CHAPITRE ni
U Frtnee soos h Salnie-AUUiiGe.
Je n'ai pas parlé de la France, dans l'hypothèse que je viens de faire d'une sin)i4e suspension d'armes en 4814. Était-il nécessaire d'en parler?
En France, en i8U, l'esprit de la Révolution, assoupi par hi guerre, devait nécessairement reprendre son cours. Le Dix*Huitième Siècle et la Révolution n'avaient pas été vaincus, mais entravés. La lutte allait donc recommencer comme en 89. Nous aurions, comme en 89, des Royalistes, des Ginxidins, des Républicains.
J'ai démontré dans une autre partie de cet écrit (I) que la Révolution Française est une religion en germe. J'at expliqué ses phases diverses, en montrant comment la nation, ayant renversé rancienne religion, dut nécessairement aspirer à une nouvelle, et comment elle épuisa successivement les systèmes qui avaient vu le jour au Dix-Huitième Siècle. J'ai prouvé que cette Révolution ne se comprenait ellemême que comme une législation religieuse; que les Déclarations des Droits de nos Constitutions sont des symboles de foi, des professions de dogmes; que la Constituante fut un concile, que la Convention fut un concile. J'ai prouvé aussi que le Culte de l'Être Suprême ne fut pas dans la Révolution un accident, une sorte d'efflorescence et de superfluité, mais que cette tentative tient à l'essence même de la Révolution, au point d'être, pour ainsi dire, conmie l'affirmait Robespierre, toute la Révolution. « Il faut, disaient nos pères, élever à la hauteur » d'une religion cet amour sacré de la patrie et cet amour plus sublime
gorge, à recevoir <iu poison en échange de leur \hé. Je lai demande pourquoi elle permet à ces Anglais, au même moment, d'avoir des esclaves, oui des esdaiw dans rinde« Je lui demande aussi si les massacres de la Gircassie» par les Russes, ne de- VBiieiit pas ôtre portés à son saint tribunal. Et nous-mêmes , nos razzias d'Afrique, notre guerre sans principes, ne devrions-nous pas la lui déférer? (ISéS.) (t) Vayez la Première Partie.
» et plus saint de rHumanité sans lequel une résolution n'est qu'un » crime éclalant qui détruit un autre crime. »
Ainsi la Hévcdution Française eut impliciteortent la valeur d'une Religion nouvelle. Cela est incontestable. Quand Brissot, après la fuite de Louis XVI à Varennes, pétitionna pour que la France se constituât en république, Robespierre, alors rédacteur de l'Ami de la ComtUtUiim, lui reprochant son imprudence, demandait, avec inquiétude et comme s'il eût dès lors prévu tant de catastrophes : Qu'est-ce que la Républi" 9ti6? Robespierre se montra en cette occasion, comme toujours, le plus profond penseur de la Révolution. Plus tard, lorsque les destins eurent décidé, il essaya lui-même de répondre à cette question qu'il avait posée; et il institua la religion de J.-J. Rousseau son maître, le culte formulé dans le CotUrat Social, Ce n'était pas une religion ; et la réaction anti*révolutionnaire commença. Mais il n'en est pas moins yraique la Révolution est un monde nouyeau, une religicm nourelle» de même que la Monarchie est le monde du passé, la religion du passé.
Donc rien de changé par la suspension d'armes de 1814, relativement à oeUe dualité en France, la religion du pasié et la religion de l'avenir, les Royalistes et les Républicains. Mais aussitôt, comme en 89, un troisième parti surgirait. Il viendrait une secte sans principes, sans religion, qui se poserait comme intermédiaire. Ces hommes, fixés au présent, repoussant la religion du passé, mais n'ayant pas le pressentiment de celle de l'avenir, s'appelèrent Girondins en 1789. C'était un parti nouveau alors et sans expérience; et précisément parce qu'il se trouvait entre le passé et l'avenir, il participa de ce que ce passé avait de grand, de ce que cet avenir avait de sublime. Tantôt Républicains et tantôt Royalistes, les Girondins furent les premiers à sonner imprudemment le tocsin de la déchéance de la Monarchie; mais un an après, ils s'alliaient à la Vendée, ils s'alliaient à l'Angleterre. On verrait donc renaître aussi ce même parti du milieu, non plus jeune et généreux comme en 89, mais vieux et machiavélique : ce sont les Doctrinaires.
Et qu'est-ce, en effet, que la France depuis trente ans, sinon la lutte incessante de ces trois partis?
La Constitution que l'Invasion et Waterloo nous ont donnée cache la lutte incessante de ces trois partis, mais ne la résout pas.
La Sainte-Alliance, en nous imposant cette Constitution et en la maintenant, n'a donc pas plus résolu le problème quant à la (France que quant à l'Europe, et ne le résoudra jamais.
Dirai-je combien, pour la France aussi, le tableau s'est rembruni depuis 1814? Pourquoi insister sur les maux de la patrie, quand cela est inutile, et quand, à chaque heure, à chaque instant, tous les Français les ont présents à la mémoire?
Depuis trente ans, comme m malade qui se retourne dans son lit de
douleur, la France se retourne successivement vers le monde et sur elle-même. Elle se trouve atteinte des d^x côtés. Elle a un ulcère au coBur, et elle est couverte de blessures. Elle s* agite convulsivement, et se plaint. Alors les despotes étrangers et ses propres despotes prétendent qu'il faut de plus belle lui river ses fers^ de peur que, dans sa fureur, elle ne recommence la lutte.