LA PROMENADE SUR L'EAU
Comme un peuple immatériel, Et des êtres d'un autre monde 3Ie sourire du fond do l'onde Et do l'azur d'un autre ciel.
Jeunes filles, ramez à peine, Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.
Comme, sous l'aile douce et chère.
D'heureux oiseaux avant l'essor Sans connaître de graine amère Dans leur duvet dorment encor, Vous dormez encore en vous-même; Profitez du temps qui vous aime, Prolongez l'heure et la saison.
Quand les nuages dont la vie.
Même heureuse, est souvent suivie.
Sont encor loin sous l'horizon.
Jeunes filles, ramez à peine.
Laissez seul couler le bateau; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.
Que j'aime, belle d'innocence, L'âme ouverte de toutes parts, Qui sans peur dans sa transparence Peut laisser entrer les regards !
Mais de ces heures si candides,
136 POKMES ET POÉSIES.
Le monde et ses attraits perfides, Peut-être bientôt possesseurs, Vont par une pente insensible Entraîner cette âme paisible A leurs décevantes douceurs.
Jeunes filles, ramez à peine.
Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.
Attirée aai fleuve limpide, Celle qui vient s'asseoir au bord, Près d'entrer dans le bain rapide, S'arrête et se trouble d'abord ; Vers l'eau qui doucement l'attire Elle avance un pied, le retire.
Puis, plus avant elle ose entrer.
Puis de son boau sein presse l'onde.
Puis se plonge dans l'eau profonde, Et ne veut plus s'en séparer.
Jeunes filles, ramez à peine, Laissez seul couler le bateau; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.
Entre nos plaisirs et nos peines, Rapide ot court est le chemin.
Il est bien peu d'heures sereines Dans le plus fortuné destin.