‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 44 sur 99 · SUR LES FORTIFICATIONS DE PARIS · texte numérisé non relu

SUR LES FORTIFICATIONS DE PARIS

Nous ne saurions dire ici comment cet écrit est venu en nos mains * ; il y est arrivé d'une manière toute singulière et tout imprévue. Nous prenons sur nous une grande responsabilité en l'imprimant sans être certain que cela convienne à l'auteur, et persuadé que nous sommes du moins de faire ainsi une chose utile.

Ces vers semblent avoir eu pour but de se moquer de quelques journaux et de bruits absurdes, dont ils s'étaient rendus les échos, au sujet d'une œuvre de haute politique et de défense nationale, faite à elle seule pour illustrer un règne. Us ne manquent, selon nous, ni de raison ni de vérité.

Le bon bourgeois se dit de province. Quoique la province compte maintenant un très-grand nombre d'excellents poëtes, et que le jeune auteur (nous le supposons jeune) nous paraisse avoir été élevé à bonne école, nous oserons lui conseiller toutefois, dans l'intérêt de ses succès, s'il habite en eflTet les départements, de venir à Paris faire connaissance avec les grands modèles dont la capitale abonde. Il y a beaucoup de talent dans son œuvre, c'est

1. Cet avant-propos a été écrit en 1841 par jeu de Tauteur, qui voulait alors garder Tanonyme.

vrai, mais aussi bien des traces d'inexpérience. Qu'il vienne fréquenter, non les académies qui le perdraient, mais les salons de nos maîtres illustres. Il peut certainement, avec de l'étude, de l'esprit de conduite et des camarades, finir par se placer au nombre des soixante ou quatre-vingts plus grands poëtes vivants de la France.

Quoi qu'il en puisse être, la curiosité la plus vive s'est attachée à cet opuscule si original, qui n'est pas sans à-propos et sans patriotisme. Cinq éditions ayant été épuisées avant la mise en vente, nous commençons par la sixième, qui paraît devoir être suivie en peu de jours d'un grand nombre d'autres.

Le manuscrit que nous avons &qu$ les yeux porto le titre de comédie. Nous nous croyons oblïgé de lui conserver ce titre, quoique nous ne sachions pas bien, nous devons l'avouer, ce que l'aut^'ur a entendu par ïk ; car une comédie, c'est un poëme familier renfermant une action et se nouant et se dénoiiant à Taide do plusieurs personnages. Ainsi le Bachelier de Ségome, de M. Casimir Bonjour, s'il était gai, serait une comédie. Ici rk*n de semblable. Peut-être l'auteur a-Wl voulu exprimer qu'il n'avait pas entendu faire cp qu'on appelle une épltrt% mais mettre en relief un individu pemt au point de vua grossissant de la scène, un personnage composé de bon sens et de ridicule qui, dirigé par rauteur dnn^ une voie de vérité exagérée, dit plus qu'il ne dirait dans la réalité, se moque sérieusement de lui-môrne, se surfait sans s*en doutiT, va dans l'expression de ses scnlimenta plus loin qu il ne le croit, et montre à f^nn insîu U> roin de ridicule qu'il y a au fond de presque toutes les choses et de presque Ioujî les hommes. Peut-être aussi l'auteur a-t-il voulu

DU BON BOURGEOIS. 2'it

parler du genre de style dans lequel cette pièce est écrite, ce style familier qui ressemble à de la conversation et qui est en effet celui de la comédie. Dans le style de l'épltre, le poëte doit se faire davantage sentir; dans le style de la comédie, il se cache le plus qu'il peut pour laisser parler le personnage. C'est ce que l'auteur de cette pièce paraît avoir voulu faire en écrivant ce monologue d'un brave bourgeois, jugeant les choses selon son journal , connaissant les affaires publiques d'après le premier- Paris, puisant son amour ou sa haine dans Varlicle de fond, réglant la politique de la France chaque matin à l'arrivée du facteur, en prenant son café au lait; bonhomme, ami de son pays dans la mesure de son intérêt et de ses préjugés; aimant du reste l'aise et le repos, patriote peu sensible au plaisir de monter sa garde, et d'être dérangé en quoi que ce soit dans ses petites habitudes et dans ses petites affaires ; très-familier, de loin, avec les grands, et surtout avec le roi qu'il a fait, le 29 Juillet, en montant la garde à la porte de sa mairie.

Au reste, nous sommes bien bon de chercher à expliquer ce titre. Dante a donné à l'Enfer le titre de Comédie, quoiqu'il n'y ait ni dans l'Enfer, ni dans le Purgatoire, ni dans le Paradis même, le plus petit mot pour rire; quoiqu'il n'y ait rien dans son œuvre qui ressemble, excepté sous ce dernier rapport, au Bachelier de Ségovie de M. Casimir Bonjour. Un auteur a bien le droit de donner à son ouvrage le titre qu'il veut; si le nôtre a appelé celui-ci comédie, c'est que cela lui a plu, il en était bien le maître.

Depuis que cet avant-propos est écrit, il nous a été assuré que l'auteur, ce qui dérange un peu l'idée que

nous nous étions faites de lui et de sa jeunesse, avait traité ce sujet fort sérieusement dans un discours de tribune. Le grave auteur, s'il est grave en effet, aura trouvé utile d'attaquer aussi les adversaires d'une cause toute nationale et toute patriotique par le ridicule, souvent plus puissant que le sérieux, surtout chez notre nation, qui est, comme nous le savons tous, la nation la plus spirituelle de la terre.

LE DISCOLRS

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