‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 46 sur 132 · chapitre iv · texte numérisé non relu

chapitre iv

L'École de Saint-Simon cl les Républicain.

Après les événements, qui sont la parole et la leçon de la Providence, ce progrès a été principalement dû aux travaux de l'école fondée par les ouvrages de l'illustre philosophe Saint-Simon. Pendant cinq ans, sous la Restauration, celte école prépara des idées qui pussent résister a un aussi grand changement que celui que la Providence méditait, des idées qui fussent viables après la révolution qui devait ensevelir définitivement l'ancien ordre théologique et féodal; et quand Juillet l'eut fait passer de l'étude solitaire à la propagation ouverte et publique, toute une année, avec une ardeur infatigable et une audacieuse espérance, elle répandit ces idées dans le inonde, et posa tous les problèmes. Elle a pu ensuite se diviser sur les solutions, et finir par se

à lai substituer, comme il le dit lui-même nalvemeol dans la discussion sir le Code, à l'occasion de la propriétés des mines, avait pourtant seaU qu'une révolution était inévitable dans la propriété. «Naguère, disait-il à Sainte-Hélène, on ne connaissait m qu'une seule espèce de propriété, celle du terrain. Il s'en est formé une nouvelle. » celle de l'industrie, aux prises en ce moment avec la première. C'est la guerre » des champs contre les ateliers, des créneaux contre les comptoirs, cl c'est pour ne » pas reconnaître cette grande révolution dans la propriété qu'on s'expose encore à • tant de bouleversements. » ( Mémorùtl. )

dissoudre; son oeuvre était faite, et les erreurs de quelques uns de ses membres n'en obscurciront pas la valeur. On peut dire que, suivant le mot de celui qu'elle avait pris pour maître, elle a rendu l'initiative à la France (1).

D'autres ont encore contribué avec elle à ce progrès. Ce sont les écrivains qui se sont serrés autour des idées que l'on nomme républicaines, ce sont les hommes généreux qui ont fait revivre en eux la tradition des principes de la Révolution Française, et qui, dans l'occasion, ont témoigné de leur foi par la prison et la mort.

Les uns et les autres ont planté sur le monde cette bannière, que rien ne renversera :

Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique, de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre (2) ;

Formule qui n'est pas la plus générale qu'on puisse donner même de la politique considérée à part, mais qui, par son but précis, est la plus évidente et la plus entraînante. L'école Saint-Simonienne, qui l'a exprimée en ces termes, en connaissait toute la profondeur; elle savait bien qu'il y avait là le programme de toute une religion.

(I) Voyez le morceau intitulé Plus de Libéralisme impuissant, dans V Appendice à ta suite de ces Discours. (1850.)

(t) Cette belle formule de Saint-Simon semble avoir été inspirée par Condorcet. dans son Rapport sur l'instruction publique :

a Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs a besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre 0 et de remplir leurs devoirs ; assurer à chacun d'eux la facilité de perfectionner .«on » industrie, de se rendre capable des fonctions sociales auxquelles il a dioit d'être » appelé, de développer touto l'étendue des talents qu'il a revus de la nature; et par n là établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l'égalité politique » reconnue par la loi : tel doit être le premier but d'une instruction nationale; cl. • sous ce point de vue, elle est, pour la puissance' publique, un devoir de justice. » Diriger l'enseignement de manière que la perfection des arts augmente les jouis— » sances de la généralité des citoyens, et l'aisance de ceux qui les cultivent; qu'un m pins grand nombre d'hommes devienne capable de bien remplir le* fonctions néecs- » sa ires à la société; et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une » source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux , de » moyens de bonheur individuel et de prospérité commuue ; cultiver enfin, dans cba- » que génération, les facultés physiques, intellectuelles, et morales; et. par là, con- » tribuer a ce perfecUonnement général et graduel de l'espèce humaine, dernier Iwt 0 vers lequel toute institution sociale doit être dirigée : tel doit être encore l'objet » de l'instruction; et c'est, pour la puissance publique, un devoir imposé par l'intérêt 0 commun de la société, par celui de l'Humanité entière. »

Il nous a paru important d'appeler l'attention sur ce rapprochement, qui, à notre connaissance, n'avait encore été signalé par personne. Il met en évidence, avec une grande précision , la liaison essentielle qui unit les doctrines de perfectibilité de l'école philosophique de la Un du Dix-Huitième Siècle avec celles qui ont repris» vigueur dans ces derniers temps, et qui ont retenU de nouveau avec éclat, dès que la chute de l'ancienne monarchie est venue rouvrir la carrière des idées.

L'erreur fondamentale de cette école, dans la direction fausse où elle a été lancée, a été de croire à la possibilité d'une transformation subite de la société tout entière, à la manière dont on suppose que les religions et les législations anciennes se sont formées.

Son erreur secondaire, et qui dérivait de l'autre, a été de mépriser et de déprécier les institutions de pure liberté, et de ne pas voir leur immense utilité et leur absolue nécessité pour faire triompher les intérêts de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, en transformant les idées par la discussion, et en permettant au génie de l'innovation de présenter, dans la triple direction de la politique, de la science et de l'art, toutes les inspirations qui peuvent servir de véhicule et d'aliments à cette transformation.

L'erreur des publicistes républicains a été de ne voir qu'un combat là où il s'agit du problème de la législation tout entière, de croire vaguement que leurs prédécesseurs avaient produit des institutions qu'il s'agissait d'appliquer, lorsque évidemment, et de l'aveu même de ces illustres morts, la société n'a été conduite par eux qu'au seuil de sa nouvelle demeure, et, au lieu de continuer l'oeuvre du Dix-Huitième Siècle et de la Révolution sous toutes ses faces, de se borner à vouloir réaliser quand les idées ne sont pas faites.

De là aussi cette tendance trop étroite de leur politique, qui ne s'attache qu'à détruire un pouvoir éphémère, au lieu de s'attacher à transformer la société elle-même.

Certes, la flétrissure de tant d'actes politiques coupables qui depuis deux ans se sont accomplis sous nos yeux, est un devoir de conscience qui doit être cher à tous ceux dont le cœur est pur de bassesse et que l'amour du peuple enflamme; assurément aussi l'œuvre du jour ne doit pas être négligée, l'avenir n'est qu'à ce prix : mais rappelons-nous que c'est pour nous être occupés pendant quinze ans de l'œuvre du jour sans autre prévision, que nous sommes arrivés, après Juillet, à l'état où nous sommes.

Évidemment, pour faire prévaloir les intérêts de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, les institutions de pure liberté, ces forteresses, ces positions, dont on s'est si bien servi pour battre en ruines la Restauration, sont aussi nécessaires qu'elles l'ont jamais été. Si elles n'étaient pas vigoureusement défendues, si le despotisme enlevait ces garanties comme on les nomme, le progrès deviendrait impossible, ou se ferait par une épouvantable secousse. Hais, d'un autre côté, fautil s'en servir comme on s'en servait contre la Restauration !

AUX POLITIQUES. m

De l'altitude nouvelle que la Presse et l'Opposition doivent prendre.

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