LA REPUBLIQUE DE SAINT-MARIN. — A BÉRANGER
J'ai , sur la rive adriatique , Trouvé, ce matin, en rôdant, Une petite république Qui de ton roi fait le pendant.
A quelques lieues de Rimini on rencontre Saint-Marin, qui
fait iQTOlontairement penser au royaume d*Yvetot. Mais on trouve, en le visitant, que ce petit État est plus réel et plus sérieux que celui du bon petit roi immortalisé par Béranger.
La route qui mène de Rimini à Saint-Marin est agréable, et court entre une double haie d*épines, de clématites et de grenadiers. Arrivé à un pont, le postillon s'arrête et vous dit : « Le criminel qui peut passer la moitié de ce pont est à Tabri des poursuites pendant trois jours, car c'est ici que commence le territoire de la République. » Et, en effet, la route qui commence à grimper vous apprend aussitôt que vous êtes chez ces républicains montagnards dont on aperçoit de loin la capitale, sur des rochers qu'ils appellent, je crois, le mont Titan.
Le territoire de l'État paraît consister en deux vallées et trois collines. C'est sur la colline du milieu que passe la route. Point d'eau, si ce n'est un large torrent dont le lit est à sec en été, et qui en hiver dévaste ses rivages. Durant six mois de l'année, la république est couverte de- neige.
C'est un travail très -fatigant que d'arriver jusqu'à la capitale. Il faut y grimper à pied.
L'État tout entier de Saint-Marin a dix milles de long, un peu plus de large, du nord au midi, environ trente milles de tour. Il peut compter cinq mille habitants. Son revenu est à peu près de trois mille écus. L'armée est forte de quatre à cinq cents hommes.
Une ville, six villages, cinq églises, quatre couvents et un collège.
Quatre châteaux pour défense : Monte - Giardino , Monte- Maggio , Faétano, Serravalle.
Pour armes, trois toufs coiffées de trois panaches.
République très -ancien ne. Un bref du pape Paul III, qui reconnaît son indépendance, porte pour date 1548. On fait remonter sa fondation au iv« siècle ; son fondateur, saint Marin, aurait été un soldat de Dioclétien , converti au christianisme.
Elle était l'alliée fidèle de la république de Florence, et garde
encore avec orgueil dans ses archives la correspondance de cette illustre amie *.
Bologne est au nord de Saint-Marin; à Torient, la mer; au couchant, les montagnes de la Toscane. Du côté qui regarde Bologne , TÉtat est borné par le lit à sec d'un fleuve qu'on appelle Marecchio.
Le gouvernement de Saint-Marin est composé ainsi qu'il suit : un conseil de soixante personnes, vingt nobles, vingt citadins, vingt laboureurs. Ce conseil se nomme proprement le prince. De son sein sont tirés deux chefs qui gouvernent l'État pendant six mois et qui, sortis de charge, ne peuvent plus être réélus qu'au bout de trois ans. On appelle ces chefs capitaines gouverneurs, ou capitaines représentants. Ces capitaines ont, pour soutenir leur dignité, quatre domestiques payés par l'État et une garde de trente-six hommes, et il leur est alloué 25 écus pour frais de gouvernement.
Le mode d'élection pour les deux représentants mérite d'être noté ici. C'est un mélange assez bien combiné du choix libre et du sort. Quand les deux capitaines ont besoin de traiter avec le conseil quelque affaire d'État, ils font sonner une grande cloche qui s'entend dans toute la république. Les conseillers arrivent alors ; et celui qui ne vient pas, et qu'une excuse valable n'empêche pas de se rendre au signal, paye, selon les lois, dix sous d'amende. Mais quand le temps est venu de renouveler les deux magistrats, les conseillers viennent sans être appelés. Ces assemblées générales et fixes ont lieu en mars, le jour de S.iint- Joseph, et en septembre.
Le conseil, pour être apte à délibérer, doit être composé au moins de trente membres. Dès que les conseillers sont réunis, on procède à l'élection des capitaines de cette manière : on met dans une urne les noms de tous les membres présents; puis on en tire douze. Ces douze personnes que le sort a désignées, sont appelées à tour de rôle à prêter serment et à nommer ceux qu'elles
1. Voy. notes du chant VI du Voyage de Grèce, t. II, p. 352. m. 21
croient les plus dignes de gouverner. Lorsqu'on a ainsi obtenu douze candidats, le conseil reprend son droit d'élire qu'il avait confié momentanément aux douze, et l'on ya aux voix au scrutin secret par boule blanche et par boule noire. Lorsque le résultat de ce scrutin est connu, de douze candidats définitivement admis on prend les six qui réunissent le plus de voix, et l'on assemble ces noms deux à deux, de manière à joindre ensemble deux chefs qui se conviennent, et dont les qualités combinées puissent le plus utilement possible concourir au bien de l'État: un jeune homme et un vieillard, l'activité et la prudence, etc. Alors le travail des électeurs est fini, et c'est le sort ou plutôt le ciel lui-même qui va décider. On se rend en cérémonie avec les trente-six gardes à la cathédrale , et on va placer les trois billets sur la châsse où l'on conserve, revêtue d'argent, la tète de saint Marin , protecteur et fondateur de la ville. Le prêtre déroule tour à tour les billets, annonce à haute voix les noms qu'ils renferment, puis les replace à mesure dans l'urne. Alors on prie, et quand on a fini les prières, un petit enfant tire de l'urne sur l'autel un billet qu'il remet au prêtre, et le prêtre enfin nomme au peuple et proclame les deux nouveaux chefs que Dieu et saint Marin lui ont donnés.
Les capitaines, en quittant leur pouvoir, sont tenus, d'après les lois, de rendre compte de l'usage qu'ils en ont fait. On nomme, pour recevoir ce compte, deux syndics tirés du conseil. Indépendamment de ces syndics temporaires^ il en existe deux à vie ; mais ceux-ci semblent de rang inférieur, et sont aux ordres des capitaines, de même que le secrétaire du conseil. A ces différents pouvoirs, il faut ajouter le pouvoir judiciaire. Il s'exerce les dimanches et fêtes après la messe. Le juge doit être étranger.
Ces républicains prétendent que le Code Napoléon est en partie calqué sur le leur; c'est une prétention quelque peu ambitieuse. Il doit leur suffire de vivre depuis quinze siècles lil)res et ignorés dans leurs montagnes.
Quand Napoléon vint à Modène, ils lui envoyèrent un ambassadeur. Napoléon leur proposa de leur donner deux canons et un agrandissement de territoire. Ils refusèrent magnanimement l'agrandissement de territoire, en prononçant, par l'organe d'Onofrio, ce mot digne de rester la devise de Saint-Marin : In picolezsa libertà. Aussi jouissenl^ils avec un noble orgueil de leur liberté et de leur petitesse. Et lorsqu'on leur demande : Qui a fait bâtir ce pont? ou ce chemin ? ils ont du plaisir et de la vanité à répondre en petits Romains : C'est la République, il y a une chose qui surprend dans leur capitale, dans cette ville de quatre ou cinq cents habitants, cette ville plutôt convenable à des chèvres qu'à des hommes, et dans les rues de laquelle on ne rencontre pas âme vivante ; au milieu de ces pauvres maisons il y a quatre églises, et dans ces quatre églises des tableaux de prix. J'ai remarqué ce luxe insinuant des arts dans toutes les plus petites villes d'Italie, mais jamais il n'a pu me paraître plus remarquable qu'au milieu de la pauvreté de Saint- Marin. Dans l'église des Franciscains, on trouve un très-beau tableau de saint François par le Gnerchin ; dans la cathédrale, une Vierge allaitant Jésus, par Jules Romain ; dans la petite église de Saint-Pierre, un Jésus ressuscité qui apparaît à sa mère, par Sérani ; et, en face, un très-beau tableau du Guerchin représentant la Santa-Casa et la Vierge et son enfant portés à travers le ciel par les anges. Les anges y sont de la plus idéale beauté, et la Vierge est tout à fait divine.
Voisine de cette rivière Oii César fit soa premier pas, Où, debout, reste encor la pierre Qui lui disait : Ne passe pas !
C'est entre Césène et Rimini qu'est le Rubicon, aujourd'hui large lit de cailloux, ombragé des deux côtés par des arbres
qu'aucune eau ne rt^fléchit. On le passerait sans le reconnaître, si quelque habitant du lieu ne venait à prononcer le nom magique qui en fait tout à coup une grande rivière et un grand souvenir.
Au bout du pont qui le traverse est élevée une colonne milliaire trouvée, dit-on, sur le bord même, et remise à la place où elle était lorsque César put y lire Tinscription déclarant rebelle et traître, et dévouant aux dieux infernaux tout Romain qui passerait armé.
Tai eu Toccasion de revoir cet endroit au mois de décembre (1820). L'Italie, qu'on ne se figure que sous un ciel de printemps ou d'été, est bien curieuse aussi dans l'hiver, qui y prête à la nature, aux monuments, aux arts, une beauté étrange et nouvelle. La colonne milliaire sur lamelle est gravé le terrible sénatus-consulte était alors couverte de neige. Éclairée ( c'était le soir) par la blancheur de la neige qui l'entourait, elle avait l'air d'un fantôme, et semblait s'élever comme cette image de la patrie que Lucain fait apparaître à César le jour où César allait jeter les dés pour l'empire. Cette pierre est bien poétique, et plus peut-être que la machine épic[ue du poëte. Elle s'anime, elle prend la parole, elle se revêt de caractères qui parlent pour arrêter le Romain rebelle au bord du crime. César a dû tressaillir en la voyant, et réfléchir longtemps avant de donner le signal du passage.
Les souvenirs des temps antiques, tout puissants qu'ils sont, n'effacent pas à Ri mi ni ceux du moyen âge. La plupart des monuments modernes sont dus aux Malatesta. Leur arc de triomphe est debout ; les ruines de leur palais, flanqué de huit tours, existent encore. On aime à se figurer que les regards de Françoise de Rimini, qui fut femme d'un Malatesta, se sont portés sur ces tours gothiques, qu'elle est entrée prier dans quelqu'une de ces églises, déjà bâties de son temps.
Bt de cette ville où l'histoire D'un couple amoureux et charmaot Jeta Françoise au purgatoire, Mais dans les bras de son amant.
Dante dit dans Venfer, On me pardonnera cet adoucissement de peine en faveur des circonstances atténuantes.
On connaît Thistoire de Lancelot a?ec la belle Ginévra, et ses suites.
NOTE n, PAGE 71.
Le roi Louis est un vrai sage, Et du trône qu'il a quitté J'aime qu'il vienne faire hommage  l'humble et pauvre liberté.
Le dernier voyageur qui m'eikt précédé^ dans ce coin retiré où iî peu de curietix passent^, était en effet le roi Louiâ, m% dcis frères de rempereiir Napoléon, ranci en roi de Hollando, U était venu à Saiiit^Mânti peu do Jours avant moif et ^vait inscrit sur le livre des étrangers son nom, au-dessous duquel j'ai écrit le mien, 9 juillet 1BI8.
VERS RéCITéS PAR MADBMOISELLE MARS.
Mais, hélas! le char était vide Et le triomphateur absent.
La tragédie de Germanicus fut jouée pendant l'exil d'Arnault, on sait a?ec quel succès, succès fort littéraire assurément, mais politique aussi. Je m'étais chargé de la faire représenter et d'en suirre les répétitions. Le jour de la première représentation,
toute l'opposition libérale était au parterre. Talnia fut admirable de zèle et de talent. La pièce se joua au milieu des plus vifs et des plus continuels applaudissements; mais à la fin et au moment où Ton demanda à grands cris le nom de Tauteur, cette proclamation triomphale du nom d'un proscrit parut aux royalistes d'alors une insulte et un défi. Un tapage affreux s'éleva, un combat s'engagea au parterre, la scène fut envahie, la rampe brisée, les loges escaladées ; le tumulte fut inexprimable, et le plus grand sans doute dont les annales du théàti'e aient conservé le souvenir.
LA MiDITERRANÉE.
V ode ?>ur la Méditerranée, et quelques autres pièces, qui viennent ici reprendre leur place naturelle et leur rang de date, avaient été imprimées dans la première édition à la suite du poème du Voyage de Grèce.
Non-seulement, comme ce poème, elles reproduisent des impressions inspirées par la vue des lieux, mais plusieurs ont été composées sur les lieux mêmes. L'ode sur la Méditerranée, commencée au sortir du port de Marseille, a été faite sur cette ravissante mer qui sépare la Sicile de Malte, et en présence d'une nature dont elle a essayé bien inutilement de peindre la beauté. La pièce sur le Parnasse a été écrite, en visitant le mont Lyakoura^ à Delphes, en face de la double cime : celle d*0/ympie, dans le vallon même des Jeux. Elle a été rapportée tout entière d'une promenade de Miracca. Une sorte d'intérêt s'attache, quel que soit le mérite des vers, à des impressions rendues sur place. Si les pièces d'Ithaque et d^ Athènes n'ont pas entièrement droit à réclamer la môme nature d'intérêt, les lieux que ces deux noms rappellent restent empreints si profondément et d'une manière si distincte dans la mémoire de celui qui les a vus une fois, que leur vive image peut presque tenir
lieu de leur présence, embellie encore de tout ce que le regret ajoute au souvenir.
Quelle voix? écoutez. Derrière la colline, Noire de pins et de débris, Quelle foule élève ces cris?
Quoi, la lice était si voisine?
Je me promenai» près de Mîrûcca , le long d'uoe colline couverte de jûn^i qn\ fut. auircfaîs le mont Sam po c j quelques Ijouffées de vent pïi firent tout h coup sortir un bruit qui imitait celui d'un grand nombn^ d(? vùi\ lointaines, et qui me figura li^ Grecs au-i jeu:? Olympitiuefî» Je dis à mon compa* gnon : « Eiïtendiîï-vous les acclamations de la foule? Itjîà jeux sojit commcnctî5, n L'illusion étmt complète. Je me ^ui^? senti le désir do reproduire en vers culte imprc-ssion sur te lien ïiiéms. Je demeurai s<îul » allaiU cl venant t dans €o coin retiré et mal famé, dont, par instaut, ta solitude me faisait peur on du moins émotion, et de strophe en strophe, en quelques heures toute la pièce d'Olympic ae trouva faite. Je retournai la réciter, au moment même, h mes comp:3gnon?i de voyage que je trou m à quelque distance de là, se baignant dans TÂlphée.
Mont célèbre dans tous les âges, Qiie, sur les bords les plus divers, Dans les plus différents langages, Invoquent nos classiques vers!
r/est toujours une pénible et difficile ascension que celle du
Parnasse, aujourd'hui mont Lyakoura. Ses sentiers, sans aucune métaphore, sont fort rudes, on s*y élève ayant presque toujours un précipice à côté de soi. Toutes ces montagnes qu*on gravit en allant de Daulis à Delphes, présentent un aspect austère. Leurs grandes formes nues sont belles et harmonieuses. Lorsqu'à force de monter, on est parvenu jusqu'à Aracova, qui doit être bâti près du site de l'ancienne Lycora, on voit les vastes flancs des monts se couvrir au loin de vignes, et l'effet en est très-pittoresque. On n'avait point encore fait la vendange au Parnasse, lorsque j'y suis passé. Les grappes noires et blanches, un peu flétries par le soleil, pendaient encore, parmi les feuilles jaunies des ceps, le long du chemin.
A deux heures d'Aracova, on trouve des espèces de grottes régulières et creusées de main d'homme. Tandis qu'on cherche si ces grottes ont été des tombeaux , qu'on admire ces rochers qui s'élèvent à une prodigieuse hauteur, parés de si beaux blocs, de si beaux mouvements, de si belles teintes, tout à coup, à un détour, voilà Delphes ! Delphes parait à l'improviste et cause une grande surprise. Un petit couvent est à la gauche du chemin, avec beaucoup d'oliviers; c'était là qu'était le gymnase. Une fontaine vient ensuite à droite; c'est Castalie. En respectueux pèlerin , j'ai mis pied à terre. J'ai honte à le dire , un raîa, qui passait en ce moment , faisait boire son àne dans la fontaine sacrée.
Du lieu ou coule Castalie la scène est magnifique; on se trouve là en présence de ces deux roches admirables , de ces deux cimes tant célébrées, tant invoquées. J'arrivais fatigué, malade, je me suis senti tout à coup alerte et dispos. De la place ou est encore le bain de la Pythie, la fente immense qui sépare le mont, et a formé la double cime, se fait voir dans toute sa beauté. On se figure facilement l'effet que doivent produire les eaux qui tombent au fond de ce vaste sanctuaire, après que les pluies et l'hiver ont grossi les torrents et les sources.
Delphes n'est plus qu'un pauvre village. On y reconnaît
DES POÈMES ET POÉSIES. 3d9
encore remplacement du grand temple; il n*en reste plus que quelques pans de terrasse, cachés çà et là parmi les maisons de Gastri. Mais quel silence sur ces penchants que remplissaient autrefois les nations ! Que de pauvreté dans les cabanes de ce lieu décoré jadis de tant de richesses, qu*on y envoyait incessamment de toutes les parties de la terre. A la place de ces prôtres puissants qui régnaient dans ce centre de Tancien monde, dans cette capitale sainte de l'antiquité grecque, nous n'avons trouvé qu'un pauvre vieux caloyer à barbe blanche, qui nous a donné aailo, dans utio cliainbry tiifaméù^ à l'undroit même où t^tiiicelait 1q l^mple d'ApuIloji.
Lo mont poétique est du nioinfi demuun'; âouarCf comme U r*^taU aux aiicïens temps. Dans la nuit que j*ai passive à Ùi-stri, j'ai souvuut été rûsclUé par la voix des chiens et dca coqs : je Te nt enduis répétée au loin par les nombreux écho^ dus rochurs du Panmsse.
Quant aux lauriers dont j'w purl^i dans mes vers, je crains de n'avoir reproduit qu'une fictioû; je ne rae souviens pas d'avoir vu de lûuritrs sur le Pai-naase, jo n'y ai cueilli en réalité que de fort bon raisin,
La plaine sacrée, qu'on trouve au bas du chemin difficile qui descend de Delphes vers la mer, est toujours une belle et riche plaine, couverte d'oliviers.
NOTE 2i, PAGE 98.
LE THÉATaE DE BACCHDS. — A TALMA.
Peut-être qu'à cette même heure, Tu lui fais applaudir mes vers.
L'auteur, qui avait quitté Paris pour la Grèce au moment d'un succès de théâtre, pouvait penser naturellement et sans trop d'illusion que les deux grands artistes auxquels il avait dû ce succès le continuaient en son absence. Et , lorsqu'il se les
représentait, à huit heures da soir, disant ses vers, il ayait grande chance de tomber juste. A son retour de Grèce, il trouva 31arie Sluart en effet aussi favorisée du public qu*il Tavait laissée à son départ.
De Thèbes, d'Athène on d'Argos Tous les crimes, à mon passage...
On connaît le mot de Ducis, lorsque, àm% la jeuûessc de Talma, le rencontrant dans le foyer de la Ckunt^die-Française, au sortir d'une représentation d'OEdipe chez Admèlej il lui porta la main au front, et relevant doucement ses clieveui, Iiti dit : « Je vois bien des crimes sur ce front-là. » IL Lui prédisait alii<»i son avenir, il le baptisait grand acteur. Talmn n'a jamais oublié ce présage de gloire : aussi Tappelait-il scui parrmu.
Ducis le peintre, neveu de Tillustre poète, et mari de la sœur do Talma, a fait de cette scène un agréable tableau, pour lequel Talma lui-même a posé. C'est lui qui a indiqué au peintre l'attitude et le mouvement des deux personnages.
Je t'ai vu sur le Cythéron, Je t'ai rencontré dans Mycènes, Je t'ai retrouvé dans les scènes Des bas-reliefs du Parthénon.
Il était difficile à un poète qui s'est occupé de théâtre, de parcourir la Grèce sans penser beaucoup à Talma. Il est peu d'endroits où l'on ne rencontre quelqu'un des héros qu'il a représentés^ et auxquels il a donné une vie si réelle; et sa belle figure est tellement grecque qu'on ne saurait voir en Grèce une médaille, un bas-relief, une statnc, qui ne fasse songer à lui.
Si de ses monts je vois descendre Et vers moi marcher l'Albanais, C'est ton port que je reconnais :
Il te ressemble à me surprendre.
Ce n'est plus Talma en effet qui me paraissait ressembler aux Albanais que j'ai rencontrés, c'étaient les Albanais qui me semblaient copier Talma, imiter sa démarche, son attitude, sa dignité, la lenteur de son pas sur le théÀtre. Noble, élégant, à la taille souple et serrée, rendue plus fine par cette espôee de jupe blanche froncée à petits plis qu'il nomme fustanelle, l'Albanais, avec sa figure bronzée et pâle, son front rasé sur les tempes, sa chevelure abondante rejetée en arrière, le fez rouge sur l'oreille, la ceinture chargée de riches armes, a vraiment l'air d'un personnage de drame, et, marchant le pied cambré, le pas allongé et élastique, il est naturellement thé&tral.
Déjà se meut dans mon cerveau Un drame sauvage et nouveau, Un héros fait pour ton génie.
Il s'agit des Parganiotes. Ces héros montagnards, leurs luttes avec Ali-Pacha et leur admirable sacrifice, m'avaient frappé comme toute la France d'alors, comme toute l'Europe. J'avais Ttt là an beau sujet pour la scène, plein d'héroïsme, de nouveauté, de simplicité, de grandeur. J'étais parti pour la Grèce avec l'idée d'étudier sur place les faits, les mœurs, les personnages eux-mêmes. La guerre que je trouvai commencée entre Ali-Pacha et le Grand-Seigneur m'empêcha d'aller en Épire. Quand je passai, dix mois après, pour retourner en France, à
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la hauteur de Jaaioa^ Ali de Tebelea était enfermé par rarmée turque dans son château du lac. Il fallut renoncer à le voir. Mais M. Pouqueville, qui avait été longtemps consul général de France auprès de ce terrible vizir, me l'avait raconté et peint si souvent, jusque dans ses plus intimes traits, que je pouvais croire Tavoir vu, et me sentais capable de le peindre moi- môme avec vérité. J'avais du moins pu converser avec quelques-uns des héros de Parga.
Ce drame, longtemps médité en Grèce, est resté, comme tant d'autres travaux de même nature, à Tétat de projet. L'exécution en était pourtant avancée, le plan arrêté, les caractères étudiés, les scènes disposées, tracées, développées. Je tCavais plus que les vers à faire. J'aimais déjà à me figurer Talma sous l'habit albanais, qu'il eût porté si bien.