‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 86 sur 99 · SCÈNE DE GORIOLAN · texte numérisé non relu

SCÈNE DE GORIOLAN

Et, ce qui met le comble à ta gloire, dans Rome L'envie est à genoux et respecte un grand homme.

GOHIOLÂN.

Que me demandez-vous, qu'osez-vous exiger ?

Que je retourne à Romel y pouvez-vous songer, Ma mère? Quoil j'irais, dépouillant ma vengeance, Supporter de nouveau cette jalouse engeance!

J'irais chez des pervers dont l'ingrate fureur Voulut m'ôter la vie et crut m'ôter l'honneur I Et, pour ces artisans d'injustice et de crimes. J'abandonnerais, qui? des guerriers magnanimes. Qui m'ont ouvert les bras dans mon adversité, Qui, déposant pour moi leur animosité, Oubliant que mon bras, la terreur des batailles, Ensanglanta leurs champs, foudroya leurs murailles, Sous nos drapeaux vainqueurs longtemps fixa le sort, Sous leurs drapeaux vaincus longtemps fixa la mort ; Oubliant ma fureur, contre eux toujours armée, M'ont dans ce même jour confié leur armée ; Moi, j'irais délaisser de si généreux cœurs, Et pour mes ennemis trahir mes bienfaiteurs!

Âh ! cette lâcheté flétrirait trop ma gloire!

VÉTDRIE.

Je n'exigerai rien qui nuise à ta mémoire.

Mais quoi ! ne peux-tu donc, sans manquer aux bienfaits,

Unir nos deux États d'une éternelle paix,

Et, par là, prévenant nos communes misères.

Éteindre ces fléaux qu'éternisaient nos guerres?

Quand je te parle ainsi, devrais-tu balancer?

Songe que le seul mot que tu vas prononcer

Doit, fixant pour jamais le sort de Yéturie,

300 KSSAIS DE JEUNESSE.

Décider de ma gloire et môme de ma vie.

D'une prochaine paix si j'emporte Tespoir,

Dieux ! avec quels transports Rome va me revoir !

Quels noms va me donner la publique allégresse I

Quels respects, quels honneurs attendent ma vieillesse t

Le peu de jours encor qui me sont destinés

Couleront dans la paix, de gloire environnés,

Et les Romains, en toi reconnaissant un frère.

Vont bénir ma mémoire et m*appeler leur mère.

Mais où m'emporte, hélas I un espoir si flatteur ?

Trompeuse illusion qui berçait ma douleur!

Ah I si ton cœur toujours conserve sa furie,

Quels tourments l'avenir promet à Véturie !

Je vois, je vois déjà la mère avec terreur

Me montrer à son fils d'un doigt accusateur;

Grands dieux ! je les vois tous, dans leur haine homicide,

Charger de tous leurs maux ce flanc liberticide.

Et, détournant de moi leurs regards effrayés.

Fuir le sentier maudit qu'auront foulés mes pieds !

GORIOLAN.

Eh bien ! évitez donc le sort qu'on vous apprête. Venez sous mes drapeaux abriter votre tête; Demeurez parmi nous. Nous essuîrons vos pleurs. Nous vous entourerons de respects et d'honneurs; Vos jours ne seront plus voilés d'aucuns nuages. De l'armée à vos pieds vous verrez les hommages; Mes soldats comme à moi vous seront tous soumis, Et tous vous aimeront, vous défendront en fils.

VETURIE.

Si tu n'es plus Romain, je suis Romaine encore. Apprends, puisque ta haine ou l'oublie ou l'ignore,

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