‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 119 sur 132 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

M. Gaiiot condamné par loi-même.

Mais c'est pour les mieux établir! s'écrie M. Guizot. Ah! voilà en effet le point de la question. M. Guizot oublie sa formule; répétons-la pour lui : « Il y a une seconde époque de toutes les grandes révolu- » tions sociales, où , après avoir conquis par la guerre le terrain qui 0 doit leur appartenir, elles travaillent à s'y établir par la paix, selon 0 les principes et sous les formes qui conviennent à leur nature. 0 Nous admettons comme vous, monsieur Guizot, que nous sommes à l'époque seconde de la Révolution Française; et, il y a dix ans, nous n'aurions pas mieux demandé que de voir en vous une de ces hautes supériorités intellectuelles qui se placent à la tète de semblables époques. Mais quel est le caractère de ces époques secondes, et le rôle de leurs supériorités (puisque ce mot plein de vanité est le vôtre, et que vous le portez partout avec vous)? Quel est ce caractère? vous l'avez dit vous-même : ces Révolutions sociales doivent alors travailler à s'établir pacifiquement sur le terrain qu'elles ont conquis, selon les prin-

cipes et sous les formes gui conviennent à leur nature. Or, quels sont les principes qui conviennent à la nature de la Révolution Française? Quelles sont les formes qui conviennent à la nature de cette même Révolution Française? Voilà la question. Il s'agit de la Révolution Française, entendez-vous? et non Anglaise. Vous nous répondez par les principes et les formes de la Révolution d'Angleterre, dont vous vous êtes fait l'historien. Vous êtes dans l'absurde!

Et vous êtes tellement dans l'absurde, que vous le démontrez aujourd'hui vous-même par votre pratique. Car, voulant appliquer à la France la Constitution Anglaise, vous n'avez pas même pu respecter et faire respecter les bases fondamentales de celle Constitution, Yhabcas corpus, le jury, la liberté de la presse. Attendez-vous, pour nous donner cela, que vous nous ayez imposé le revers de la médaille, c'est-à-dire l'aristocratie, la grande propriété, le droit d'aînesse, les substitutions, et l'Église Anglicane? Je l'ignore; mais ce que je sais, c'est que depuis que vous régentez la France pour votre part, il n'y a personne d'aussi peu constitutionnel à la façon Anglaise que vous. Vous êtes resté, vous vous êtes replongé dans le despotisme de l'Empire. Est-ce là travailler à établir la Révolution Française selon les principes et sous les formes qui conviennent à sa nature ?

Les principes sociaux de la Révolution Française sont tous compris dans sa divine formule : Liberté, Égalité, Fraternité. Son principe politique, c'est la Souveraineté du Peuple, et non la souveraineté de fait et de hasard.

Réalisez ces principes pacifiquement, et vous serez cette haute supériorité intellectuelle que vous prétendez être! Mais arrêter la Révolution sans l'établir sur ses propres principes, et sous les formes qui conviennent à sa nature, c'est conduire, comme vous le faites, la France à un abîme. Ce jugement, ce n'est pas moi qui le prononce; c'est vous-même qui vous êtes condamné.

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