‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 38 sur 99 · BRILLANT · texte numérisé non relu

BRILLANT

a Faisait dans le gazon des trous, pour s'y fourrer,

« Où vous-même on pourrait, monsieur, vous enterrer. »

Les voisins à leur tour : « Il fait un tel tapage,

« Qu'il n'est plus de repos possible en ce village,

« Et de tels aboiements jusqu'au jour nous poursuit

« Que nous ne saurions plus fermer l'œil de la nuit. »

D'autres, des paysans, accouraient à la grille :

« Votre chien vient de mordre une petite fille. »

Enfin, justes ou non, tous d'un grief nouveau

Venaient, chaque matin, me rompre le cerveau.

Las, excédé, vaincu, que Dieu me le pardonne !

J'ai plié sous l'orage, et j'ai dit : Qu'on le donne.

Ils l'ont donné — trop vite — et dès le lendemain.

Un roulier, qui souvent passait sur le chemin.

Même avant mon réveil, avait à sa voiture

Lié mon pauvre chien, partant à l'aventure.

J'en ai l'âme chagrine, et depuis ce moment.

Je ne sais quel regret me suit incessamment.

De sa niche muette, à la grille restée,

Depuis qu'il est parti la cour est attristée.

Sans doute on ne voit plus de trous dans le gazon.

Mais avec lui la joie a quitté la maison ;

On ne voit plus les fleurs sous des pattes foulées.

Mais ses bonds ne vont plus égayer mes allées.

A l'heure où le matin, devant ma table assis, Au travail occupé, je médite ou j'écris, Je cherche malgré moi ce compagnon aimable Que toujours, à mes pieds étendu sous ma table, Jo voyais, le museau sur sa patte allongé.

Attendre, patient, le moment du congé.

Las de dormir, parfois la matinée entière.

Il posait sur mon bras sa patte familière, Et semblait, du beau temps soigneux de m'avertir. Me dire : Allons, mon maître, il est temps de sortir. Ohl dès qu'il m'avait vu mon chapeau sur la tète, Quels aboiements joyeux 1 quels bonds 1 et quelle fôte I Comme ses yeux aimants, effrontés de candeur, ®* Se plongeant dans mes yeux, étincelaient d'ardeur I Qui me rendra l'ami que ma maison exile?

Et lorsqu'à Champrosay je reviens de la ville. Qui verrai-je à présent, accourant sur le seuil. Égayer mon retour d'un bondissant accueil?

Qui viendra, dans les prés, au-devant de son maître? J'aimais tant quand sa voix me faisait reconnaître Qu'il descendait vers moi le verdoyant coteau, Suivi de sa maîtresse; et que, du bord de l'eau, Je le voyais joyeux, gambadant devant elle, Dans les vignes, de loin, précéder son ombrelle I Il semble qu'avec lui finissent de beaux jours.

Et tandis qu'en ce lieu je le revois toujours. Sa joie est maintenant vers un autre adressée. Et par une autre main sa tête est caressée.

11 est heureux, il joue, il mange du pain noir, Et parfois sous la pluie il marche jusqu'au soir. Mais, s'il entre à l'auberge, il s'étend devant l'âtre : A la voix du roulier, il bondit, il folâtre; Et, sans nul souvenir du lieu qu'il a quitté. Oublie un maître ingrat, qui l'a bien mérité.

 MA JBUNB AMIB

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