‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 22 sur 99 · Livre tant de beautés cachées · texte numérisé non relu

Livre tant de beautés cachées

Purs trésors inconnus au Jour,

Nature, ô je veux te poursuivre Sans cesse, à toute heure, en tout lieu; Près de ton sein laisse-moi vivre.

En ton sein consacrer mon vœu.

J'ai soif de ta secrète flamme; Laisse-moi te verser mon âme Dans un amour illimité.

Et, de ses désirs palpitante.

Sans repos la plonger brûlante Dans ta profonde volupté.

Un jour, délivré de tous voiles, D'un regard immatériel, J'irai, derrière les étoiles.

Chercher les secrets dans le ciel, Mais de cet être qu'il recèle Ici-bas Terrante étincelle Cache ses semences de feu :

Que ton sein me la communique Fais, de son toucher électrique Jusqu'en mes veines passer Dieu I

xviir.

Olympie, 30 juin 1820.

L'Alphée au beau rivage, aux platanes sans nombre, Aux lauriers-rose pour roseaux, Avant d'avoir d'illustres eaux, S est longtemps agité dans l'ombre.

Mes yeux l'ont vu, faible courant.

Au pied du mont Lycée errant.

Entre des roches sans feuillage Rouler pénible son jeune âge.

Ainsi qu'un vulgaire torrent.

Ce n'est pas sans travail qu'on parvient à la gloire; Ce n'est pas sans un long effort Qu'on peut changer son humble sort Contre une immortelle mémoire ; Mais enfin, le fleuve enfanté.

Dans un beau vallon enchanté, A pleins bords, au ciel il rayonne; De lauriers Pise le couronne.

Et par Pindare il est chanté.

Sur les bords de l'Alphée accouru dans TÉlide, Que j'aime, avide et curieux, Égarant mes pas et mes yeux, A me sentir seul et sans guide !

Voilà Pise ! Enfin je le vois, Ce lieu si vivant autrefois.

Et maintenant si solitaire.

Où nul secours né de la terre Ne pourrait répondre à ma voix !

J'éprouve, en parcourant celte muette enceinte, Je ne sais quel trouble étranger.

Qui naît peut-être du danger.

Et qui pourtant n'est pas la crainte.

Mon sein aime à laisser venir Ce trouble, doux à retenir.

Que dans les âmes insinue Une solitude inconnue.

Le silence et le souvenir.

Mille pensers de gloire au soleil d'Olympie Se sont réveillés dans mon sein.

Comme se réveille un essaim Qu'enfermait sa ruche assoupie.

J'ai remonté le cours des ans.

J'ai revu ces jours triomphants, Lorsque aux yeux de toute la Grèce, Les pères mouraient d'allégresse Sur les lauriers de leurs enfants.

Jours grands et solennels, où les peuples en armes Suspendaient leurs sanglants débats,

Et, dans de paisibles combats, Cherchaient des triomphes sans larmes !

Quel âge en vit ailleurs de tels!

Les vainqueurs gagnaient des autels.

Et, nés de la foule où nous sommes.

Venus à Pise simples hommes, Retournaient chez eux immortels.

Quelles voix? Écoutez. Derrière la colline.

Noire de pins et de débris.

Quelle foule élève ces cris?

Quoi ! la lice était si voisine? *® Peut-être on salue un vainqueur.

Le long bruit, comme un vaste chœur, Monte et croît, cesse et recommence; A ces transports d'un peuple immense.

J'ai senti palpiter mon cœur.

J'entends d'ici, j'entends ^éclatante trompette Ouvrir \m oiytn piques jeux ; J'ontends pkiâ forts less cris joyeux Que le mont Saturne répète ; Je vois assis sovis mes regards.

Les jeunes hommes-, les vieillards.

Les enfants de îa Grèce eutière; Et la gloire dans la carrière De loin encourageant les chars*

Le voilà! Voilà l'aigle I Au signal de ses ailes Les combattants ont répondu ; IJn bruit léger s'est répandi)

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Parmi les lices solennelles; Du haut des collines, les dieux Sur la plaine abaissent les yeux.

Debout en airain dans leur temple. Et la Grèce attend et contemple, Cercle immobile et radieux.

Oh que j'aime la gloire I et combien elle est belle ! Que son nom seul a de douceur!

Quel sort d'être son possesseur!

De naître et de mourir pour elle !

Quels sacrifices, quels travaux Coûtent à ces ardents rivaux.

Qu'un but si généreux enflamme?

Le prix est déjà dans leur âme, Avide encor de prix nouveaux.

J'irai, plein de l'espoir qui de mon cœur s'empare, En les chantant les partager ; Que la lyre d'un étranger Lutte avec celle de Pindare.

Enfants de la Grèce, écoutez Les chants par vous-même excités, Qu'élève ce fils de la Seine, Venu de la France lointaine S'asseoir à vos solennités.

Où 8uis-je? Ai-je rêvé? Quel désert! quel silence! A qui donc parlais-je? et comment Ont-ils fui tous en un moment?

Erreur! illusion! démence!

Ces cris que j*entendais lointains, C'est le vent qui, parmi ces pins, Du bruit que dans leur cime il roule, Imite les bruits de la foule.

Ni plus durables ni moins vains.

Hélas! sur d'autres bords, aux jours d'une autre gloire, Combien mon oreille a de fois Entendu de semblables voix Saluer un char de victoire I Ce bruit dans les airs élancé, Dont un peuple en foule pressé D'un héros suivait le passage, C'était du vent dans du feuillage; Le vent cesse, et tout a cessé.

De cette erreur nouvelle ainsi fuit le mensonge; Pise, ainsi devant mes regards.

Tes jeux, tes couronnes, tes chars, Tes cris, s'envolent comme un songe; Et je me trouve de nouveau Seul, et du magique tableau L'âme doucement échauffée.

Sous les platanes de TAlphée , Assis rêveur au bruit de l'eau.

Voilà bien les contours du vallon olympique; C'est l'Hippodrome que je voi ; C*est Saturne qui devant moi Élève encor sa cime antique; De ces gradins tumultueux

Qu'agitait un peuple nombreux, Par le sol l'empreinte est gardée ; Et les nobles eaux du Cladée Mouillent encore un lit ombreux ;

Mais j'interroge en vain sur ses rives muettes Les échos sacrés dont la voix, Aux cris de la Grèce, sept fois Bépétaient le nom des athlètes ; Mais ces spectateurs assemblés, Qui de leurs flots amoncelés Inondaient tout ce vaste espace, Bapides comme l'eau qui passe.

Dès longtemps se sont écoulés.

Le vallon est muet, et vide, et solitaire ; La voix des hommes n'y vient pas ; Le bruit de mes sonores pas Seul y fait retentir la terre ; Seul le sauvage chevrier.

Étendu sous quelque olivier, D'Olympie occupe la place , Et jette au passant la menace D'un regard inhospitalier.

France ! ma patrie ! un jour si fortunée !

Louvre, colonne, arcs triomphaux !

Monuments à mes yeux si beaux.

Voilà donc votre destinée !

Ainsi, le voyageur épris De la gloire et de ses débris.

Viendra donc, de quelque contrée Maintenant peut-être ignorée, Chercher la place où fut Paris I

Quand il suivra, pensif, les rives de la Seine , Et ses rares et basses eaux.

Qu'entre l'épaisseur des roseaux L'œil verra scintiller à peine, De nos arts fouillant les trésors.

S'il demande le Louvre alors.

Aux lieux où s'éleva sa gloire Trouvera-t-il plus de mémoire Que je n'en trouve sur ces bords !

J'ai demandé l'Alphée à ses propres rivages; Mais ils ne m'ont pas entendu.

Et m'ont seulement répondu Des mots bizarres et sauvages.

Pise est veuve de son renom ; Et, passager de ce \'allon, Moi seul dans l'Élide peut-iHre Connais au bord qui la vit naître Sa place, sa gloire et son nom.

Et les rois cependant élèvent des colonnes Pour les porter à l'avenir I Et l'athlète au long souvenir Cherche à consacrer des couronnes!

Et moi-même, dans ces déserts.

Loin des bords qui me sont si chers.

Poussé d'une aussi folle envie.

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Je poursuis au prix de ma vie Un bruit qu'emporteront les airs!

Quoi I la gloire, la gloire à tout homme si chère, Serait-elle un songe aussi vain Que celui dont j'ai vu soudain S'enfuir l'image mensongère !

Que dis-je! Ahl l'homme peut mourir, Les plus hauts monuments périr, Les nations changer de face, D'autres peuples prendre leur place.

Que d'autres viendront conquérir;

Mais, j'en ose attester Olympie, et moi-môme, Moi qui, spectateur curieux.

En cherchant ces bords glorieux, D'avance ai dédit mon blasphème ; Non, non ; ce n'est point une erreur Que ce bruit, des tombeaux vainqueur, Qui, prolongeant nos destinées, A travers quatre mille années.

Fait battre encore un noble cœur.

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