‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 2)Chapitre 8 sur 132 · LAMARTINE ET VICTOR IIU · texte numérisé non relu

LAMARTINE ET VICTOR IIU

A quoi tient ce reflet de Christianisme, cette auréole de foi religieuse qui brille sur les œuvres des deux grands poètes de la France? Pourquoi semblent-ils faire antithèse avec Gœthe et Byron? Comment, nés dans le pays qui a produit la philosophie la plus audacieusement sceptique, et qui a presque entièrement accompli la destruction du Moyen-

Age social et religieux, ont-ils moins que ces fils de l'Angleterre et de l'Allemagne cette affreuse tristesse d'un rêve qui ne s'achève pas, et en même temps cette fierté de Satan et celte vie du désespoir, cette vttalitè du poison, comme parle Byron («) ?

Gela tient en partie, selon nous, à l'époque politique où ils ont commencé à écrire. Et d'un autre côté nous pensons que cette foi chrétienne n'a pas un caractère aussi profond chez eux qu'on le croit généralement. C'est une parure de leur génie, à travers laquelle percent le doute et l'incrédulité, comme l'orgueil d'Antisthène perçait à travers les trous de son manteau.

C'est surtout pour Lamartine qu'il existe un préjugé qui le fait considérer comme un poète chrétien, je dirais presque comme un poète sacré, et qui cache ainsi à la foule séduite le véritable caractère de son œuvre. L'affinité qu'il a avec Byron disparaît devant ce mensonge du Christianisme; car qu'est-ce qu'un Christianisme tellement affaibli ou transfiguré qu'il ressemble à un panthéisme encore obscur, sans lien avec l'Humanité, sans application sociale?

Vous appelez Lamartine chrétien, et moi je l'appelle sceptique; il n'a du Chrétien que la crainte devant Dieu. Panthéiste, de sentiment plutôt que d'intelligence, il voit tous les êtres s'absorber dans l'Être des êtres; et ne comprenant rien à l'Humanité, n'ayant pas la révélation du plan providentiel qui la guide, tous les travaux des hommes lui paraissent aussi futiles que l'ouvrage des fourmis qui soulèvent des grains de sable. Ce n'est plus ni la terre ni le ciel des Chrétiens, unis entre eux par une chaîne à la fois humaine et divine, visible et invisible : espérance, foi, charité, terre et ciel, tout a disparu devant la solitaire contemplation de ce vaste océan de l'Être où tout va s'engloutir. Et cette pensée de l'infini fait fléchir ses genoux; et il cherche à prier, et sa prière l'inonde de pleurs :

Hélas! pourquoi si haut mes yeux ont-ils monté?

Et il adore Dieu dans un tremblement continuel; et il ne sait que répéter sans cesse que tout est vanité et que toute pensée est une erreur. Vous l'appelez chrétien parce qu'il a pris à la Bible quelques fleurs, au Christianisme quelques formes, comme il a pris à Horace ses continuelles images de l'incertitude de la vie. Biais son idée fixe est la terreur. L'univers pèse sur son cœur et l'accable. Tous ses chants sont plaintifs, comme les murmures de la colombe sous la serre de l'aigle.

(1) Tberc U a very Ufe in our despair,

Vitality of poison; a quick root Whlch feeds thèse deadly branche*.

Quld-Haiolo.

On peut être sceptique tout en s'oecupant beaucoup de la grandeur divine; on peut vivre dans le doute et l'incertitude avec un sentiment religieux très actif et très profond.

Quelques progrès qu'ait faits l'Humanité, le mystère l'enveloppe toujours; quelque grande que soit la carrière que nous pouvons lui mesurer, il y a toujours l'infini en avant et en arrière; quelque travail que nous puissions assigner à son activité dam une période donnée, U reste toujours le début et le but final, le commencement et la fin en Dieu, le pourquoi en Dieu. L'homme, pour être vraiment religieux, doit avoir à la fois le sentiment de sa faiblesse et de sa force, le sentiment de l'infini et du fini, de Dieu et de l'Humanité. Or c'est la précisément ce que donnent les religions : elles jettent le pont entre nous et les autres hommes, entre l'Humanité et Dieu. Mais quand les religions meurent, les hommes les plus religieux, loin d'être consolés dans le sentiment de l'infini, sont écrasés par lui. C'est en ce sens que Lamartine est un grand poète religieux , quoique dévoré de doute et d'incrédulité. Mais sa religion, loin de soutenir et d'illuminer ses lecteurs, ne fait que les abattre, les troubler, les prosterner, surtout quand leur esprit a de la vigueur et de la portée ; et le Christianisme dont il la décore n'est qu'un Christianisme de convention, comme on peut en faire encore quand tous les dogmes chrétiens sont dépassés par la science humaine, quand toutes les institutions chrétiennes sont écroulées.

Est-ce à dire que le poète soit trompeur pour voiler ainsi sa pensée? Assurément non. Mais son idée religieuse avait besoin de revêtir une forme, et, dans son abandon, son isolement, sa nudité, elle a pris le dernier vêtement usé et percé de trous qu'elle avait sous la main.

Les grands hommes qui se succèdent d'une génération à la suivante ne se répètent jamais ; mais lorsqu'ils semblent faire une œuvre opposée, souvent ils se continuent. C'est peut-être parce que la France avait produit la Philosophie du Dix-Huitième Siècle et la Révolution qui est cette Philosophie en action, que les deux poètes qui ont le plus directement exprimé l'état d'anarchie et de désolation où mène cette Philosophie, sans cependant lui rompre en visière, sans la nier ni la combattre, sont un Anglais et un Allemand ; tandis que la France a produit, depuis trente ans, une nombreuse couronne de penseurs et de poètes qui se sont rattachés au Christianisme. Ne croyez pas cependant que le mouvement et l'inspiration du Dix-Huitième Siècle ne soieut pas profondement entrés dans leur sein. C'est au contraire parce qu'ils sentaient profondément la ruine du monde social et religieux du Moyen- Age, et parce que d'un autre côté ils ne pouvaient concevoir comment il naîtrait de cette ruine un monde nouveau à la fois social et religieux, qu'ils sont revenus vers le Christianisme.

Supposez un poète frappé de cette grande ruine du monde social, comme Boulanger suppose que les générations pesMiluviennes furent frappées, après le cataclysme du monde physique, d'un effroi qui, suivant lui, a donné naissance à toutes les religions. Il se rejettera plein de tristesse et d'amertume dans la nature; et c'est en effet la marche que notre littérature a suivie. Ainsi avons-nous vu faire et à Jean- Jacques Rousseau , qui donna le signal de cette retraite dans la nature au milieu même du Dix-Huitième Siècle, et à Bernardin de Saint-Pierre, et à M. de Chateaubriand; et c'est alors, c'est dans la solitude, au sein de la nature, que la poésie a pris ces grands écrivains et les a emportés sur ses ailes. Voilà donc ce poète tombé dans la contemplation de l'infini, de l'harmonie universelle, et ne comprenant pas l'anarchie de l'Humanité. Il est bientôt attaqué de la maladie de Werther, de René, d'Obermann. A-t-il de la force, il résiste à cette effroyable tempête de scepticisme absolu; mais il n'y résiste qu'en sortant religieux de la lutte. Son esprit a plongé dans l'infini ment grand et dans l'infiniment petit, et partout il a rencontré Dieu. Or tout homme qui commence à sentir Dieu éprouve le besoin de se rapprocher de ceux qui l'ont senti avant lui. Le temps vient où nous embrasserons, où nous relierons toutes les conceptions religieuses, et où, de toutes les traditions, nous formerons la tradition universelle, la grande Bible de l'Humanité. Mais cette œuvre, qui se commence maintenant, n'était pas même soupçonnée du plus grand nombre des esprits supérieurs il y a dix ans. Il devait. donc arriver que les âmes les plus frappées de la tristesse de cette Humanité livrée au hasard, et de cette incertitude de l'esprit humain en présence d'une science en apparence purement critique et né» ^ative, rechercheraient les solutions chrétiennes, et se rapprocheraient des hommes qui souffrirent les mêmes maux de l'âme dans une époque analogue de l'Humanité. Y a-t-il rien en effet qui ressemble plus à ce que nous souffrons que ce qu'ont souffert autrefois les Basile, les Jérôme et les Augustin? Et remarquez qu'il y avait eu avant ces Pères de l'Église, et qu'il y avait en même temps qu'eux, des âmes généreuses qui souffraient comme eux du même mal, mais qui, n'ayant pu apercevoir l'étoile nouvelle, mais encore petite et obscure, de l'avenir, cherchaient leur lumière dans le passé éteint, et se réfugiaient dans le stoïcisme, dans les souvenirs de la république, ou dans les myttèrts. C'est ainsi que, sous 1 impulsion même de la Philosophie du Dix-Huitième Siècle, mais en réaction apparente contre elle, des âmes malades de philosophie sont revenues au Christianisme. En l'absence des éléments, décomposés à jamais, de l'organisation théologique-féodale, ils ont rêvé possible la restauration de la monarchie et du papisme; en présence de la science moderne, ils ont rêvé la restauration d'une foi fondée sur la

science du passé. Ainsi s' explique la tendance rétrograde de beaucoup de grands esprits de notre temps, tels que De Maistre, Lamennais, Chateaubriand, Bnllancbe, Lamartine, Victor Hugo.

Quand le poète s'est une fois rapproché du Christianisme par le sentiment religieux, il lui est assez naturel de se croire Chrétien , et il se fait un point d'honneur et une gloire de le paraître. On s'humilie par grandeur même d'esprit, autant que par lassitude de chercher et d'attendre. On dit à la science et à la philosophie qu'elles sont menteuses, parce qu'en effet, en ce jour, à cette heure, elles ne sont pas encore arrivées au point où , reliant leurs rameaux épars, et vivifiées par une charité nouvelle, elles deviendront une religion, comme autrefois elles devinrent le Christianisme. On repousse de son esprit tous les grands progrès faits depuis les Pères de l'Église ; on voudrait presque s'en tenir à leur physique, à leur astronomie. On adopte ou on allégorise les traditions qu'ils ont adoptées. On voudrait à toule force voir le développement de l'Humanité, comme Bossuet, dans l'histoire hébraïque. Mais le doute sur tous points reste au fond du cœur. De là ce Christianisme de décadence ou de renaissance, comme on voudra l'appeler, qui court dans tant de livres de notre temps. On voudrait faire tenir le monde agrandi des modernes dans l'étroit horizon d'une religion faite il y a deux mille ans, ou bien on agrandit le cadre de cette religion pour que tout puisse y entrer. On parle du Seigneur, comme si l'on conservait la tradition du Dieu qui apparaissait dans un buisson ardent, et c'est du Dieu de Galilée et d'Herschell que l'on veut parler. On a l'air de reporter continuellement sa pensée sur le Sinaî, les rives du Jourdain et Jérusalem; mais le Sinaî, le Jourdain et Sion ne sont que des échos sonores pour donner à la parole du poète un accent de foi religieuse. On se fait un paradis mystique et tout spiritualiste, bien différent du paradis chrétien , du paradis sur la terre, où les corps devaient renaître quand le règne de Dieu serait venu. Quant aux anges, on en parle à tout propos sans y croire; chacun en crée avec sa fantaisie; quelquesuns même décrivent leurs amours, et leur composent un langage de toutes les coquetteries du boudorr. Enfin on se fait une religion vaporeuse, qui ne ressemble pas plus au Christianisme, quand il vivait, que les muses et les nymphes de la poésie mythologique de Boileau et de Voltaire ne ressemblaient au Paganisme. Aussi, pour apprécier les poètes chrétiens de notre temps, les plus sérieusement religieux comme les plus légers, H. de Lamartine comme Thomas Moore, il faut bien distinguer leur véritable inspiration , leur pensée lyrique, leurs tristesses ou leurs joies, sous ces voiles chrétiens dont se pare leur muse. 11 en est pour qui la chose est sérieuse, pour qui c'est le tourment de leur âme de ne pas trouver appui et consolation dans ces débris fantastiques du passé; pour les autres, c'est purement affaire d'art. La my-

tbologie païenne était usée, Ronsard et Boileau l'avaient à deux fois inutilement restaurée ; que restait-il à faire? A tenter la nouveauté du Christianisme. Pour tous, c'est bien plutôt la matière de l'art que l'art lui-même; ce n'est pas leur vie franchement dévote qui s'exprime, c'est leur vie douteuse, incrédule, affligée, qui cherche confort, et qui trouve cet aliment.

Qu'on voie dans cette poésie chrétienne le bruit qui accompagne la chute de teut ce qui s'écroule, le dernier soupir d'un mourant, les vives clartés que jette une lumière qui s'éteint, ou, si l'on veut, le dernier chant du cygne, je le conçois : mais y voir la vie, c'est-à-dire à la fois la vie du Christianisme et la vie du poète, une foi véritable, une communion de l'un avec l'autre, comme le doux repos de l'enfant dans les bras et sous les baisers de sa mère, ou comme la conversation d'un ami avec son ami , voilà ce que je ne puis admettre. Je ne puis voir dans tous ces chants chrétiens qu'un deuil, une pompe funéraire et lu plainte dernière sur un mort. Quand les sauvages pleurent un chef, les femmes chantent les louanges du mort, elles disent ses vertus et ses combats, et par moments, en présence du cadavre, elles rêvent le héros marchant encore dans sa force et dans sa beauté : ainsi font nos poètes avec leur Action de Christianisme ; ils commencent par la plainte, la désolation , puis leur vient le regret de la dernière religion connue d'eux, et ils finissent quelquefois, en s' exaltant, par s'imaginer qu'elle vit encore. Que si un fantôme d'elle alors leur apparaît et pose devant eux, si une image du passé, se dérobant à la tombe, semble se relever et marcher, est-il étonnant que ces âmes poétiques prennent leur rêve pour une réalité? Or c'est là précisément ce qui est arrivé à nos poêles chrétiens. La Rettauration a été le fantôme qui les a inspirés et qui les a fait croire ; et eux, de leur côté, avec leur voix puissante et leur don créateur, ont communiqué à ce fantôme une sorte de vie galvanique, une vie qui n'était pas en lui, mais que son aspect seul a suffi pour éveiller dans le sein des poètes, et qui lui est revenue par eux.

Chez des politiques ou des théologiens comme De Maistre et M. de Lamennais, cette empreinte de Christianisme, une fois prise, est tenace, et s'attachera à toute leur existence. Ce sont avant tout des penseurs: ils n'ont pu se décider et se former que par de longues considérations, de profondes études de faits et de raisonnements; changer, c'est une vie à refaire : aussi leur croyance survivra-t-elle même à la chute définitive du fantôme qui les avait illusionnés. D'ailleurs les grandes métamorphoses de l'Humanité ne se font pas si vite qu'il ne resle longtemps des masses d'hommes et des peuples entiers aux défenseurs des religions déchues : si la France leur échappe, il leur reste l'Espagne, la Belgique, l'Irlande : ainsi, quand les villes échappaient aux dieux du Paganisme, les habitants des bourgs devinrent les païens. Quant à ceux

qui tiennent à 1b fois do penseur et da poêle, comme M. de Chateaubriand et M. Ballanche, letir réve de restauration du Christianisme ira «affaiblissant ou se transfigurant : l'un laissera la religion pour la politique, et cherchera dans l'activité de chaque moment une continuelle distraction contre sa propre incrédulité; l'autre conservera obstinément le nom de Christianisme à toute la série des initiations de l'Humanité. Mais les poètes purs sont plus changeants ou plus naïfs : comme ils avaient délaissé et les arguments théologiques et les grands^ nsembles d'idées, comme ils n'avaient pris de la religion déchue que des inspirations et des images, surtout comme ils sont hommes de sentiment et de vie lyrique, quand leur vie change, quand le doute les reprend, quand leur tristesse d'âme se prolonge malgré tous les remèdes dont ils avaient vanté l'efficacité, ils le disent ou le font entendre à tout le monde; et ils ne pourraient faire autrement, ou ils seraient obligés de se taire; car l'art c'est la vie du poète qui s'exprime telle qu elle est au moment où il chante.

11 est aisé de remarquer en effet que le doute et l'incertitude sont devenus de plus en plus visibles chez Lamartine à mesure que les années s'écoulaient. Ses premières Méditations sont de tous ses ouvrages celui où les croyances chrétiennes se font le plus sentir. On dirait alors que le poète habite encore les frontières de ce monde à la fois social et religieux de Nicole et de Pascal, de Bossuetetde Fénelon, dont un siècle de philosophie et de révolution nous sépare désormais pour toujours.

Cette remarque s'applique également à l'autre grand poète dont la France est flore. On l'a déjà dit avant nous, il y a bien plus de calme religieux, de croyance arrêtée dans les odes de la première jeunesse de Victor Hugo, que dans ces Feuilles d'automne, où sa rêverie, si puissante et si triste, creuse si profondément.

C'est d'abord que leur pensée est devenue plus forte avec l'âge; c'est ensuite que tout a chancelé autour d'eux; c'est qu'ils ont vu cette société qu'ils croyaient rentrée dans la voie de la tradition s'en écarter de nouveau; c'est que cette tentative si bien nommée restauration, qui prétendait rendre à la France son ancien ordre social et religieux, a déçu toutes leurs espérances, partagés qu'ils étaient entre les sentiments de gloire et de liberté de notre âge, et cette gloire du passé qui avait bien de quoi les séduire.

Eux et M. de Chateaubriand, trois poètes, ont été non-seulement les chantres, les bardes inspirés, mais aussi les hommes d'action et de courage de cette résurrection du passé qu'ils auraient voulu grande, glorieuse et populaire.

M de Chateaubriand s'est chargé de la Restauration de toute manière, comme religion et comme société; il l'a précédée, introduite dans le monde, exaltée tour à tour et abaissée : il l'a corrigée comme une

AUX AUTISTES. 79

mère corrige son enfant, abandonnée comme on abandonne un fils ingrat; et l'enfant s'étant tué à force de folies, il en porte encore Je deuil.

Lamartine fat plus spécialement le poète religieux de la Restauration, c'est-à-dire qu'il essaya de refaire le ciel religieux du passé. Victor Hugo fit principalement la terre de ce ciel: et comme la monarchie qu'il avait sous les yenx ne réj)ondait pas à la grandeur de son génie, ni à son ame forte et indépendante, il remoula plus haut dans les siècles, et sa lyre se passionna pour ce Moyen-Age dont elle voyait le reflet dans notre temps : c'était naïvement qu'elle se passionnait ainsi ; mais on aurait dit que c'était pour dorer ce reflet, ces derniers rayons presque éteints, que sa poésie essayait de rallumer le soleil du Moyen- Age.

A la suite de ces deux grands maîtres, une foule de disciples et d'imitateurs se lancèrent dans la voie qu'ils ouvraient. De là toute cette poésie de la Restauration, dont le caractère général est un retour vers le passé, une exploration du passé, un enthousiasme vrai ou faux poor le passé, sans élan, sans impulsion en avant : comme si, après la philosophie novatrice et enthousiaste do Dix-Huitième Siècle, une réaction d'immobilité et de rétrogradation fût nécessaire, afin que l'esprit humain, après avoir reconquis son passé, revu son héritage et sa vie antérieure, pût, riche d'expérience et de savoir, se lancer de nouveau, avec plus d'assurance et d'espoir, dans la voie de l'avenir. Semblables donc à ces Doctrinaires qui prirent la Restauration pour les bornes du monde, et qui arrangèrent la philosophie exprès pour elle, les poètes semblèrent pendant long-temps faire de la poésie, non pour le Peuple, non pour l'Humanité, mais pour la Restauration.

Oui, Lamartine et Hugo furent aussi, eux, 'les soutiens de la Restauration; et ils n'ont pas à en rougir. Ils en furent les soutiens comme des artistes, amants de la gloire et du beau, et par ce côté-là aimant déjà le Peuple; reliant d'ailleurs, dans leurs idées religieuses, le pouvoir temporel à la bonté céleste, soumettant le devoir et la grandeur des rois à la charité du Christianisme. C'était un rêve, un idéal qu'ils poursuivaient, ne voyant pas, dans leur exaltation de poètes, combien les temps étaient changés et combien ce rêve était absurde.

Mais à mesure que les années s'écoulaient, le rêve s'évanouissait. L'un s'éleva de plus en plus vers les pensées Infinies, à une hauteur qui ne lui permettait plus d'apercevoir la terre. L'autre fit comme taethe avait fait après Werther et Famt, il prit l'art an point de vue absolu. Plus jeune, d'ailleurs, élevé au bruit des batailles, admirateur de Napoléon, amant de la liberté, il sentit un nouveau culte s'élever dans son cœur; et, dans son indépendance, il porta de rudes coups à ce fantôme du. passéu qu'il avait d'abord encensé. Et quand le tan-

tôme a disparu, ils n'ont fait, ni l'un ni l'autre, comme ceux dont nous parlions tout a l'heure, ils ne se sont pas attachés à un autre fantôme, essayant de donner à celui-ci la ressemblance du premier. Us sont restés avec le doute, qui n'avait jamais entièrement abandonné leur

cœur.

C'est ainsi que l'Humanité de notre temps ayant dépouillé définitivement la pensée sociale et religieuse du Moyen-Age, eux, qui ont voulu vivre de cette pensée et en faire l'âme de leur poésie, n'ont pu y réussir, malgré l'illusion de la Restauration, qui les a séduits comme un mirage trompe les matelots à la mer. Ils n'ont pu trouver un sol où leur Christianisme prît racine, et d'où il tirât des sucs assez nourriciers pour couvrir ensuite la terre de son ombrage. Il n'y avait point di ruche où l'abeille fit son miel; point de rocher solide où l'aigle déposât son nid : l'abeille a été entraînée par les torrents de l'air, tenant dans ses pattes le suc odorant des fleurs, qui ne s'est pas transforme en miel; l'aigle a vécu solitaire, contemplant le soleil, sans compagne et sans nid.

Que leur pensée religieuse puisse subir une métamorphose et revêtir une nouvelle forme, c'est ce que nous croyons; et nous pourrions dire sur quels signes, faibles encore, nous nous fondons pour le croire. Mais c'est de leur œuvre passée que nous nous occupons aujourd'hui; c'est elle que nous voulons caractériser.

Laissez donc de côté, pour un moment, toute cette couleur de Christianisme qui est comme le fard dont une femme malade voilerait sa pâleur; entrez dans le fond de leur pensée, et voyez ce qu'ils sont.

L'un ne sait chanter que la vie diffuse dans 1 espace et le temps, coulant de forme en forme dans le vaste océan de l'Être. Toujours abîmé dans la contemplation de la force divine, les êtres finis ne lui apparaissent que sous des traits peu arrêtés, comme des ondulations de la Vie générale. Ou il ne voit dans toutes ces formes que des chaînes qui emprisonnent la vie, en empêchant chaque partie de se réunir à l'Être universel; ou bien, quand son cœur d'homme recommence à bat Ire, quand la vie s'individualise un instant pour lui, il les contemple avec effroi, comme des enveloppes trop faibles pour préserver la vie qu'elles renferment contre l'océan de vie qui les bat et qui va les briser, comme des digues impuissantes que le flot universel du temps et de l'espace emporte. Voilà les deux seuls mouvements de sa poésie : semblable à la mer qui monte et redescend, qui apporte un instant quelques corps sur le rivage, et bientôt les replonge dans l'obscurité de son sein.

L'autre, au contraire, saisit la vie dans tous les moules qu'elle revêt ; il se place dans un point de 1 espace et du temps, et s'y enracine profondément; il sépare, il anime chaque objet qu'il touche; il en projette

au loin les reflets et les ombres; il en décrit tous les rapports, tontes les harmonies et tous les contrastes. Sa poésie est comme l'univers, dont Pascal a dit : Centre partout, circonférence nulle part; la vie, qui pour Lamartine est un tout, une unité, un océan, paraît dans Victor Hugo comme la lumière qui inonde tous les corps, mais qui, tout en les éclairant, en les baignant de ses flots, disparaît elle-même devant eux, et ne se manifeste qu'en dessinant leurs contours et en peignant leurs couleurs.

Lui aussi, quand il le veut, il peut, comme Lamartine, briser tous les moules et généraliser la vie ; en vingt vers il peint l'extase devant la vie universelle : mais le sentiment des êtres finis ne l'abandonne jamais, même quand il a le sentiment le plus profond de l'infini. D'ailleurs il se livre rarement à cette contemplation; son génie le porte à individualiser la vie, c'est-à-dire à peindre toutes les formes de ce qu'on appelle la matière et de ce qu'on appelle l'esprit ; à peindre des portraits, des caractères et des passions.

En d'autres termes, l'un n'est que lyrique, et encore n'est lyrique que d'une seule manière ; l'autre est à la fois lyrique et dramatique.

Par une conséquence nécessaire, la poésie de l'un se rapproche plus de la musique; celle de l'autre, de la sculpture et de l'architecture : ce qui ne veut pas dire que l'un spirilualise la matière, et que l'autre matérialise l'esprit. Cette distinction, qu'une critique superficielle a faite quelquefois entre eux, n'a aucun fondement. La poésie de Victor Hugo n'est pas plus matérialiste ou matérielle que celle de Lamartine. Je le répète, l'un généralise la vie, et l'autre l'individualise : voilà leur vraie et fondamentale distinction. Et quant au procédé artistique, il est le même pour tous deux, en ce sens que le symbole et le rhythme étant les formes essentielles et uniques de l'art, ces deux grands poètes ne diffèrent que dans l'emploi qu'ils en font.

11 est évident, en effet, que celui qui contemple toujours la vie universelle symbolisera ses idées et les rhythmera tout autrement que celui qui contemple la vie dans ses formes particulières. L'un recherchera dans l'Univers tout ce qui, pour ainsi dire, n'a pas de parties, c'est-à-dire les fluides impalpables ou tangibles dans lesquels les parties tendent sans cesse à se rejoindre et à se réunir en un tout : l'air, les eaux, les sons, les nuages. Et par une conséquence également nécessaire, son rhythme sera abondant, doux et fluide, mais souvent sans relief, traînant et vaporeux, comme les objets qui lui fournissent ses images.

L'autre prendra surtout ses symboles dans l'univers visible. C'est Ue l'œil qu'il lui faut. Les êtres que nous appelons vivants et ceux que nous regardons comme inanimés, les édifices naturels que la terre présente à nos regards, et les édifices que l'homme y a ajoutés, seront les 3# LIVl. toi. i. ve 7.

miroirs on il lira et fera lire 9» pensée. Se vue* perçante saisit les lignes des montagnes et 1 harmonie compliquée d'une cathédrale du Moyen- Age. H regarde 1* Corsée* Sainte-Hélène, et y lit la? destinée de Napoléon; il voit cette destinée dans la bombe qui, jiartie de la terre, y revient après avoir touché le ciel; il la voit dans le Vésuve, que l'œil découvre toujours au milieu de tous les sites et de toutes les merveilles de l'Halie jet u rendra un culte d'artiste aux pyramides et à la colonne où Napoléon lui-même, ce grand artiste, a imprimé son sceau. Et non seulement son style peindra toujours, mais sonrbytnuie même peindra, parce qu'il sera toujours l'enveloppe de son idée ou de son image, pareil à l'argile qui dans les mains du mouleur prend toutes les formes. Aussi rejettera- t-il avec dédain la mélopée insignifiante, et son rhythme sera plein de relief et d'éclat, mai» brisant la lumière quand H le faudra, d'une science et d'une perfection que le vulgaire ne comprendra pas.

Voilà, nous le répétons, le rapport fondamental et la distinction également fondamentale de Victor Hugo et de Lamartine. La même inspiration pantuéistique, le sentiment le plus exalté et le plus profond de la vie universelle, la foi que dans le monde tout est lié, tout est uni, accordé, «ju'un anneau qui s'ébranle ébranle la chaîne, qu'une eorde qui vibre fait vibrer toutes les cordes do cette harpe infinie qui est l'Univers; voilà la grande pensée lyrique dans laquelle ils sont unis, et j'ose dire que c'est là toute leur religion ; voilà aussi la partie vivante de leur œuvre; voilà ce qu'on découvre toujours sous l'enveloppe de leur poésie; voilà le fond de leur âme sous toutes les forme» transitoires qu'ils ont pu ou qu'Us pourront revêtir. Et remarquez que ces deux grands poètes, mis en parallèle sous le rapport de tours ressemblances comme sous celui de leurs contraetesy s'harmonisent admirablement, et forment eutre eux un parfait accord ; car ils ont tous deux, au plus haut degré, le même sentiment de la vie universelle, et, d'un autre côté, leurs génies sont tellement opposés qu'ils expriment cette vie par les deux faces, l'un de l'unité, et l'autre de la variété.

Mais non seulement ils sont harmoniques par ce que je regarde comme le fond de leur nature et l'essence même de leur poésie;, ils s'harmonisent encore en ce que jusqu'ici ils ont adopté tous deux le même monde de convention, le même système social et religieux, la même révélation. En effet, sauf les différences de leur génieet du point de vue on ils se placent* la terre est pour tous deux une vallée de Jarmes, et la vie de la terre, prise même dans son ensemble et dans la succession des générations, une chose transitoire et misérable, tandis qu'à ce monde réel répond pour eux je ne sais quel monde mystérieux, qui est le monde diviuv En eela ils sont l'un et l'autre en complet désaccord avec eux-mêmes, avec leur conception de la vie universelle et

de Dieu. Ils oublient le tu t)i& st&Htis, Dê9 Qiv4tMt$ , de S. Paul, le1 .fapter «f guodearofu* t>*fej de Locain; il9 s'oublient et se nient euxmêmes, ils oublient le Dieu véritable, pour refaire m horizon à jamais* dépassé par l'Humanité, comme Lueain aurait pu s'oublier pour refaire, par besoin de forme religieuse, le Styx et l'Achéron des poètes ses devanciers. Cependant, comme ils présentent l'un et l'autre ce désaccord, leur rapport mutuel en devient plus frappant.

Mais c'est aussi par là qu'ils diffèrent profondément de Byron et de tous les poètes que j'appellerais volontiers Byroniens, qui, n'ayant pas admis ce monde de convention, ce monde du passé, dont tes denx termes étaient inégalité et malheur sur 1» terre, égftltté et bonheur dans le ciel, ne peuvent pas se reposer dans une froide contemplation des misères de la terre, les étudier seulement pour les peindre, ou les fuir pour se réfugier dans une sorte de stoïcisme divin.

Voyez, en effet! le résultat est le même pour Hugo et potir tairtar-* tine. L'on, dans sa terreur de Dieu la plus vive, ou dans su contemplation la plus calme, n'attache pas son regard sur cette Humanité qu'if méprise. L'autre prend l'Humanité comme un Spectacle varié et infini, comme un théâtre pour faire briller la force de son génie. Il en peindra hardiment toutes les misères, et les couleurs ne tari paraîtront jamais trop fortes, les lignes trop arrêtées. De Fart, de l'art, toujours de l'art!

Ainsi ils arrivent tous deux au même vide et au même néant, par des routes diverses : l'un par la contemplation de la vie universelle, l'autre par la contemplation de la vie dans ses formes particulières : l'un ne voyant que Fa vie générale, l'infini, l'absolu, l'éternel, Men enfin, sans l'Humanité, et en Dieu même une œuvre de génération et de destruction perpétuelle, sans but et sans résultat; l'autre nettoyant que des êtres jetés dans l'espace et le temps, sans Ken, l'Humanité sans Dieu, ci (Jaiis i nmn<iiiiic même oes lorces isoieesj oes pnortiHiicncs iransi— toitv£, dos générations sans succession, des hommes enfin sans vie hu-

Si donc notre voix devait être entendue de ces deus grands poètes,

«Le* mystique loi-même, dans leCbristianisme, ne concevait le cloître et le mysticisme qu'unis au monde. L'Éghse était sur la terre le conv pagne mystique de Jésus ; par Jésus et par l'Église la terre était unie au ciel. Le mysticisme du cloître avait sa place dans l'Église, comme la prière dans la journée du chrétien. Mais qu'est-ce que le mysticisme seul, le cloître seul, ou plutôt l'écho vaporeux du cloître, quand le cloître même n'existe plus?

»Ta poésie, en s' élevant de plus en plus à la contemplation de l'Être universel, n'est pas pour cela devenue plus religieuse; bien au con^

Si

traire, en devenant plus divine, si l'on peut parler ainsi, elle a de plus en plus perdu la foi, l'espérance et la charité. Quittant la terre, et n'ayant qu'un Christianisme incertain, sans dogmes, sans tradition, sans but providentiel pour l'Humanité, elle ne jette pas le pont entre l'homme et l'homme, l'Humanité et Dieu; elle ne console pas, et n'excite pas à l'activité; elle ne fait pas couler la vie du petit monde en harmonie avec celle du grand monde : au contraire, elle la refoule dans son cours, et ne l'agite si profondément que pour accumuler ses vagues sur notre cœur, qui s'y noie, » Et nous dirions à l'autre :

a Pourquoi cette apparence de calme religieux avec une pensée sceptique et incrédule, ce culte idolâtre du passé avec un cœur bouillant d'avenir? J'aime mieux la chrysalide se développant dans le tombeau qu'elle s'est filé elle-même, préparant ses ailes brillantes dans sa vieille peau, et paraissant cadavre au moment où elle va s'élancer dans les airs, éclatante merveille de sa propre création ; j'aime mieux cela qu'une pensée mélancolique, une pensée de mort et de renaissance, une pensée de ruine et de construction nouvelle, qui va se loger dans les vieux débris du passé, dans les tours des seigneurs du Moyen-Age ou dans les églises gothiques, et qui dit : — Voilà mes palais, j'ai retrouvé mon héritage; — et qui ment en disant cela, puisqu'elle se lamente en elle— môme amèrement, et qu'elle désire autre chose d'un désir brûlant qui la dévore.

» Veux-tu que le peuple aille habiter avec toi dans des tombeaux? se plaira-t-il à toute celte grandeur contre laquelle ses pères, vassaux révoltés, luttèrent pendant tant de siècles, et qu'ils ont fini par traîner dans la poussière et dans le sang, contre laquelle ses maîtres les philosophes ont prononcé un analhème et un arrêt de mort?

» 0 malheur à l'artiste d'être ainsi en dehors de son temps! ou plutôt malheur à l'artiste qui, voyant son époque indécise flotter entre le passé et l'avenir, sans destinée, se déchire ainsi lui-même, et finit par n'avoir pas d'autre religion sociale que le culte de l'art, la religion de l'art!

» Oui, grand poète, tu sais dire la superstition de l'Arabe, qui croit voir, à travers la vapeur de sable que soulève le simoun, l'ombre de Buonaberdi debout sur le sommet d'une pyramide, ou l'illusion du matelot qui voit planer cette ombre, entourée de nuages, sur le pic de Sainte-Hélène ; tu sais chanter la fée et la péri se disputant une jeune âme au milieu du ciel, entre l'orient et l'occident, entre le merveilleux de la matière et le merveilleux de l'esprit, entre le paradis des houris et le paradis mystique des Chrétiens; et quand les 4jinns funèbres passent en sifflant dans les airs, ton vers, comme une onde sonore, associe tous, les degrés du sentiment, depuis le calme le plus

profond jusqu'à la terreur la plus vive, à tous les degrés du son, depuis le souffle le plus léger jusqu'à la plus horrible tempête, par une admirable combinaison d'harmonie que l'art n'avait pas su encore atteindre. Mais quand tu laisses les superstitions du passé, quand tu ne tais plus de la poésie sur l'histoire, quand tu parles en ton nom, tu es comme tous les hommes de ton époque, tu ne sais rien dire sur le berceau ni sur la tombe. Pourquoi fais-tu réveiller ta jeune Espagnole dans son tombeau par un affreux squelette, que tu nommes la Mort, et qui vient convier ce fantôme à la danse des fantômes, en lui passant dans les cheveux ses doigts longs et noueux de squelette? Ainsi, suivant ton caprice, tantôt tu vois les âmes sortir des corps avec des ailes d'or comme les séraphins; tantôt, comme les mânes des anciens, ce sont de tristes fantômes, des ombres du corps attachées comme lui à la terre; et, devant l'ombre silencieuse de ton Napoléon, passent et repassent sans cesse les ombres silencieuses de ses capitaines. Mythologie usée, à laquelle le poète ne croit pas, à laquelle personne ne saurait plus croire; bonne dans les poèmes d'Homère ou dans ceux d'Ossian, ou dans les légendes des moines du Moyen-Age; aujourd'hui froides fictions, vain jeu de l'esprit, sorte de demi-rêve fantastique, qui n'a pas même l'illusion que le sommeil prête à nos rêves!

n Voilà ce qui fait que ta poésie, quand on s'en approche intimement et qu'on la recueille dans son cœur, est sombre et glaciale. Elle n'a pas de ciel et elle ne se lie pas à la terre; la foi, l'espérance et la charité lui manquent, comme à celle de Lamartine. Poète, d'où vient l'Humanité, et où va-t-elle? Voilà ce que tu ne sais pas; voilà ce que croyaient savoir, et ce que savaient en effet sous un voile prophétique, tous les grands artistes du Moyen-Age; voilà ce que savaient ceux qui ont bâti les cathédrales; voilà ce que savaient Dante, Raphaël et Michel- Ange. »

Page 1