‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 8 sur 88 · LIVR. TOM. I. F · texte numérisé non relu

LIVR. TOM. I. F

TJI«t» Mf CQtlM.

det WMrtfcgPfl» et rharrttw» télDpKqBée é'uM mibédralo d» Iteyea^ AgB. H i>ègavdei l«C«r8»^ Saiuts-liélèM^ ek y lill#de«tiiiée de NaqjMH Hw; il iNMi ettte dairtHiés dan» k bMibe qui^ pattie d» 1» terre, y iwîlNii afirè» awir tombé le cid^ H 1» teit du» le- Véeuvoy que l'œil déeeiivre Miilîoat^^ M mUtott de touB les si ta derMdie;.et Hrandfii BDreiiUedi'attisto aM yyFnmîdefi et à la coionne où Napoléon lui-mëmey ce grand artiste, a imprimé son sceau. £inon seiiileiiiMisott slyle peind»» lei4e<iiSt maîeson rhytlmie même peindmy parée qp»'M set» toiqeors l'enveloppe de^ se» idée ott de son image, pToil a l'argile qtà daw lee maÎM é^ meoleur ppeod toutes les fornies. Autti rejetter»*t*il avec dédai» la asétopée iii6igaifiattte> et son ilnHfcaae sei^a plei» de rdief et^d'éelat^ Biais» brisaul la lumière quand il le faodffl^ d'Mie setencisel d'n^eperhetioa que le* vulgaire ae comptluivM paou

Voilà, nous le répétons, le rapport fondanental eila^dÎBtÎAetîoD éga* lament feodaiMiitale de Vielof Huga et de Lamaryne» La même mspiradîei» paDtbéislîqtte^ le sentf meni le phis eaalté et le plus profond de kr tie «niwneUe,; lu foi que dans le monde tout est Ué, teut est uni, aeaeidé> qn-un anneau qui s'élwanle- ébranle leehatue, qu'une eerde ip» tibra fait vifever ieutes les eordes de cette barpe iufifiiecpH eet rUnhers; vetlàla grande pensée lyrique dans laquelle ils sont unis, etjfdaedlasi^cpie e'ètoi là tente leur religion -, vdlà aussi* la partie virénie de leuv cmvre^ Toilà ce qu'en déeeuvre toujours sous l'enveloppe de* iMf poésie^ veilàlefandde leut àme sous toutes les formes» transi- «sfMs qu'Uft on* ptf ou qu'ils poutrent revêtir. Et reraarquei que cas doux granès poêles^ miee» pataHàk sens le lapperkde leurs ressee»-^ UanesseonuM sous» celui d0 leurs centrastesvs'barmoniseniadtttinH blemeut, et forment entre eux un pat bât aecuid : ear ils ont tous deiM> 9m plus ban* degréy le Menue sentiment de la vie universelle, et^ d'un aulie! eèèéy leurs génies sodl tellement opposés qu'ils eapriment eetle vie» par les deu& laoes, l'uo de ïmmU^ et l'autre dei la eertW,

Mais non seulement ils sont barmoniques par ^ qfoe^ je rsgalide 4MHnie le fané de leur nature et l'assence même de lemr poésie;, ib s'harmoMiseai encore en ce que jusqu'ici ile ont adopté tous deux l» mtow monde' de sonosnltam le même système social et religieuiy la» : mAme fé^tttOion. En effet,, sauf les difléranees de leur gteieet du point- ^^ue cà ils se plaeenti la tevre est pour tous deux une vallée de* darmes, et la vie de la terre, prise même dans son ensemble etdans la^ enesessinn des génésations,^ une chose transitoire et misérable, tandis qtf à ce* monde véeirépend pour eux je ne sais quel monde mystérieux, qui estle» inonde divine En cela ils sont Fun et l'autre en complet désaeeord» ame eux*mêmes> avec leur concepUon^ de la vie uuiverseUe efc

AX!% AKTISTe» «9

snêntt^ ihoaUieakl» MestérUÉMe^ pmf mlUtUta» bourttM à jimiaW dépMBé jpar l'HnBflMtté^ enNme LMate MrsH t>* ^'MbHer pour te^ fMe^ par IwotfiB enferme raiigléiise, ki S*^ et rAehétM «les peëte^ 9m àwnmSimf. Copcwéttat, eéwwng ite ^rtMaàiteat r qtf et HMïte ee dé»^ acicofd^ leur fappètl hmIimI en d^tîtiit pim ItappMl.

Uns cfesè aas pat là 40'ilaMèfinrt pretbwdémeM de Byrm et (ie tous les poètes que j'appellerais ^olMrtlers Mjftonkm', (pyv, n- ayant pa^ admis ce inonde de convention, ce monde dar paasé^ <toivl tes deox t^rmaaéliliesiinéplilé eiMMmif ailf hiterMr, égMMé et MMhâtff dans Ib eiel^ ne pewent paa se reposer danë Me froide contemplatton dM MNsèreade la terre, Iss étndiar aevlemenl po«r Isa p«ifiire, ou tes téit pMt se féfaf^ dans ane'asvte dtfatrtriaaMa dlfls.

Voyea, en effeti le fésaltal asi la nséiM pMT Ihigo et peiir LaiMr^ 4iB6. L'an,daHiw8aterrearda^Ma«laplÎR'riiFte, cwdMiasa tk» la plus ealaM^ n'atladhe^ paa sm^ rq^nnd s«ir eatte HtliMafMté qu'H nèfrimé L'aotiepaend MiaasaBilép wmme tm ^^«efeefc twHééf Hifltt), aawme vm Hbétlt^fùm Mre brflier la fwee de^ Sim génie, n M peiviH dwr hapdimetit toatea lea aaiaèrttv ^* 1<» cealanrs ae M paraHront j«- OMi» tvapi fsateay Iss ligMas^trof arwitj^ai ie Vart^ de Fart^ tot^jwts de raxtl

Ainsi ils arri? ent tous deux au même vide et au même iféaiyi, péfr dieK ioilla^drMie» : l'awpeir la eaateMVplitMdê IK tie unittérscflle, Faufre par kl aaatempMie» da la ¥le daM saa t^mm psMi^ianèrés r tûH M wpâBi (pw b ti#gé«érais,r riâiiii> rAaéli^ rétëMel, Bte» enfl», ssart yBwMttiiléy al en Diaa» mêaietne œcMW dl^ géflArMim et d^ déstfîié*' tion perpétudia, sana bi* ai sais réiaMM; Fautira fi^iwyMyt que M MM jetés dwa reqpasa abiirteflpa^ Éêm HdiVy mMrtMmKé sana 0ieu, al daÉerikMÉiiilé: aritaïa^daaianM iMéw^ êm pMiimièaea tranat^ toiiea^ «sa géHéaaÉioM saM sMtlsarfM, dëa IM^^ awaawage^ ua» iwimamia sana wiaei aaia raaaawtir

Si donc notre yoix devait être entendue de ces deui grands poètes, mimikmmmkVïïiaf

miéÊ^wBpfMxfÊB M uiiiMy^ dafls luCInAilluiinMy aafc^hcwaiM le aleilftf aitoaaraliekHM qiranniraii Monde. i;ÉsliMré(alls«rla terra M^mn^ pagMMTrtiqaiedaJéaiiaf par Msw et paa FÉgMaa la tSTM éCiM mité mm aiek'Le avfatîeisraa dveMtre «taK s» pince dans l'Égltoe^ comme la paiera drtna lajoilniéadv diùHoar. lalafa'aAee 4Éa lê»niystleismd aaM^ la aMlipts sMk, m plmlM Téahé vaporett dn afoUm, qaand M aMM aainse nTéwla plaat

r'iapaéM,aBr#élavatdapliiaaÉ pliia^kla eonfaoïplatlaiftdelttfti Mbreasel^ n'est paa poor aala davmiie plaa religieuse; Man au <

traire, en devenant plus diYîne, si Ton peut parler ainsi, elle a de plus en plus perdu la foi, l'espérance et la charité. Quittant la terre, et n'ayant qu'un Christianisme incertain, sans dogmes, sans tradition, sans but proyidentiel pour l'Humanité, elle ne jette pas le pont entre l'homme et l'homme, l'Humanité et Dieu; elle ne console pas, et n'excite pas a l'activité; elle ne fait pas couler la vie du petit monde en harmonie avec celle du grand monde : au contraire, elle la refoule dans son cours, et ne l'agite si profondément que pour accumuler ses vagues sur notre cœur, qui s'y noie. »

Et nous dirions à l'autre :

a Pourquoi cette apparence de calme religieux avec une pensée sceptique et incrédule, ce culte idolâtre du passé avec un cœur bouillant d'avenir? J'aime mieux la chrysalide se développant dans le tombeau qu'elle s'est filé elle-même, préparant ses ailes brillantes dans sa vieille peau, çt paraissant cadavre au moment où elle va s'élancer dans les airs, éclatante merveille de sa propre créaticm ; j'aime mieux cela qu'une pensée mélancolique, une pensée de mort et de renaissance, une peu* sée de ruine et de construction nouvelle, qui va se loger dans les vîeur débris du passé, dans les tours des seigneurs du Moyen-Age ou dans les églises gothiques, et qui dit : —-Voilà nies palais, j'ai retrouvé mon héritage; — et qui ment en disant cela, puisqu'elle se lamente en ellemême amèrement, et qu'elle désire autre chose d'un désir brûlant qui la dévore.

» Veux-tu que le peuple aille habiter avec toi dans des tombeaux? se plaira-t-îl à toute cette grandeur contre laquelle ses pères, vassaux révoltés, luttèrent pendant tant de siècles, et qu'ils ont fini par traîner dans la poussière et dans le sang, contre laquelle ses maîtres les phi* losophes ont prononcé un anathème et un arrêt de mort?

» 0 malheur à l'artiste d'être ainsi en dehors de son temps I ou plutôt malheur a l'artiste qui, voyant son époque indécise flotter entre le passé et l'avenir, sans destmée, se déchire ainsi lui-même, et finit par n'avoir pas d'autre religion sociale que le culte de l'art, la religion de l'art I

I» Oui, grand poète, tu sais dire la superstition de l'Arabe, qui croit voir, à travers la vapeur de sable que soulève le simoun, l'ombre de Buonaberdi debout sur le sommet d'une pyramide, ou l'illusion du matelot qui voit planer cette ombre, entourée de nuages, sur le pic de Sainte-Hélène; tu sais chanter la fée et la péri se disputant une jeune ême au milieu du ciel, entre l'orient et l'occident, entre le mervdlleux de la matière et le merveilleux de l'esprit, entre le paradis des houris et le paradis mystique des Chrétiens; et quand les 4jinn8 funèbres passent en sifflant dans les airs, ton vers, comme une onde so-^ nore, associe tous, les degrés du sentiment, depuis le calme le plus

profond jusqu'à la terreur la plus vive, à tons les degrés du son, depuis le souffle le plus léger jusqu'à la plus horrible tempête, par une admirable combinaison d'harmonie que Tart n'avait pas su encore atteindre. Mais quand tu laisses les superstitions du passé, quand tu ne fais plus de la poésie sur l'histoire, quand tu parles en ton nom, tu es comme tous les hommes de ton époque, tu ne sais rien dire sur le berceau ni sur la tombe. Pourquoi fais-tu réveiller ta jeune Espagnole dans son tombeau par un afflreux squelette, que tu nommes la Mort, et qui vient convier ce fant&me à la danse des fantômes, en lui passant dans les cheveux ses dtigts longs et noueux de squelette? Ainsi, suivant ton caprice, tantôt tu vois les âmes sortir des corps avec des ailes d'or comme les séraphins; tantôt, comme les mânes des anciens, ce sont de tristes fantômes, des ombres du corps attachées comme lui à la terre; et, devant l'ombre silencieuse de ton Napoléon, passent et repassent sans cesse les ombres silencieuses de ses capitaines. Mythologie usée, à laquelle te poète ne croit pas, à laquelle personne ne saurait plus croire; bonne dans les poèmes d'Homère ou dans ceux d'Ossian, ou dans les légendes des moines du Moyen-Age; aujourd'hui froides fictions, vain jeu de -l'esprit, sorte de demi-rêve fantastique, qui n'a pas même Fillusion que le sommeil prête à nos rêves!

» Voilà ce qui fait que ta poésie, quand on s'en approche intimement et qu'on la recueille dans son cœur, est sombre et glaciale. Elle n'a pas de ciel et elle ne se lie pas à la terre; la foi, l'espérance et la charité lui manquent, comme à celle de Lamartine. Poète, d'où vient l'Humanité, et où va-t-elle? Voilà ce que tu ne sais pas; voilà ce que croyaient savoir, et ce que savaient en effet sous un voile prophétique, tous les grands artistes du Moyen-Age; voilà ce que savaient ceux qui ont bâti les cathédrales; voHà ce que savaient Dante, Raphaël et Michet Ange. »

€0]iCI<IIBIOM.

Résumons-nous. Puisque tout est doute aujourd'hui dans l'âme de l'homme, les poètes qui expriment ce doute sont les vrais représentants de leur époque; et ceux qui font de l'art uniquement pour faire de Tart sont comme des étrangers qui, venus on ne sait d'où, feraient

m TROIS »iscouas.

entendie^es ÙNtaummAi Miaivai au mVkoià #«■ iievple étomié, m if/é cbantaraiaiit dtw wie l«i0M.iMMPwA dii fiMiénfliM. Lnm ehwU ont tmu 4bnB déliww & «m» imiiliB, It iuBi, te lomi éteMl 4» wop cflMir <rt<ie4oiitedi I» iwitewo. £> ^b'M y a ée wM pomtmm, ^M la pqéée de EyiM, «oéM iimivia «t déidaiile, qoi «oolèfe 4aa aMiM^ou «wÉre asprit iepacd^ ^^^ icomai» ha fcipiw, aaiit, à Tia- «lattt mém^ tapa Âea mala^i eaiMraat ta iiMa 4ii Mân. Caat là te gtap /oaèbaa fw oe «lia loit f«a mMiar touÉia oa^ l^vaxit^dai Ai»]M»aii 4aa Bawaoa» a» idaa ékMêmt 4ii Mayan-Asa, a« des caUiédHto galbîqiOT. ia paèéa ftia jaaaas aaoaw danaaaaéa*- )iié, e'«t ta iK)awaîaMma,tagwwéD<|fe8tada Joatfih Batanne : «maa- (ADt4a«6iiia, quâ^Ani i calla égalilé idanft ob a emomûi tes oaeiiiaa llèi ta bdKMH; NO hamma^ iaaa«t ta commt gfiodttas pasaioM imrgi^Hê» (A ta 4Ato |MiMaiiita$ 4|Mi aêWt4aM une iûoîélééiiiHÎtaUa,ia fl^kàm et tasptatagn4|m toî mmiéi$$p^ vh aa iroHw, lui poèta, 4tm im b(6pitaly MMfé a diMéyier daa oadarrea; faî sa ptoage dans l'a*- «hawgieohscttr de Bichatatée'Catapia, ae dapaèeheaaaeLoeha etCaar diltaf» îeUe un lagard aar tanM «noaaiaaiiasfttrtaatida Ittmté, 4a daivoir et de veiin» ^l aataadHis a» am giia 4ts aaphiitap; boiwMed» peupta, plein da a^aeipaUiia paw ae iwwfta^u'ii vaît irsMé oomaie aip ffFJl trampexu^ idaîa de4êcaAt peur loutae^^ea dia|iiictioDf4e rangs Ion* daes a^r um ah^uadita al aur «oa îoîqnlé; ciwwiiaa* airae aolhaib^ ^Mpoia ta vaito paur riMMrer, et oe saohsiiti qael a ta/oisiaviblàaia da taaaalkWKe da Tartista ai deMltada peii^te;«|i Citait par prendra a» aMépm ta aMiideatl'MiMBiaittié, navoitdiiia Vwûfcrs qu'uo4astiD aaaagla^at, letavaBl as êèta hars du kHobeav au M a44c|à 4MNM31M, aA««» tarkié par taaaaftaoce, Ui^ 4ide, «xbata aas dwataas iaanaiito ea sasglala afamflta, en ptaiataa arides, en ironie amère, entremêlés de chants sublimes et d'elSoi4sqKl touchent à la folie.

Byron dans tous ses ouvrages et dans toute sa vie, Gœthe dans Wèr^ ther et FmM, Schiller dans les drames de sa jeunesse, Chateaubriand dans René, Benjamin-Constant dans Adolphe, Sénancourt dans Ober-^ mann, Sainte-Beuve dans le livre que nous venons de caractériser, une innombrable foule d'écrivains anglais et allemands, et toute cette littérature de verve délirante, d'audadeuse empiété et d'aflk^ux désespoir qui remplit aujourd'hui nos romans, nos drames et tous nos livres, voilà réoole ou plutôt ta tamille de poètes que nous appelons Byro* mmifu : poésie lasptaée parte seiiltaEieBt vif ^ profond de la nMité acioaHe, c'esirè-difa de l'était d'anareMa, dadaute et4a désordre oà reaprit kamialtai est tt^ounThut pteagé par «iMe da te dastrualten de raadan «dre aadal <* fialigtoaa <raadaa dhédagiquotodil) ^Aéeia

AV% AATI6TE«. «7

nowraMe. 9t«oiMmiiM646 voir oMNnettt, m&oedecelteéedeyélle diveete 4e la Philwopliie eu Ux^ArilièiDe tièwley «l wiMie «e |daMr UMaotraiRniille poàttywi, 4mI LttBMM4iiieetAigo«0Bt lesfpf^iitants et les cheb en France; école qui, au fond, est aussi soeptique, aussi incrédule, aussi dépourvue de religion que l'école Byronienne, mais qui, adoptant le monde du passé, ciel, terre et enfer, comme un datum, une convention, un axiome poétique, a pu paraître aussi religieuse que la poésie de Byron paraissait impie, s'est faite ange par opposition à l'autre qu'elle a traitée de démon, et cependant a fait route de conserve avec elle pendant plus de quinze ans, à tel point que l'on a vu lë& mêmes poètes passer alternativement de l'une à l'autre, sans même se rendre compte de leurs variations; tantôt incrédules et satarniques comme Byron, tantôt Chrétiens résignés comme l'auteur de ï/miiaiian.

Ces deux poésies, qui se sont montrées simultanément en France, en Angleterre, en Allemagne, rentrent tout-à-fait dans le principe que nous avons émis sur èa tim>d« idéml^fftmtnt A fari; car toutes deux sont l'expression de l'époque, toutes deux ont été engendrées par la réalité actuelle, par la nature du temps où nous vivons. Seulement l'une, la poésie que nous appelons Byranienne, sort des entrailles mêmes de la société actuelle, si je puis m'exprimer ainsi; elle découle naturellement de la Philosophie du Dix-Huitième Siècle et de la Révolution Française; elle est le produit le plus vivant d'une ère de crise et de renouvellement, où tout a dû être mis en doute, parce que, sur les ruines du passé, rHumaniié va commencer l'édiflcation d'un monde nouveau ; tandis que l'autre, bien que progressive en ce qu'elle révèle le même besoin par son retour au Christianisme, est pour ainsi dire l'inspiration du passé voulant vivra dans le présent, le résultat d'une reprise momentanée de l'ancien ordre social et religieux dont l'Humanité, inquiète et reculant d'eifroi devant l'enfantement de ses destinées nouvelles, s'est donné à elle-même une représentation avant de le délaisser à jamais : ainsi les Juifo dans le désert, marchant vers la terre promise, recommencèrent un jour à adorer les dieux d'Egypte*

La distinction de ces deux poésies est aussi importante que facile à faire; et avec elle on se rend compte de toutes les oppositions, de tous les contrastes que présente la littérature actuelle.

L*une répond à l'état vrai de l'Humanité de notre temps; c'est le fond noir et profond du cœur humain dans notre époque. L'autre est comme un nuage fantastique voltigeant sur cet abtme : quand on le considère d'un pic élevé de montagne qui le domine, on aperçoit, à travers sa légèreté transparente, l'abhne obscur par-dessous; et ce nuage mên^e,

a^ec ses formes chimériques et ses teintes lumineuses qui décomposent tous les rayons du ciel, c'est encore Vablme qui, chauffé par le soleil, lui a donné naissance, et s'en couvre comme d'un Toile diaphane, jusqu'à ce que le voile retombe en pluie froide dans le sein qui l'a produit.

rm DU DisGOoas aux àxmtu.

Le Imdf de ce BItooan parut en ItSS dans 1â hetme Enqfdopédique, cahier d'août

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wm LA roLiTHiuB «•ciiiUB rr kbummim «h «awviBMr

Nous a\iaP8 dit (i] :

« La J&évolvition Française n'a pas seulement été yne révolution po~ Jlitique; ejle a été aussj um révolMtipn dans Tordre moral; elle oe peut se terminer que par une réorganisation morale. Hommes de la liberté, quand vous aurez Jt4ej;i combattu ^ur des ruines, ce nten seront pas moins des j-uines... Ia société çst en poussière; et il en sera ainsi tant qu'une fpi commu.ne n'éclairera pas Jes intelli^^ences et ne remplira pas les cœurs. ]>

A peine avioos-iipiis émisidotre pensée, que voilà les politiques qui s'écrient :

« Qu'avex-vùu$ bt^n ifi iqulever des questions relijgieuses? Ce n'est pas là qu'est la plaie du sidcle (2)^ Q>u'$t à faire 1^ religion avec les choses d'ici-bas? Il y a vne Joi mocal^ qui .suffit aui: honnêtes gens. Cen est {ait à jamais des idées tbéologiques si longisayps débattues par l'Humanité; elles peuvent rest^r éteTnellqiDe.nt dans le sjlence : qu'elles ne sortent plus du domaine de l'histoire. »

Arbitres de la presse, fwmifMiw,qim.mm ions jiiit«rroa9pi0BSi iwlre

(I) Voyei le Dùecmrs aux Phihtophfis^ (9) Le Natùmai, munéro du 81 JuîUet 1S88.

tour. Vous décidez trop vite les questions. Savez-vous ce qu'ont écrit sur ce point les plus grands esprits de notre temps?

Je ne vous citerai pas Saint-Simoh, qui, par ses Toes sur la philosophie de l'histoire et sur la politique, a droit assurément à Tattention de tous; vous me diriez, d*après la réputation qu'on lui a faite, que c'est un rêveur, lui ce penseur si positif, cet adepte de la science* cet inspiré du Dix-Huitième Siècle et de la Révolution; vous repousseriez les prévisions du disciple de Gondorcet, faute, dis-je, de vouloir le connaître. Mais combien d'autres, à qui, du moins, vous ne dénierez pas le génie!

!K 11 faut nous tenir prêts, dit Di MAisni, pour un événement im- » mense dans Tordre divin ^ vers lequel nous marchons avec une vî- » tesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus » de religion sur la terre; le Genre Humain ne peut rester dans cet » état... Hais attendez que Tafflnite naturelle de la religion et de la » science les réunisse dans la tête d*un seul homme de génie; Tappa- » rition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être même » existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux, et mettra fin au Dix-Huitième » Siècle, qui dure toujours; car les siècles intellectuels ne se règlent » pas sur le calendrier, comme les siècles proprement dits (1). »

Dans ses Caniidéraiûms $ur la France, De Maistre avait déjà exprimé cette pensée prophétique de la manière suivante : a Lorsque je consî- » dère l'affaiblissement général des principes moraux, la divergence » des opinions, Tébranlement des souverainetés qui manquent de base, » Timmensite de nos besoins et l'inanite de nos moyens, il me semble » que tout vrai philosophe doit opter entre ces deux hypothèses, oo s qu'il va se former une nouvelle religion, ou que le Christianisme sera » rajeuni de quelque manière extraordinaire (2). »

— « Peut-être sommes^nous, dit madame db Stabl, a la vdlle d'un » développement du Christianisme qui rassemblera dans un même s foyer tous les rayons épars, et qui nous fera trouver dans la religion » plus que la morale, plus que le bonheur, plus que la philosophte, » plus que |e sentiment même, puisque chacun de ces biens sera mul- » tiplié par sa réunton avec les autres (3). »

— «Tout est changé autour de nous, dit M. du Launnais; lois, in- » stitutions, mœurs, opinions, rien ne ressemble à ce que virent nos » pères. Les idées ont pris et continuent de prendre des directions noa- » velles. Le zèle le plus vif ne servirait à rien, sans la connaissance de » la sociéte au milieu de laquelle il doit s'exercer (4). »

(1) Soir^ de Saint^Péterêbourg, oniième Enlretien, (S) Considérations sur la France, page 66. (S) De VAiiemagne^ quatrième Partie, diap. I. (4) Progrès de ta Bévolutian.

— « Nous sommes armés à une époque palingénésique, dit M. Bal- » LANCHBy et la ville des expiations est un tableau par lequel j'ai voulu » signaler les principales tendances de cette époque. . . J'ai voulu peindre X» le malaise général qui saisit les peuples dans ces jours dont la mé- » moire est ensuite consacrée par des solennités publiques, dans ces » jours de fin et de rénovation où les anciennes crojances sociales s'é- » teignent pour être remplacées par de nouvelles croyances, où une 0 partie des hommes vit encore dans le passé pendant que l'autre » s'avance vers l'avenir (i). »

M. DE CBATEADBftiAND s'cxprimo aiusi dans la préface de ses Étadeê Historiques : « La société, en avançant, accomplit certaines transfert • mations générales, et nous sommes arrivés à l'un de ces grands cbano gements de l'espèce humaine... Du servage on a passé au salaire; et 9 le salaire se modifiera encore, parce qu'il n'est pas une entière li-* » berté (2). d

— a Nous sommés a une des plus fortes époques que le Genre Hu-» » main ait a franchir pour avancer vers le but de sa destinée divine, 0 dit M. DE Lamartine, à une époque de rénovation et de transforma* o tion sociale pareille peut-être à l'époque évangélique.«. Nous allons » à une des plus sublimes haltes de l'Humanité, à une organisation » progressive et complète de l'ordre social, sur le principe de liberté » d'action et d'égalité de droit... Tout est débris, tout est vide devant » nous; le sol est nivelé comme pour une grande reconstruction sociale » préparée par le divin architecte (3). d

Mais vous me direz peut-être que ce sont des voix individuelles qui ont proclamé ces idées, ou bien encore que ce sont des Chrétiens, des Catholiques, ou enfin que ce sont des littérateurs, des artistes; vous voulez des sufiPrages d'hommes positifs, comme on dit aujourd'hui; vous reconnaissez avant tout l'autorité des têtes politiques. Écoutez donc une assemblée d'hommes dont vous ne nierez pas le caractère politique; écoutez le dernier concile du Dix-Huitième Siècle, le pre-^ mier de l'ère nouvelle; écoutez la voix du Genre Humain, écoutez la Convention...

J'allais vous citer la Convention, Robespierre, Saint-Just; je me ravise. Je garde ces autorités pour vous en accabler plus loin. Je prends l'engagement de vous montrer plus loin que la Révolution tout entière est une religion en germe, et que la Convention a non seulement re** connu la nécessité d'une religion, mais a voulu fonder une religion.

(1) Palingénén'e sociale, |Mge 191.

(9) Pages lil et 135, OEuTres complètes.

(3) Sur la Polittque ratwnneile, pages 19, 91 et 41.

M rsum tMCêiiUSi

0 Aux gnodcâ éjpoqM» de téMvaUMi^ lorsqu'un ordre social tombe et qu'un nouveau monde va naître, le génie du. mal semble se dédiataer sur la tenre. Ce^t que tout les éléments de la pensée humaÎM, ayMI eessé d'être dsordennés, luttent confusément comme dans b ehaoe. B y a alors une crise dodoukur et d'enfimtement, de misère Morsivet physiqise eieessivey de pleurs et de grincements de dents. G'esk hi disostsiliear qtti précède la vie nouYelle,c'est l'agonie, la mort ; mais c'est aussi l'indice certain de la renaissance. Ce<iue l'Humaniié «Msndy eési fiMtiatîe» à une mmvelle vie, c'est le programme de sa UÊÊmlbe mmffelk^ c'est le signal de son départ pour un nouveau ciel et- «ne novveHs terre. Quand les hommes commencent à douter de ce qtfil»oaie#u» cpiattd ils* détruisent ce qu>'Us avaient élevé, ce travail flmpféK^ pMIosephie. iklors ceux qui ne pensent pas comme les autres tf appeflent les sagesy les ptnlosophe&r Mais q^iaud l'Humanité, après âmift }àÊÊ cherché avec les philosoplie»^ a trouvé la solution du prohftme jfA yeceupait, etle se réunit, s'accorde dans cette solution^ et alors la philosophie s'appelle une religion. Les philosopbies détruisent is9 rriifioos inoemptètts* adoptées par l'Humanité, et celle œuvre impoMante pwpare le» religions (|tti doivent leur succéder et les en- «swiir^ »

El ao«ssf¥iofii cherehé (S), dans la mesure de nos forces, les bases ée la déctrine qiaî doit terminer le chaos moral où s'agite le monde mi^mifhnk VU» nous ^'avions pu k taire sananous expliquer nette^ KMHt Ait les* idées et les sohitions générales du Christianisme. Cette nardie a été fMml|née> et, dans un journal dont l'approbation nous est chère, un grand écrivain nous a reproché YhosiiliU au Ch-Utia^

MM n^aceeptew pat ce reproche, tel qu'il nous a été fait Si nous lé iMévittoosy ce serait une erreur grave que nous aurions commise. NeM regardons le Christiaoîsme comme la dernière forme dans laquelle notre Occident a vécu spirituellement, moralement, socialement; et véritablement avoir de l'hostilité contre le passé de l'Europe tout entière, ne pas chercher à comprendre, ne pst admiter par ses

(1) Voyes le Discours aux Philosophes,

(S) Dans plusieurs articles de U Berne Encyoiopédique, tSSt, IS3S.

(S) M. Sainte-Beuve, dans le Sationai, numéro do ti Juillet ISSS.

tmicêÊûpmmàte to ite, §m fi'il 8'al|g[lB6e^dtSr M mfltfé, âé r^rf, otr A?

<|in^y suivant ûffiÊf, i6tts Mniè' dif pàÊêê est Mé^iMeêittWiheHf fef Méè ; nwm niom dme que te GbiMimi^fvié âM f^hferiM^ de MMACIf^; é(, ëlt M flODS) DOW Éioivs W dbrtsliaflf siM cMM^ tfoMi!^ Moifs^ lét fhé6M6éf générales ssieMiftqpie» dtf pmséf emnim notis' flÉ>ti6 Itt fNHîB^tfef du passé, comme nous nions le régime des républiques f ArMfolef otf de la>monarehi9db hmÛB Xl¥ ^ Mat^ Mq9 l/ur^nÉ pcusf fcMr eelaf dlMMtlité contre lui. La Philosophie du Dix-Huitièftte Sièeté^ attftt de FM^sfl^ Ittéconllpe le Gbri^stiaMiBine; dis fie^se ebargéaK p^Ae feitpIiqMr, dtetenhitlui Mer la pnklMftleef et Tempfi^é. hBLnilkmç»6^dutWi^ Neunème Sîëcle ceipli^nf M ChriMtanisfne, el le fétialiâlfeifr dârns- ThM^e. Haisi te Clir»U«riwmn*sllim'beraf fM la PMlDâôpAfte. SalYsM D^uo, te reKgioff d^ Ta^enir ne; sep« pm te* GIttIsfiMiiSfnev Ce SéMtf deM choses dUKrente»^ q«ok|uér se ^nccâédanl f meà Faotré. n y afii^, entrée les demc, sncceisfioii, hévRage, retelten dti pèr^ atf flto, ni ton veut, mais non pas identité : le flis tient du père, il a été en péArtlte*éfJ->> gendfé par lu», maie il n'est pas lui. Le secret de te générartietf ^s grande» synthè^ générâtes, sons te ranpoi>t de FiâflmeAee hét^dl^ taire, esi un mysHàife presipe aussi ginifd qàt fSdMi àef te* génér^rtten de tous les êtres.

Si dôtioo» entend, par kMiHHé au Chrkiùmkmé, q<fe Èôvtfi cNs^s à la néeesriké 4?wàe nouvette synthèse cte tente l#deniiaissl»ncehufnBf!né, nous aeeeptem pteteftineni te resporiMMIKé êf& «Mte' opMoti'; car c*e»t notre peneée> Mire pensée: teniTatÈfeiitate, eélte ^ctf ém^bi^a!^ t\M\e tonenestravami.

Naoe cmyene k te nécesisfté ^uM mefvell^ siynthè^ géwifate 4e h cénnatesawee telimiiie^ noiMeWyeMs cflfe^cTést lefMfaS} qfte te Sioetéfé accomplit'aujeimyiMi par te pK^M^e^, par te ^leiëfft^e, et pàt YtttX, sans en avoir encore clairement conscience; que c'est là le but caché de toutes les douleurs de notre époque, et que ce sera le remède à toutes ces douleurs; et en même temps nous ne croyons pas à la restauration possible de Fancienne synthèse, aujourd'hui ruinée, qui fut le Christianisme. Nous voyons bien que des hommes d'un grand génie ont entrepris' eetto^ restfttfTaiiM; tfftfe ûéM iN^M éâlpli^tfclâs tef résMtsft pfo^ videnliel de leurs efforts tout autrement qu'ils ne le éMi^ottéÈft.

Perstadés^ dettes q«e 1» reiigiott de Fatsirir m ëeta pae te s^nlhète chrélienne, maievoesyAlhèse «MVeHe, nùm créons que te r^speet supersiiteaK qni^s'atteellie imoore à la religie» àé p9&sê e!ft mt éêR pNis grands ebstâetes^aux progrès de tous genres que la société « k Mt^.

Nous venons de le dire, et nous en scrnimes protcndément convaincus, tous les maux de notre époque s*apaiseront quand une direction générale aura été imprimée i toute la connaissance humaine. Mais si une direction générale ne lui est pas donnée, ou si des directions gêné-* raies divergentes lui sont laissées (à cause du besoin nécessaire à Tesprit humain d'en avoir une bien ou mal fondée), si la négation et TalBrmation sur toute chose demeurent en présence, et si en même temps, et par une conséquence nécessaire, la connaissance humaine r^te brisée en mille fragments, comrtient voulez-vous qu'il n'y ait pas anarchie et douleur?

Anarchie de la sodété, anarchie de chaque homme dans le fond de son cœur, voilà notre époque.

Le progrès que la société doit accomplir aujourd'hui n'est donc pas de faire telle ou telle découverte partielle dans la science, de produire telle ou telle œuvre d'art qui nous distraie un instant, d'amener en politique tel ou tel événement d'une importance secondaire. Toutes ces choses partielles sont bonnes en tant qu'elles s'acheminent vers le but général; mais le but de la politique, de la science, et de l'art, c'est de proclamer des vérités liées qui mettent de l'harmonie dans l'âme humaine.

Cette harmonie dans l'homme, et par conséquent dans la société, résultera d'une histoire de la Nature et d'une histoire de l'Humanité (voilà la science), d'une politique, et d'un art, qui tous concourront et convergeront aux mêmes solutions morales.

Et qu'on ne dise pas que ce sont là des utopies et des rêves. Il ne se fait rien aiyourd'hui qui ne tende directement ou indirectement à ce but. Les travaux en apparence les plus fragmentaires apportent leur tribut à cette grande synthèse, œuvre imposée et réservée au Dix- Neuvième Siècle, aussi évidemment qu'il est évident que l'œuvre du Dix-Huitième Siècle, dont beaucoup de travaux aussi durent paraître isolés et fragmentaires à ceux qui les considéraient ou les exécutaient, fut de détruire de fond en comble la synthèse chrétienne.

Voici donc les deux critiques ou les deux objections qui nous sont faites tour-à-tour :

al'' Pourquoi s'occuper de religion ? ce n'est pas là qu'est la plaie du D siècle. Il parait improbable que la société ait un avenir religieux.

» St^ Quand même il serait démontré que la société a un avenir reli- » gieux, que savez-vous si le Christianisme, en se transformant, en

o s'expUquant, eu se régénérant, ne sera pas le centre de formation de » la religion de Favenir (1)? »

Hais d Vu vient cet intérêt si tendre pour la vieille religion, de la part d'écrivains qui se font gloire d'ailleurs du titre de libres penseurs? Pourquoi aussi cette espèce de scellé mis sur les idées? Pourquoi ce refus de passeport à la Philosophie?

Il faudrait pourtant s'entendre. Si l'Humanité n'a pas d'avenir reli* gieux, votre soin pour préserver le Christianisme de tout jugement définitif est superflu. Car, puisque l'Humanité ne sera plus religieuse, on ne saurait trop tôt en finir avec les superstitions du passé.

Et si, au contraire, comme vous le supposez ensuite» le Christianisme doit être le centre de formation de la religion de l'avenir, c'est donc que l'Humanité marche vers un avenir religieux; et, en ce cas, il faut hâter cette transformation , cette explication , cette r^énération du Christianisme.

En outre, dans cette seconde hypothèse, il est trop clair que, l'Humanité devant aboutir sTune religion , l'absence de cette religion est aujourd'hui la plaie du siècle.

Ah! ce langage, dans votre bouche, n'est pas la vérité. Tout ce que vous dites là est trop contradictoire pour être le fond de votre pensée. La vérité, c'est que vous, politiques attachés aux choses du moment, aux incidents du jour, vous êtes portés à faire consister uniquement la politique dans ces incidents, qu'il vous convient par conséquent que rien ne soit trop profondément agité dans l'âme humaine; et c'est à ce titre que vous prenez sous votre protection le reste de Christianisme fictif que nous avons encore.

n nous prend envie aujourd'hui de répondre à vos critiques sur votre terrain même, en démontrant qu'il est impossible de traiter un peu profondément de la politique sans toucher aux questions religieuses, sans aborder la synthèse nouvelle (3).

Au nom de la politique on nous arrête dès les premiers pas, on nous barre le passage, on nous interdit d'entrer dans le cercle où nous voulions pénétrer; on ne veut pas même discuter avec nous; on croit avoir tout dit lorsqu'on nous a crié : Prenez garde de nuire en étendant trop les questions, en introduisant de nouveaux problèmes, en dérangeant

(1) Le National, numéro du 91 juillet 1839.

(9) Aucun mot n*e8t plus prodigué av^o^u^'^ui que ce mot de synthèse. Beaucoup l'emploient qui nous paraissent n'en pas comprendre clairement la valeur. On s*en sert aussi dans des acceptions fort diverses. Gela prouve que les esprits sont poussés, même à leur insu, par le besoin de Funité, vers Tidée que ce mot représente.

Synthèse, société, religion, encyclopédisation de la connaissance humaine, sont pour nous des expressions presque identiques. A quelle condition y a-l-il une société, une religion, une synthèse, une encyclopédie? C'est ce que nous avons entrepris d'expliquer, 3* im. TOM. I. F* 8.

les calculs de notre politique, en gânanf ses opératiomr, ses mouisements^ ses manœuvres.

A notre tour, donc, nous adressant aux politiques, nous leur demanderons compte de leur science, et, au nom m£me de là politique, nous leur dirons : Prenez garde de rendre la politique, non seulement faible et débile, mais impuissante et stérile, en fïsolant de tout ce qui pourrait réclairer et la diriger dans son œuvre. Tous nous accusez de trop étendre les questions, n s'agit de savoir si c'est nous qui les étendons trop, ou si c'est vous qui les restreignez i fort. Vous prétendez que la religion est en dehors de la question ; nous, à l'inverse de vous, nous sentons la religion sous toutes les quesGons de la politique.

AUX POLIÏIQUËS. 99

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