CHAPITRE
L'opinion de la Secte Royaliste ne pourrait aujourd'hui aboutir qu'au Despotisme.
Que faut-il à la Monarchie pour refleurir? La foi catholique et féodale du Moyen-Age. Rien que cela!
Si vous voulez que j'aime encore,
disait Voltaire dans sa vieillesse,
Rendez-moi l'âge des amours.
Si vous voulez un monarque, il vous faut une noblesse, sans quoi vous aurez un despote. Telle est la loi des choses, tel est l'organisme nécessaire d'une Monarchie tempérée. Écoutez Montesquieu : a Les » pouvoirs intermédiaires subordonnés et dépendants constituent la d nature du gouvernement monarchique, c esUà-dire de celui où un » seul gouverne par des lois fondamentales. J'ai dit les Pouvoirs inter- » médiaires, subordonnés et dépendants : en effet, dans la monarchie, » le Prince est la source de tout pouvoir, politique et civil. Ces lois » fondamentales supposent nécessairement des canaux moyens par où » coule la puissance; car s'il n'y a dans l'État que la volonté momen-
» tanéc et capricieuse d'un seul, rien ne peut être fixe, et par consé- » quent aucune loi fondamentale. Le pouvoir intermédiaire subor- ». donne le plus naturel est celui de la noblesse. Elle entre en quelque » façon dans Yessence de la monarchie, dont la maxime fondamentale » est : o Point de monarque, point de noblesse; point de noblesse, point » de monarque, mais on a un des|>otc. »
Et le principe moteur d'un pareil gouvernement doit être conforme à sa nature. Ce principe, c'est encore l'inégalité, la distinction des rangs, ce que Montesquieu lui-même appelait déjà le préjugé des conditions : « L'honneur, c'est-à-dire le préjugé de chaque personne et de » chaque condition, est le ressort du gouvernement monarchique ; il » prend la place de la vertu, et la représente partout; il peut inspirer » les plus belles actions; il peut, joint à la force des lois, conduire au » but du gouvernement comme la vertu même. »
Et ce gouvernement n'existe qu'au sein d'une religion puissante, mais qui le tolère, et, par cette tolérance même, le produit. Il faut le Christianisme, tel que le Christianisme avait fini par s'arranger avec César, en interprétant le mot de son fondateur : a Ma royauté n'est pas » encore de ce temps, o par : a Mon royaume n'est pas de ce monde, » et l'ironie sublime de ce même fondateur: a Rendez à César ce qui » est à César {une pièce de monnaie) et à Dieu ce qui est à Dieu, » par : « Je j-cconnais et j'accepte César. » Il fallait, dis-je, ce Christianisme f;iussé et dégénéré pour servir de milieu et de support à la Monarchie. Montesquieu ne s'y est pas trompé, o Chose admirable, s'écrie-t-il, la » religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de » l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci.» On a mal compris et par conséquent sottement admiré celle phrase «le Montesquieu: on n'a pas vu que, dans sa bouche, cet éloge est tout politique, cl peint seulement l'étonnement naïf de ce grand raisonneur, en voyant combien le Christianisme (celui de son temps) était admirablement façonné pour la Monarchie de son temps.
Rétablissez donc toutes les croyances du Moyen-Age, et arrêtez-les précisément au point où elles engendrèrent la Monarchie de Louis XIV; vous aurez à ce prix seulement l'ancien Gouvernement Français.
Les Royalistes sont des Titans qui veulent non pas renverser, mais {ce qui est plus déraisonnable encore) refaire l'œuvre de Dieu.
Que résulte-l-il donc et (pie peut-il résulter de toute restauration du gouvernement monarchique comme l'entend la Secte Royaliste*? Une fausse Monarchie, dans laquelle un faux roi, entouré et escorté de faux nobles et de faux prêtres, commande, sans être obéi, à de faux sujets. Est-ce là une monarchie, est-ce un gouvernement? C'est une monarchie; comme le monastère de Haute- Combe, dont j'ai raconté plus haut les folies, élait un monastère.
A moins de se transformer par la vérité, c'est-à-dire par la conception d'un gouvernement conforme à l'état actuel de l'esprit humain, la tendance aveugle du parti royaliste ne peut donc aboutir qu'à superposer à la nation non pas un gouvernement, mais une cour; non pas des gouvernants, mais des oisifs; non pas des initiateurs, mais des chefs rétrogrades; non pas, enûn, une Monarchie tempérée, mais un absurde Despotisme : tous effets nécessaires que nous avons vus au surplus se produire fatalement pendant la période que l'on nomme Restauration.