‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 41 sur 99 · EN DESCENDANT LE RHIN · texte numérisé non relu

EN DESCENDANT LE RHIN

Septembre 184].

Échappé de Paris, libre de toute chaîne, Sur le bateau joyeux que le vapeur entraîne, Avez-vous jamais fait le voyage du Rhin?

 qui plait la nature, et l'aise, et le bon vin. De Bade à Rotterdam c'est un v^oyage à faire. D'abord, c'est un plaisir de vivre sans affaire, De voir couler le jour sans soins, hormis l'ennui Que le compte à payer toujours porte avec lui. Ensuite c'est un charme à nul autre semblable D'être assis nonchalant, le coude sur la table, Son crayon, son papier, ou son livre à la main. Et de sentir sous soi galoper le chemin.

On dirait que pour vous le fleuve qui se presse Lutte avec la vapeur de force et de vitesse, Et ses deux riches bords semblent de leur côté Rivaliser entre eux de charme et de beauté.

On regarde ébloui les collines qui passent.

Des champs que des forêts ou des vallons remplacent,

Des vignes, des rochers, de gothiques châteaux Qui sur l'azur du ciel découpent leurs créneaux. £t, montrant au passant leur gloire anéantie, Du roc qui les soutient semblent faire partie. Le rapide bateau comme un trait emporté Y laisse l'œil à peine un moment arrêté.

Nul repos au regard : d'un site qu'on admire, Si la nature ou l'art, à gauche, vous attire, Â droite, au même instant, un autre qui parait Attire le regard, qu'un autre encor distrait; Et devant vous, voilà de nouvelles collines Que l'on voit, apportant de nouvelles ruines, Rapides, accourir de l'horizon lointain ; Elles venaient en face, on se tourne, et soudain On voit derrière soi s'enfuir leurs cimes bleues. On lit, on cause, on dîne, et l'on a fait cent lieues.

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