‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 66 sur 99 · SCÈNE Vli · texte numérisé non relu

SCÈNE Vli

jusqu'au moment où, leur attention étant plus Tire, elles sont devenues, par l'expression de leur jflClousie, actrices dans cette scène. Tout à coup, pour détourner l'attention du sultan et l'attirer vers elles, elles reprennent leur air avec une nouvelle vivacité, elles mêlent leurs voix à leurs instruments et chantent toutes ensemble le chœur qui suit:)

Entrez dans le jardin des roses, Dans le jardin oii sont les lis.

Le calife vient voir si ses fleurs sont écloses. Entrez dans le jardin des roses, Mon maître, il mène au paradis.

(Pendant ce chœur, le sultan s'est placé sur le sopha. La sultane reste debout respectueusement auprès de lui. Plusieurs agitent autour de sa tête de grands éventails de plumes. Trois odalisques se présentent alors devant le sultan, portant des sorbets, des pâtisseries, des conserves de roses, qu'on place sur une petite table très^basse; trois autres les suivent portant, l'une un gobelet d'or sur un plateau de vermeil, l'autre une amphore à deux anses, la troisième une longue pipe enrichie de diamants et d'ambre. On donne à laver au sultan. On verse de l'eau sur ses mains, on tient l'aiguière, on présente les serviettes brochées d'or et d'argent. Gulleyaz prend tour à tour les diverses choses des mains des odalisques, et les offre à son maître avec respect. Plusieurs le servent à genoux.

D. Juan sert, comme les antres, à la collation du sultan. Quand il apporte quelque chose, quand Gulleyaz prend de ses mains quelque objet pour l'offrir, soit l'aiguière, soit l'amphore, dont elle verse à boire au padischah, elle tressaille, elle se sent toute prête à se trahir, elle verse mal. De son côté le padischah, toutes les fois que D. Juan s'approche pour le servir, l'observe avec plaisir, avec attention, le flatte, lui sourit.

Cependant on chante et on danse. Les danses peuvent être fort variées , puisque le harem renferme des femmes de toutes nations et de toutes couleurs. On fera, si l'on veut, danser aussi des nains ; mais tout cela devra être fort court, pour ne point interrompre l'action, ni détourner la pensée de la position critique de D. Juan.

Tout ce qui suit se chante et se danse pendant la scène qui vient d'être décrite, depuis le moment où le sultan s'est as.si8 jusqu'à celui où il se lève pour se retirer.)

UNE ODALISQUE chante, ft un signe que lui fait la sultane. (Trois odalisques accompagnent son chant de leurs pas.)

Sur un rosier un oiseau merveilleux

Toute la nuit se fait entendre; Son chant pur et mystérieux Du paradis semble descendre.

Il chante, il chante jusqu'au jour, Et l'âme rêveuse est plus tendre.

D chante, il chante jusqu'au jour, Et qui l'entend languit d'amour.

LE SULTAN

( Accompagné da chœur h demi-Toix des odalisqaes. )

Chante, odalisque, chante encore.

Ta voix harmonieuse a des charmes secrets; Elle enivre les sens comme le luth sonore

Ou le parfum de l'aloès.

(Toutes les odalisques chantantes répètent ceci en grand chœur, tandis que toutes les odalisques dansantes se joignent à leurs trois compagnes et mêlent leurs pas devant le sultan.)

LE SULTAN, à Guneyaz.

(Pendant la danse générale il observe D. Juan, qui se tient à l'écart.)

Cette chrétienne est fort jolie.

Ne chante-fr-elle pas un peu?

GULLEYAZ

Chanter, si nouvelle en ce lieu!

D. JUAN, à part.

Oui, chanter I j'en ai fort envie.

(Ce peu de paroles sera mêlé dans les mesures dont l'odalisque fait précéder son chant, en s'accompagnent du luth.)

l'odalisque continae sa chanson.

(Cne odalisque seule accompagne son chant de ses pas.)

L'oiseau du ciel, au rosier de son choix, A réveillé la rose aimée; A l'âme que répand sa voix.

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