VICTORINE, EULALIE ET PAULE DE SAINTE-ALLAIRE
Champrosay, 1826.
Jeunes filles, ramez k peine, Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.
La soirée est sereine et pure, L'air est doux et délicieux, Et le bord n'a pas un murmure Qui trouble le calme des cieux.
Heure enchantée! heure enivrante!
L'onde coule si transparente Qu'on voit les trembles y dormir, m. S
Ah! d'une semblable soirée, Gardons, gardons que la durée Ne soit trop tôt un souvenir.
Jeunes filles, ramez à peine.
Laissez seul couler le bateau; Assez vite au but qui Tentraîne Nous mènera le fil de Feau.
Vous avez quinze ans, Eulalie, Vous, Victorine, dix-sept ans, Vous, Paule, pour être accomplie, Vous leur enviez six printemps; Oh! toutes trois gardez cet âge, Restez à l'heure sans nuage Où vous voguez d'un cours si pur Autour de votre blonde mère.
Qui semble entre vous la première De quatre sœurs aux yeux d'azur.
Jeunes filles, ramez à peine.
Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.
De ces frais et riants visages.
Dans l'eau laissez-moi regarder Les jeunes et pures images.
Qu'aucun souffle ne vient rider. Je crois voir flotter, sous ma vue, Comme une nature inconnue.