'opérer. Mon Mémoire dit que j'ai brisé la pointe effilée des ballons « à l’aide d’une pince de fer dont les longues branches venaient d’être passées dans la flamme, afin de brûler les poussières qui pourraient se trouver à leur surface et qui ne manqueraient pas d’être chassées en partie dans le ballon par la rentrée brusque de lair ». Pour que la lime fasse l'office de la pince dont je parle, il faut de toute nécessité que la lime seule touche et brise la pointe du ballon, que le pouce et la main n’interviennent qu’à distance parce que la main, elle, ne peut évidemment être chauffée préalablement comme la lime ou la pinee (1.

Quoi qu'il en soit, on voit bien qu'à tout prendre mes savants adversaires ont apporté des soins particuliers dans leurs essais, et qu'ils ont été guidés par le ferme désir de répéter minutieusement mes expériences.

Mais ce qu'ils ont omis d'appliquer, et ce n’est pas devant l’Académie des sciences qu'il sera utile de faire remarquer l’énormité de la lacune, c’est la méthode même que j'ai mise en pratique.

Et, en effet, MM. Pouchet, Joly et Musset ont ouvert quatre ballons à la Rencluse et quatre à la Maladetta. Or, j'en avais ouvert vingt à la Mer de Glace, vingt sur le Jura, vingt au pied du Jura, ainsi que mon Mémoire en témoigne; et, s'il n’y avait pas eu une grande difficulté à transporter une multitude de ballons vides d’air, à pointe effilée, depuis Paris jusque dans ces trois localités, j'en aurais ouvert cinquante ou cent à chacune des stations. .

Qui ne voit, en effet, que toute la méthode est là? Que voulais-je démontrer? Entre autres choses, que dans l’air atmosphérique d’une localité quelconque, ici il y a des germes, à côté il n’y en a pas, plus loin il y en a encore; qu'il n’y a donc pas dans l'atmosphère continuité de la cause des générations dites spontanées, et qu’enfin c’est une opinion entièrement erronée que la plus petite quantité d’air commun

1. J'ai regretté également de trouver, dans la Note de MM. Pouchet, Joly et Musset, l'indication suivante : « Nous primes le soin d’agiter les ballons de manière à rendre mousseuse la décoction de foin qui s'y trouvait contenue. Puis ces matras furent immédiatement refermés à la lampe. »

C'est bien faire que d’agiter, quoique, pendant le retour, les ballons soient assez secoués. Mais il faudrait agiter après avoir fermé les ballons, parce que les agitations brusques opêrent ‘des déplacements et des rentrées d'air qui, s'ils se font à petite distance des mains et des vêtements des opérateurs, peuvent donner lieu à des causes d'erreurs dont j'ai pu apprécier

l'influence non douteuse.

soit capable de déterminer dans des infusions le développement de toutes sortes de mucédinées et d’infusoires. Pour établir ces faits, si durs à la doctrine des générations spontanées, et qui viennent de conduire ses partisans à la Maladetta dans le vain espoir de les réfuter, ma méthode consiste à prélever dans une localité quelconque un certain nombre de volumes d’air et à en étudier l’action sur des infusions. Mais une conclusion de quelque valeur n’est possible qu'à la condition de répéter l'expérience un assez grand nombre de fois pour que le hasard n’amène pas des résultats, soit tous négatifs, soit tous positifs. J'ai ouvert vingt ballons sur le Jura, et cinq m'ont présenté des productions organisées. Supposons que j'aie commis la faute de MM. Pouchet, Joly et Musset, de n’en ouvrir que quatre, j'aurais pu tomber sur quatre de ces cinq ballons qui m'ont offert des productions, et conséquemment être porté à penser que lair sur le Jura est toujours fécond, tandis qu'ayant eu quinze ballons qui n’ont rien donné d’organisé, et cinq avec moisissures ou infusoires, j'ai pu dire avec une certitude ne laissant pas la moindre place au doute : « que lon peut prélever sur le Jura des volumes notables, mais limités d’air n'ayant subi aucune espèce de modification physique ou chimique, et tout à fait impropre néanmoins à provoquer une altération quelconque dans une liqueur éminemment putrescible ». .

Le lecteur attentif verra que je ne profite même pas dans cette discussion de l'avantage que me donnent mes contradicteurs, en ne parlant de mucédinées et d’infusoires que pour quatre de leurs ballons sur huit, circonstance qui établit que les résultats que l’on m'oppose confirment les miens. Tant que MM. Pouchet, Joly et Musset ne pourront pas affirmer qu’en ouvrant dans une localité quelconque un grand nombre de matras, préparés exactement selon les prescriptions de mon Mémoire, il n'y en «a pas qui se conservent intacts, et que tous s’altèrent, ils ne feront que confirmer l'exactitude parfaite de l’assertion de mon Mémoire qu'ils prétendent réfuter. Or, je mets au défi que l’on produise un pareil résultat.

En résumé, voila un exemple nouveau à ajouter à tant d’autres dans la liste des causes des erreurs scientifiques, où nous voyons que, tout en s’efforçant de reproduire et de critiquer les expériences d’un auteur, on peut ne pas comprendre du tout sa méthode d’expérimentation et croire même qu'on le réfute quand on ne fait que confirmer les principes qu'il a établis.

REMARQUES (1) A L'OCCASION D'UNE RÉPONSE DE MM. JOLY ET MUSSET A LA NOTE PRÉCÉDENTE]

M. Pasteur remarque, à l’occasion de la récrimination de MM. Joly et Musset, que l'erreur qu'il a commise était presque inévitable; en ne parlant, en effet. de mucédinées et d’infusoires que pour quatre des huit ballons ouverts par eux, MM. Pouchet, Joly et Musset semblaient indiquer que les quatre autres n'en contenaient point. Cependant, pour plus de sûreté, M. Pasteur a voulu se renseigner près de M. Pouchet lui-même; mais ce savant lui ayant fait savoir qu'il ne pourrait donner une réponse définitive qu'après s'être entendu avec ses collaborateurs, on n'a pas cru devoir différer davantage une communication attendue par plusieurs Membres de l’Académie.

M. Pasteur donne ensuite de vive voix quelques renseignements sur les résultats d’une expérience qu'il a faite tout récemment dans une des salles mème de l'Institut à la demande de M. Fremy, résultats qui confirment encore les conclusions qu'il avait tirées de ses expériences précédentes.

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