CHAPITRE III
Plan de ce qui ra solTre.
On voit mon plan et la chaîne d'idées que je prétends suivre. Les deux grands théoriciens politiques modernes sont Montesquieu et Rousseau.
Montesquieu a produit, d'après la réalité de son temps et avec une sorte d'impartialité éclectique, deux conceptions sur le Pouvoir et lis Gouvernement.
Mais l'une de ces conceptions, l'ancienne Monarchie Française, estelle raisonnable et possible aujourd'hui? et la seconde, la Monarchie Anglaise, est-elle raisonnablement possible en France?
Rousseau n'a pas produit une conception de gouvernement L'Égalité, pour laquelle il a protesté, est un principe, mais n'est qu'un principe. J'ai montré dans la Première Partie de cet écrit quelle est l'oeuvre de Rousseau et le point où elle s'arrête.
Cependant l'école sortie de Rousseau croit avoir, dans le princi(»e de la Souveraineté du Peuple, une conception suffisante et légitime d'un Gouvernement et d'un Pouvoir.
Cette conception s'est même produite un moment en fait dans une de nos périodes révolutionnaires. La Convention cumula un instant le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire. On eut une application éphémère de la Souveraineté du Peuple entendue comme loi de majorité. Est-ee là une véritable conception du pouvoir et du gouvernement? ou ne faut-il pas voir, au contraire, dans la faiblesse de l'école de Rousseau et dans son dénuement d'une véritable théorie du pouvoir, la cause du triomphe officiel des Monarchies de Montesquieu?
Et néanmoins, si l'ancien Gouvernement Français n'est plus possible aujourd'hui, si la Mtmarchie Anglaise est absurde en France, on est en droit de déclarer aux disciples de Montesquieu, soit à ceux qui adoptent l'ancien Gouvernement Français, soit à ceux qui adoptent la Monarchie Anglaise, que leur idée de gouvernement étant non recevable, et par conséquent comme non avenue, ils ne sont pas plus avancés doctrinaleraent que les disciples de Rousseau.
Je prétends donc, en effet, démontrer :
1° Que l'opinion de la Secte Royaliste sur le Pouvoir ou le Gouvernement est fausse;
2° Que l'opiniou de la Secte Girondine ou Doctrinaire sur le Pouvoir ou le Gouvernement est fausse;
Et 3° enfin que l'opinion de la Secte Républicaine sur le Pouvoir ou le Gouvernement est également fausse.
Où sera donc la vérité, si je parviens à rendre certaine et claire pour tous celte triple démonstration?
Évidemment je ne réussirai dans mon entreprise qu'en reconnaissant la vérité partout où elle se trouve, soit dans l'opinion de la Secte Royaliste, soit dans l'opinion de la Secte Doctrinaire, soit dans l'opinion de la Secte Républicaine-, et par conséquent, cette démonslratton achevée, je serai fort près de la vérité.
J'essaie de faire la synthèse des trois partis, jusqu'à présent irréductibles, rationnellement comme en fait, qui divisent la France.
Quoi qu'on puisse penser de ma hardiesse, on reconnaîtra du moins que c'est le rêve d'un bon citoyen.
Nul aussi, à moins d'être lui-même un mauvais citoyen et un imbécile ou un imposteur, n'oserait dire aujourd'hui que cette tentative rationnelle n'est pas à faire.
Non, en présence de l'état actuel de la France, des déchirements de la patrie, et de la situation des pouvoirs, nul ne me fera le reproche que Montesquieu, au nom de la réalité et du fait, adressait à Harrington, « d'avoir bâti Chalcédoine, ayant le rivage de Byzancc devant les • yeux. »