LA VALLÉE DE CHAMPROSAY
Devant, la Seine se découvre, Et, derrière, une porte s'ouvre Sous les ombrages de Sénart.
Le domaine ne s*étend guère, Mais il est selon mon trésor.
Sa liberté n'est pas chimère.
Pour vivre libre et lire Homère, Bien portant, que faut-il-encor?
Pour m'agrandir m'irai-je battre?
Trois arpents sont assez pour moi :
Dans trois arpents on peut s'ébattre.
ÂlcinoUs en avait quatre, Mais AlcinoUs était roi.
Oh! bien fou qui jamais n'arrête
Ses vœux d'heure en heure plus grands !
De biens nouveaux toujours en quête,
On blâme l'esprit de conquête.
On imite les conquérants.
Si les hommes pouvaient s'entendre !
Mais non : tant qu'il trouve un voisin.
Tout homme a le cœur d'Alexandre, Et, prince ou bourgeois, veut étendre Ou son royaume ou son jardin.
Quant à moi, devenu plus sage, Et dans mes désirs satisfait^ Peu redoutable au voisinage,
Je ne demande à ce village Do lot que celui qu'il m'a fait:
Content si, m'assurant la vue De la rivière et du coteau, J'y puis seulement, sin* la rue, Joindre la place étroite et nue.
Que borne en fleurs le vieux sureau.
C'est tout. Et puis encor peut-être Ce petit bois plein de gazon.
Qui se berce sous ma fenêtre, Et semble m'attendre pour maître.
Caché derrière ma maison.
Rien de plus. Et si, murmurante, Dans ce bois, devenu le mien.
Venait à luire une eau courante.
Alors... si ce n'est quelque rente...
11 ne me manquerait plus rien.
XXVf.