‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 105 sur 132 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Quinze ans se sont [tassés depuis que ces pages (Y Étude sur Napoléon) sont écrites. J'interroge autour de moi, et je n'entends parler pour la France que d'un abaissement continu. Tous les partis proclament cet abaissement, et le monde entier le proclame.

J'écoute ce qui se dit ù la tribune. Il y a un an, la Sainte-Alliance, chassant de son sein nos diplomates, avait décidé sans eux les questions d'Orient. Il fallut opter entre la guerre ou l'abandon de l'honneur. Nos gouvernants s'abdiquèrent. Une administration fut renversée, une

• Revue Indépendante, livraison de Mars I84î. — L'Étude sur Napoléon (voyez page 305 de ce Volume) avait été reproduite dans la Revue Indépendante; les réflexions qu'on va tire parurent à la suite de cette réimpression.

autre lui succéda. Ceux qui dirigent les affaires de la France depuis dix ans, ou qui sont censés les diriger, vinrent se choquer à la tribune. Quel triste spectacle donnèrent-ils, et que résulta-t-il de toutes leurs récriminations? a Une seule chose, » écrivait alors un témoin véridique, « a été mise hors de doute par chacun des orateurs. L'affaiblissement » de l'État, son impuissance dans les petites comme dans les grandes » affaires, voilà le fond, le résumé, la substance de tous leurs discours. » Us ont soulevé eux-mêmes la robe de César, et ils ont étalé aux yeux » les blessures qu'ils lui ont faites. Seulement , loin de chercher la » cause de celte chute extraordinaire, ils ont mieux aimé se braver, se » défier, s'accuser, se poignarder les uns les autres ; et peut-être , en » effet, fallait-il un courage moins ûer pour se déchirer mutuellement, » que pour faire entendre enfin la vérité toute nue , et pour montrer » par quelle suite d'erreurs, de concessions, d'aberrations, ils ont tous » été enveloppés, puis entraînés dans cet abime de misère qui est tel » que la pitié a désarmé pour un moment ce qu'ils ont chacun à leur » tour provoqué de ressentiments et de colère. De cette conspiration » de presque tous, pour ne rien dire de trop sincère, il est arrivé que » les Chambres, dans leurs réponses à la couronne, n'ont pas prononcé » une parole sur le principe de tant de faiblesses. On a implicitement » avoué sa défaillance. Tous les pouvoirs de l'État se sont réunis pour » constater légalement, officiellement, solennellement, les plaies de la » France. Mais un remède à de si grands maux, en est-il un seul qui » ait été proposé (1)?»

Un an s'est écoulé, les discussions de la tribune nous apportent toujours les mêmes révélations. Hier la voix de M. de Lamartine ne faisaitelle pas entendre ces mots : « La France est subalternisée en Europe. » Je dis qu'il y a en France un sentiment qui contriste l'opinion publi- » que, le sentiment de notre influence froissée, murée dans le Monde » Européen d'aujourd'hui (2). »

Oui, il n'est que trop vrai, l'influence de la France est froissée, murée dans le Monde Européen d'aujourd'hui.

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