‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 93 sur 99 · L'aatear des Ruines de Pompeî et du Palais de Scavrus · texte numérisé non relu

L'aatear des Ruines de Pompeî et du Palais de Scavrus

était dans une parfaite ignorance de toutes choses. Il reconnut M. Mazois pour Français. Son premier mot fut : « Où est Napoléon? — Â nie de Sainte-Hélène. — Où est nie de Sainte- Hélène? — Dans une mer bien éloignée. — Y a-t-il des prêtres dans ce pays-là? — Sans doute. — Ah ! le malheureux ! il se convertira donc ! » Et il prononçait ces mots du ton de l'espérance et de la commisération, comme un homme qui aurait donné tout au monde pour que Napoléon pût se convertir et n*ètre point damné. Ainsi le nom de l'Empereur avait pénétré seul jusqu'à ce pâtre. Deux choses seulement s'étaient fait jour jusqu^à son esprit : la religion et la gloire. Cet intérêt que prend un homme presque sauvage, du fond de son désert, au salut de Napoléon a quelque chose de Singulier qui frappe et qui fait penser longtemps.

Tivoli, lundi 2ô mai 1818.

rétais encore profondément endormi, quand le soleil, élevé déjà devant ma fenêtre au-dessus des montagnes de la Sabine, est venu frapper mes yeux d'un rayon éblouissant qui m'a réveillé. Quel charme d'être réveillé à Tivoli par un rayon du soleil , et de retrouver tout à coup le bruit des eaux , oublié pendant la nuit! Comme les yeux s'ouvrent vite, comme on se lève promptement, quand les yeux s'ouvrent, quand on se lève pour le plaisir.

Je dormais il n'y a qu'un instant encore : je suis déjà dans les champs à jouir de l'air délicieux du matin et des charmes de ce beau séjour. A l'ombre des terrasses de la villa Vopiscus, je vois avec enchantement la lumière descendre peu à peu dans les profondeurs du vallon, et dorer en face de moi le temple de Vesta. Je vais errer sur les traces d'Horace en lisant ses vers.

Ego, apis Matinée More modoque

Grata carpentis thyma per laborem Plurimum, circa nemus uvidique

Tiburis ripas, operosa panms Carmina fingo.

L*air est encore humide de la vapeur des eaux ; les vergers qui suivent les courants mobiles sont encore fécondés par une rosée continuelle.

Mihi jam non regia Roma, Sed vacuum Tibur placet aat imbelle Tarentam.

Je viens de passer seul avec Horace une matinée délicieuse; je viens de relire tous ces poëmes divins, pleins de Tibur et de Mécène, que ces sentiers mêmes lui virent composer autrefois. J'ai relu toutes ces odes où il peint si bien les eaux, les ombrages, la fraîcheur, la paix, les -loisirs, le bonheur de la médiocrité; toutes ces belles épitres où il parle avec tant de charme des champs, de la retraite, de Tamitié, de la vertu. J*ai recommencé, son livre à la main, et seul avec mes agréables pensées, le chemin que nous fîmes avant-hier et qui tourne autoiu: du vallon, en suivant Je pied des monts Sablns; j'ai revu Catulle, Varus et Cynthie ; je me suis assis au-dessous de la maison d'Horace, j'ai grimpé par-dessus ses murs; j'ai parcouru, à travers les rocs et les broussailles, les bords de l'Anio; j'ai admiré de plus près les cascatelles et la villa de Mécène ; je trouvais, pour gravir les lieux les plus ardus, pour traverser les roches les plus dangereuses, une force, une adresse et un courage extraordinaires : tout cela m'était donné par le plaisir. Je forme presque le vœu d'Horace :

Tibur, argeo positum colono, Sit meœ sedes utinam senectsB !

Sit modus lasso maris et viarum...

Ille terrarum mihi praster omnes Ângulus ridet.

Beaucoup de gens ont prétendu qu'Horace n'avait point d'habitation en propre ici ; et ils se sont surtout appuyés sur ces mots satis beatus unicis Sabinis, et sur les vors que je viens

de citer. Ces vers ne prouveraient rien autre chose si ce n'est qu'alors le poète n'avait point encore la maison qu'il a eue depuis ; et quant à Ustique, c'était une terre, une ferme , une villa de produit, qui lui donnait des rentes, qui fournissait suffisamment à ses besoins. De plus grandes richesses ne lui étaient pas nécessaires ; il avait assez de ce qu'il tirait de ^es terres d' Ustique, satis beatus unicis Sabinis, Cela ne détruit en rien rasserlion de Suétone, qui dît positive ment, dans sa vie d'Horace, qu'Horace avait une maison à Tibur. Vixii plurimum in secissu ruris sui Sahmi aitt Tibur ! in i, domusQK^ ûjtts oslendiiitr circa Tîbunu luculum. C'était une petite maison , un pied-à-terre, un lieu d'agrément^ sans aucun produit, Horac<.% personne ne peut mi douter, était très-souvent à Tibur '« c'était pour lui titi iieu âe prédilection; et 11 était trop ami de ta liberté et de ses lares propres pour y habiter toujourfl ciiez les autres, et pour n*y avoir pas un petit coiu où II pût m retrouver quelquefois seul av@e lui-même.

Du Soracte , de loin aperçu sous la neige , Le nom seul le reporte aux dégoûts du collège.

Lord Byron, au quatrième chant de son ChUde Harold :

I abhorr'd Too much , to conquer for the poet* sake The dried dull lesson, forced down word by word In my répugnant youth, with pleasure to record, etc.

Le grand poôte retrouve, k l'aspect du Sorate et au souvenir du vers qu'il lui rappelle : Vides ut cUtà stet nive candidum Soracte, la haine que lui inspirait autrefois ce latin qu'il était obligé d'apprendre par cœur. Il n'a point pardonné à Horace les vers dont on a tourmenté sa mémoire; et c'est à peine assez de trois strophes pour suffire à cette rancune de Lord Byron. m. 20

Mais ses notes du moins corrigent un peu ses vers, elles les expliquent, et le souvenir qu'il donne à Harrow témoigne de plus de reconnaissance qu*on n'aurait pu lui en supposer d'abord et pour le collège où il a été élevé, et pour l'homme savant et vénérable dont il a reçu les leçons.

l'abruzzienne.

Qui maintenant saurait encore Qu'un roi baisa les jeux de Laure, Si Pétrarque ne l'avait dit ?

Voyez Pétrarque, Rime in vita di Laura, il Bacio d'onore. Sonetto CCI.

Le roi Robert, d'autres disent un des comtes ou ducs d'Anjou, dans une fête qu'on célébrait à la cour papale d'Avignon pour lui faire honneur, demanda de donner un baiser à une des dames qui étaient l'ornement de la fête, et choisit LAure.

Les comtes de Valois, dès 1290, prirent le titre de ducs d'Anjou.

On attribue aussi cette galanterie à Charles de Luxembourg, depuis l'empereur Charles IV, qui, en 13i6, dans une des fèt«s qui lui furent données à son passage, et où se trouvaient réunies les plus belles dames d'Avignon et de la Provence, ayant aperçu Laure, écarta, comme dit le poëte, les autres dames, et lui baisa le front et les yexix,

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