‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 21 sur 99 · VERS RÉCITÉS PAR M»« MARS · texte numérisé non relu

VERS RÉCITÉS PAR M»« MARS

Devant ses ennemis vaincus Reparaîtra ta Melpomène.

Oh ! pour toi moment trop heureux !

Mais celui-ci, j'aime à le croire, Est plus doux encore à tes yeux ; L'amitié vaut mieux que la gloire.

Ceux qui t'aiment sont réunis ; Dans leurs yeux ta présence brille; Voilà tous les arts, tes amis, Et tous les talents, ta famille.

Elle est nombreuse, et, sur ma foi.

Je ne suis pas sans quelque crainte En la voyant dans cette enceinte, Ainsi pressée autour de toi.

Car enfin, je dois te l'apprendre.

Désormais il n'est plus permis, (Une loi vient de le défendre,) D'avoir plus de dix-neuf amis.

Bellart va crier au scandale.

Si même lieu, si même jour Réunit la foule illégale De ceux qu'enchante ton retour.

xvir.

En mer» mai 1820.

Comme un cygne étendant ses ailes.

Mon beau navire a pris Tessor, Et loin des rives paternelles, Vers l'aurore, m'entraîne encor.

La France, à l'horizon perdue.

Derrière les eaux descendue, Déjà disparaît à mes yeux ; Me voilà séparé du monde. Seul sur l'immensité de l'onde, Seul sous l'immensité des cieux.

En me trouvant si solitaire, Malgré moi d'un secret plaisir Ce cœur, qui regrettait la terre.

Tout à coup s'est senti saisir.

Sous les brises que l'air m'envoie.

Par moments des sources de joie Inondent mon sein enchanté ; Pt, libre de toutes mes chaînes.

Je jouis dans toutes les veines De mon immense liberté.

Comme un captif qui trente années N'a vu qu*à travers des barreaux Luire les saisons fortunées, Le ciel, les arbres et les eaux.

Mon âme longtemps prisonnière S'échappe, et volant tout entière Vers le vaste et libre séjour, Légère comme Tbirondelle, Se joue et s*enivre avec elle Dans les rayons du nouveau jour.

Ce n'est pas dans le sein des villes.

Dans leur éclat matérieU Que vivra, sous des lois serviles, Le poëte : il est fils du ciel.

C'est dans les champs de la nature Que rit la source vive et pure Où sont les plus limpides vers; C'est là qu'il doit tremper son âme.

Et s'abreuver de cette flamme Qu'il communique à l'univers.

Si quelque cime au loin domine, Où nul pied ne vienne marcher, Que de la montagne voisine Nulle ombre ne puisse toucher, Où l'air pur dilate la vie.

Où l'on sente mourir l'envie

De biens, trop souvent expiés ; Où l'homme, debout sur le faîte, N'a plus que le ciel sur sa tête, Et voit les villes à ses pieds ;

Qu'il y monte : là le génie L'attend avec tous ses secrets.

Qu'il écoute cette harmonie Qui circule dans les forêts, Lorsqu'on leur solitude immense On entend même du silence Venir une secrète voix, Et des frémissements sublimes Descendre de toutes les cimes.

De toutes les feuilles des bois.

Qu'il demande à la mer profonde Ses bords, ses vagues et leur bruit, Et l'azur dont le jour l'inonde.

Et les étoiles da sa nuit; Ah ! comme la harpe d'Éole, Soudain sur le vaisseau qui vole.

Au vent il vibre harmonieux ; Ah ! s'agrandissant avec elle.

Ainsi que son miroir fidèle.

Son âme a réfléchi les cieux.

Combien de fois, dans ma patrie, J'ai, de la mer suivant le bord.

Vu. briser contre la Neustrie Les flots de l'Océan du nord !

Combien ma jeunesse rêveuse A passé de jours amoureuse A contempler ces flots mouvants, Quand l'inspiration féconde Vers moi montait du sein de Tonde, Descendait au milieu des vents!

Et maintenant de ma jeunesse S'accomplit le vœu le plus pur.

Me voilà, pour chercher la Grèce, Flottant entre le double azur.

De magiques bords couronnée, La belle Méditerranée M'invite d'un aspect serein.

Et me dit : Prends ma poésie, Aime-moi, voguons vers l'Asie, Je te porterai sur mon sein.

Oui, je t'aime, oui, tu parais belle A mon âme autant qu'à mes yeux :

Bien que ta surface infidèle Cache des flots capricieux :

Comme ces beautés orageuses Qui, pleines d'heures nuageuses, Quelquefois torturent l'amour, Et le rendent plus vif encore.

Et, charmantes jusqu'à l'aurore.

Font payer son bonheur au jour.

Aussi mobile que Protée,

La mer, changeante incessamment,

Est tantôt syrène enchantée,

Et tantôt lion écumant :

Toujours belle ! et pour moi, qui l'aime,

Sa forme terrible elle-même,

Gronde attrayante en son horreur ;

Porté sur le monstre en colère.

Je mets la main sur sa crinière.

Et je jouis de ma terreur.

Je les plains ceux que la nature De son amour n*a point tentés.

Qui n'ont connu que la peinture De ses ineffables beautés; Qui n'ont pas, durant la tourmente.

Aperçu la face écumante Du vaste Neptune en fureur.

Et, sous le souffle des zéphires, D'Amphitrite aux mille sourires Connu le charme et la douceur.

Que leur âme serait troublée

Si, c^mme moi, de ces beaux cieux,

Ils voyaient la nuit étoilée

Sur la mer descendre à leurs yeux,

A cette heure où, si solennelle,

La nature, qui me révèle

Son plus mystérieux séjour,

A Tamant. qui les a cherchées.

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