‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 32 sur 99 · LA PROMENADE SUR L'EAU · texte numérisé non relu

LA PROMENADE SUR L'EAU

A peine cette heure passée, Comme aussitôt de ma pensée Tous les troubles vont revenir !

Et comme, en abordant la terre.

Les soucis qui semblaient se taire Vont me frapper au souvenir !

Jeunes Glles, ramez à peine.

Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.

D'où nous vient la secrète envie Qui nous dit sans cesse : Avancez?

Hélas ! d'elle-même la vie N'avance-t-elle pas assez t Tandis que sur cette eau tranquiUe Je me vois assis immobile, Elle marche, et je suis son cours.

Je voudrais m'arrèter, par place, Pour cueillir mainte fleur qui passe.

Mais le fleuve marche toujours.

Jeunes filles, ramez à peine.

Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.

F^ couchant est devenu sombre ; Le soir, noircissant les coteaux, Derrière nous pousse son ombre.

138 POÉMKS ET POÉSIES. '

Et du bord descend sur les eaux.

Voici le term« du voyage;

Je vois s'approcher le rivage

A mesure que le jour fuit;

Et cette heure, qui nous rassemble

Si joyeux de voguer ensemble,

Va s'évjanouir dans la nuit.

Jeunes fllles, ramez à peine, Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.

Jamais sans un peu de tristesse On ne voit finir un beau jour.

Le regret suit tout ce qui cesse Et souvent, hélas! sans retour.

Au fond de l'àme il s'insinue, Quand, sur le bord, la nuit venue.

Les amis se jserrent la main, Et se disent : L'heure était belle!

Mais quand recommencera-t-elle?

Nous retrouverons- nous demain?

Jeunes filles, ramez à peine.

Laissez seul couler le bateau ; Assez vite au but qui l'entraîne Nous mènera le fil de l'eau.

XX vil.

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