‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 87 sur 99 · SCÈNE DE GORIOLAN · texte numérisé non relu

SCÈNE DE GORIOLAN

Que, forcé de choisir la honte ou le trépas, Un cœur vraiment romain ne balancera pas.

GORIOLAN.

Eh bien donc retournez...

VÉTURIE.

Tu me chasses, barbare!

CORIOLAN

Allez dire aux Romains tout ce qui se prépare; Dites-leur que, toujours inflexible aux ingrats, Marcius et la mort suivent de près vos pas.

VÉTURIE.

Arrête !.. Ëh quoi! toujours écoutant la vengeance, N'entendras-tu jamais la voix de la clémence? Ëntends-la! Que ton cœur brûle d'un plus beau feu ; La vengeance est d'un homme et le pardon d'un dieu.

GORIOLAN.

Le pardon !

VÉTURIE.

Marcius !

GORIOLAN.

Pardonner mon injure! Je sens à ce penser tout mon cœur qui murmure.

VÉTURIE.

Ne crains-tu pas des dieux le courroux éternel ?

GORIOLAN.

Celui qui force au crime est le seul criminel.

VÉTURIE.

Grains ta mère, du moins.

GORIOLAN.

Inutile espérance!

3eS ESSAIS DE JEUNESSE.

VBTUHIB.

Écoute la pitié!

CORIOLÂN.

J'écoute la vengeance 1

VBTURIB.

Au nom de tes amisl

COaiOLAN.

Tous nos nœuds sont rompus I

YÉTURIE.

Au nom de la patrie !

CORIOLAN

Un banni n'en a plus.

VÉTURIE.

Quoil le seul nom de Rome...

CORIOLAN

Elle m'est étrangère.

Rome m*a repoussé, Rome n'est plus ma mère.

VÉTURIE.

Et si j'étais injuste et marâtre à mon tour , Aurais-tu donc le droit de m'arracher le jour? Dis-moi?... Peux-tu si loin pousser la barbarie? Ah! donne-t-on la mort à qui Ton doit la vie! Tu ne me réponds rien : tu braves ma douleur. Ingrat! as-tu pu voir sans frissonner d'horreur Porter la flamme aux lieux témoins de ta naissance? Aux lieux qui si longtemps ont nourri ton enfonce? N'ont-ils pas dans ton cœur excité le devoir ? D'aussi loin que ton œil les put apercevoir, N'as-tu pas dit : C'est là qu'est la cendre d'un père , C'est là que sont mes dieux, mes enfants et ma mère?

Page 1