LA MARÉE MONTANTE
Tancarville, 1817.
Profitez de la mer, du vent, et d'un beau jour^ Et de votre maîtresse en ses instants d'amour, Mais ne vous fiez guère, en naviguant loin d'elle, A l'adieu le plus triste, à la mer la plus belle : Les larmes durent peu, peu dure le beau temps. Car la femme est légère et les flots inconstants.
A voir ce beau matin, cette mer sans nuage.
Matelots, qui jamais pourrait croire à l'orage? Pourtant avant le soir l'orage peut venir.
Tableau riant aux yeux, aimable au souvenir 1 Tout à l'heure le port, couvert de nuit encore. Dormait sans eau : le flux et la brise et l'aurore Soudain pour l'animer sont venus de concert.
Voilà dans l'humble port vide, sec et désert. Le mouvement qui naît; la mer monte et s'élève, Gagne de proche en proche et recouvre la grève ; De moment en moment l'eau croît, et les vaisseaux Penchants comme échoués sur le sable sans eaux Ont paru se mouvoir : on dirait, par merveille.