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On reconnaîtra lord Byron dans les scènes qui suivent; on y retrouvera une aventure du héros de son célèbre poëme, et, comme diraient les Espagnols, Itis Mocedades de don Juan.
II est peu de voyageurs en Orient qui, à la vue des hauts murs du sérail de Gonstantinople et de leurs ombrages, ne se soient amusés, comme lord Byron, avec une imagination moins prompte et moins ardente sans doute, à pénétrer par la pensée dans ces retraites interdites aux regards, et peut-être ne se soient mêlés en idée à quelqu'une des scènes qui s'y passent. L'Orient a perdu beaucoup aujourd'hui de sa poésie et de son mystère. Le sultan, avec sa redingote, ses épaulettes, son bonnet et ses gants, ne ressemble plus guère au sultan magnifique que nous avons vu en d'autres temps, et tout le peuple du sérail a dû changer avec le maître , et subir l'influence des paquebots, des chemins de fer, des voyages faciles, et de tout ce que nous appelons la civilisation européenne. L'Orient arl-il gagné en proportion de ce qu'il a perdu?
Aucun lieu n'était de nature à prêter plus de prestiges à notre grande scène lyrique que cette Gonstantinople d'autrefois, avec ses demeures fermées, remplies de
femmes, de fleurs, de parfums, de musique, de danses, d'intrigues passionnées, et d'une terreur qui, toujours présente, y fait comme la basse continue du concert.
L'Orient, avec ses harems, a été montré sur nos théâtres, qui en ont souvent reproduit les mœurs moins fidèlement que les décorations et les costumes. Peut-être faut-il avoir un peu vécu dans son atmosphère pour comprendre et deviner, par ce qu'on a pu voir, les choses même les plus reculées des yeux.
Byron l'a peint dans son poëme d'une manière neuve, piquante et vraie, et il m'a semblé que cette peinture, développée pour le théâtre et ramenée aux convenances qu'il exige, y pouvait offrir à un compositeur habile tous les éléments d'intérêt comme de spectacle qui conviennent au grand Opéra.
J'ai donc eu l'idée de mettre le jeune don Juan sur la scène, et d'entrer sur les pas de Byron dans le harem qu'il nous a ouvert, en mêlant à ses vives couleurs quelques-unes de celles que j'ai aussi rapportées de l'Orient.
Racine pensait qu'on né peut jatnais faire tm bon opéra, et par des raisons qui semblent jusqu'à un certain point discutables. Je n'ai point eu la prétention de le contredire en essayant d'en faire un. Je n'ai eu d'autre idée que d'offrir un moyen de s'essayer lui-même, sur notre grahde scène lyrique, à un compositeur fait pour y paraître avec honneur; je veux parler du créateur de l'Orphéon, du fondateur de la musique populaire en France, de B. Wilhem. Doué d'un génie naturel, il avait, sans autre maître, plutôt deviné la musique qu'il ne l'avait apprise. Dès le temps où il préludait au prytanée de Saint-€yr, il révélait en lui des trésors de mélodie, de
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grâce, de sensibilité, de passion. U avait en germe tous les dons que peut réclamer la scène* Son génie a été poussé vers une autre voie. Béranger, qui était aussi son ami, lui montra, dans la musique mise à la portée des classes populaires, un moyen, pour elles de civilisation, pour lui de renommée. Wilhem , en consacrant ses plus belles années à composer et à mettre en pratique Tadmirable méthode dont il a été T inventeur et le propagateur, a conquis par là, en effet, une gloire plus durable peutêtre, et assurément plus utile, que celle qu'eussent pu lui obtenir des succès de théâtre. Il a pourtant quelquefois tourné les yeux de ce coté, et c'est pour Vy entraîner que j'ai eu ridée de composer pour lui un drame, d'un genre assez aimé du public de ce temps, où toutes ses qualités vives, naturelles, charmantes, pleines d'originalité et de couleur, eussent trouvé leur emploi. J'avais, par le choix du sujet même, cherché à lui rendre plus facile le succès. Les nécessités et les difficultés de sa grande œuvre l'ont incessamment détourné d'une composition dramatique, et peut-être aussi un peu de défiance de lui-même. Puis, une mort prématurée est venue lui fermer cet avenir. Celui qu'il a obtenu peut suffire à l'ambition d'un artiste. Sa mémoire est honorée du peuple comme celle d'un bienfaiteur. U est touchant, après tant d'années passées déjà depuis que nous l'avons perdu, de voir tous ces pauvres orphéonistes, si pleins du souvenir du maître, couronner, dans leurs réunions solennelles, son image qu'ils placent au milieu d'eux, comme pour lui faire hommage d'un succès qui se perpétue, et qui s'étend chaque jour davantage en France et dans l'Europe entière.
Wilhem n'étant plus, les Scènes du Sérail, qui de-
vaient devenir un opéra, sont restées des scènes^ et l'ouvrage, dès lors sans grand intérêt pour moi, est demeuré inachevé.
Je le publie tout inachevé qu'il est; ce m'est une occasion de rendre hommage à la mémoire d'un ami. Quand a-tK)n vu d'ailleurs un auteur sacrifier volontiers quelque chose de ses moindres œuvres? Il vient un âge, dans la vie, où l'on range ses papiers. On brûle et on réserve. On réserve souvent des choses qu'il faudrait brûler. Mais la faiblesse paternelle est là, qui dit : Ce serait dommage. C'est ainsi que sont conservés ici des fragments qui sans doute mériteraient peu de l'être.
Racine, si digne de donner en tout des exemples, m'en donnait un que j'aurais peuf>-être dû suivre, et tout applicable à la circonstance présente ; je ne parle pas à'Alcesle, mais de cet opéra de Phaéton, dont il avait lu des fragments à Louis XIV, et dont on n'a retrouvé nulle trace, après lui, dans ses papiers. Boileau, son collaborateur en cette œuvre lyrique, a été moins sévère pour nous et pour lui-même que son illustre ami. Il n'a pas voulu, lui, priver la postérité d'un commencement de prologue qu'il avait écrit pour ce même Phaéton, et devient ainsi l'immortelle excuse de tout auteur qui ne voudra absolument rien perdre de ce qu'il a fait.