CHAPITRE VIII
Des révélateurs et messies «pi donnent lenrt régies comme le type de l'avenir.
Toutefois nous ne nions pas absolument l'utilité des tentatives qui ont pour but de constituer, au milieu de la grande société, de petites sociétés présentées comme un idéal et un type. D'abord ce phénomène est une nécessité de la situation actuelle de la société. Quand tout paraît désordre et dissolution, il est naturel que des âmes ardentes, ou des esprits à la fois logiciens et aventureux, aspirent à créer soudainement pour eux et pour tous un ordre chimérique. C'est leur tendance, ce peut être leur destination, et c'est aussi leur droit. Ainsi, à la chute de l'Empire Romain, on vit tout-à-coup la vie monastique envahir la société; il apparut de tous côtés des maitret de vie, comme on les nommait, et comme ils appelaient les livres qui renfermaient leurs codes. Le dégoût de l'existence dans le sein de la vieille société païenne expirante, et l'attrait pour la vie essénienne, prirent tant de force, que des villes entières et une grande partie de la population de certaines provinces embrassèrent la société en communauté. L'Empire se fondit en moines, et ce fut là une des causes les plus actives de sa destruction, cause que les historiens, Gibbon entre autres, n'ont pas su apprécier : mais ce fut en même temps une semence de reconstruction et d'avenir. Ainsi encore, aux quinzième et seizième siècles, avant que l'Europe, ébranlée par la Réforme, et sortie de l'unité catholique, se fût rassise, on vit surgir tout-à-coup ces grandes mais éphémères agglomérations qui passèrent sur l'Europe comme la trombe qui tonne, frappe, et s'éteint. Toujours, en effet, on a vu ces flots impétueux que jette devant lui l'océan agité de la société couverts à la longue et absorbés par le mouvement général de la société elle-même. Les institutions mouastiques, qui, à partir de la ûn du second siècle, pullulèrent en Orient, n'empêchèrent pas les institutions chrétiennes de se former; et celles-ci non seulement n'adoptèrent pas le mouachisme, mais regardèrent le monachisme comme un étranger, le tinrent toujours en suspicion, et le soumirent à leur discipline. De même, après la Réforme, les anabaptistes et les moraves ont fini par prendre leur point de repos au sein de la grande société protestante.
Nous ne trouvons donc rien de surprenant à voir aujourd'hui tant d'hommes dans l'attente d'un Messie; et il ne nous étonne pas non plus que quelques-uns se fassent révélateurs et messies, et donnent leur règU comme le type de l'avenir. Mais ce qui nous paraîtrait inique et absurde, ce serait de voir les gouvernements faire de vains et impuissants efforts pour étouffer ces associations. Comprendrait-on cette vio-
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lence dans une société qui, en tout, a mis, comme on l'a dit, la vérité au concours, et qui au moment actuel, n'a pas d'autre vérité reconnue de tous ses membres que l'absence de toute vérité reconnue et de tout critérium de certitude?