II. Vojc* U Troisième Partie
évident que les maux de la société ne trouveront pas leur remède. Mais comment le législateur se trouverait-il, ou, en d'autres termes, comment la représentation nationale pourrait-elle avoir l'aptitude nécessaire pour guérir graduellement les maux de la société en entrant dans la route nouvelle de la politique, tant que la matière de la législation ne sera pas préparée, tant que les idées qui doivent s'incarner dans les mandataires du peuple et se réaliser dans leurs lois ne seront pas traitées par les publicistes, vulgarisées et -mises dans la circulation générale?
Il y a plus; en supposant même, ce qui est impossible, qu'une représentation nationale capable pùt sortir par enchantement et sans préparation du sein du peuple, comment pourrait-elle opérer le bien, si le peuple n'était pas largement préparé à ses innovations? a J'ai donné aux Athéniens, disait Solon, non pas les meilleures lois, mais les meilleures qu'ils pussent supporter. »
Il est donc bien évident que l'élaboration de la matière de la législation est nécessaire pour préparer et former et les législateurs et le peuple.
Et réciproquementf si aujourd'hui la société s'agite comme un malade, sans résolution et sans audace, c'est la lacune de la science politique qu'il faut surtout en accuser. Le peu de maturité de l'esjHït public sur toutes les grandes questions est une cause d'immobilité et <i estaiu q%io.
Le public demande aux politiques qui lui crient En avant ! ce que Cynéas demandait à Pyrrhus : a Après tant de travaux et d'exploits guerriers, seigneur, que ferons-nous? »
Vous proposez la république et la guerre. La république et la guerre pourraient être un progrès, mais ne seraient pas une solution.
Nous avons eu la république et la guerre : la Convention remit la législation après la paix; la paix se fit, et le législateur fit défaut. Kl Napoléon, maître absolu d'une société qui se manquait à elle-même, put se faire législateur sans même aborder le problème posé |>ar le Dix-Huitième Siècle et la Révolution, abandonnant la trace profonde où les Philosophes et les Conventionnels avaient mis la politique, couvrant d'une sorte de badigeonnage cette société en ruine, prenant de Charlemagne et de Louis XIV pour l'administration matérielle, relevant le Catholicisme et l'appelant à son aide, faisant enfin, à force d'imitation, un fantôme glacé de la société du Moyen-Age, tournant d'ailleurs toute l'activité de la nation à l'obéissance et à la guerre (1). Et, à sa suite, In Restauration, campée dans le système monarchique et théologique réédiûé par lui, put, tendant quinze ans, détourner du problème
(t) Voyez r Étude sur Napoléon, dam V Appendice i la suiU de ce» Discours. (18 Ml]
social l'attention, occupée de se défendre contre ce fantôme do passé. Ainsi la société est resiée en raines; depuis quarante ans ses maux appellent un législateur, et ses agitations ne sont que les symptômes de ce besoin.
Cest une législation qu'il faut à la France, à l'Europe, à la société moderne; et, nous venons de le yoir, pour que le législateur se forme, il faut que l'opinion publique soit formée. Cela est aussi nécessaire pour le présent que pour l'avenir, pour le premier pas que pour le second, pour la session de la Chambre qui va se réunir cette année que pour la Constituante future que l'on peut imaginer, pour la direction de la polémique qui remplira dans six mois les colonnes de nos journaux que pour la politique de nos enfants.