‹ Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850) (volume 3)Chapitre 9 sur 88 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DES PRINCtPBS, OU Dt LÉGIStATECll.

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SEGTÏON 1.

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^ La soeièlé modenie- n'attend pas on Messie.

Commençons par déclarer que ilous repoussons, cofhme une erreur, cette opinion qmi a surgi toût-à-coup dans Técole Saint-Simonienne, et qui a pris quelque faveur Même en dehors d*^elYe, auprès d'un certain nombre d'esprits, que la société nf^odérUe attend un Messie.

ir est bien vrai que l'esprit butnaln est aujourd'hui dans une grande crise d'enfanlement, et que la société est en dissolutioû poui" renaître. On a donc dû naturellement ràpprochejr l'état actuel de la société des phases antérieures de fin et de renouyellement. Mais on en a conclu à tort que les choses se passeraient absolument comme elles se sont passées ou comme on imagine qu'elles se sont passées aux époques analogues. C'est ne pas comprendrai» fend même de cette question de rénovation humaine; c'est s'arrêter à la surface. Il est bon d'apercevoir les similitudes cfui peuvent se troutei^ eiitrls deuï époques de l'histoire; mais il est nécessah*e aussi de voir les dMIérënces qui les séparent, et de ne jamais perdre de vue la loi de progrès d'une époque à une autre.

Compter sur l'apparition d'un Prophète qui, par la force de son gériie et l'acclamation des peuples, organiserait la société en son propre nom.

iOO TROIS DISCOURS.

nous semble une illusion lout-à-fait semblable à la folie de ceux qui comptent sur un Bourbon ou sur un Bonaparte, sur un des nombreux Louis XVII ou sur le/iiic de Bordeaux, sur le prince Louis ou sur tout autre prétendant, pour sauyer la France et TEurope. Cestlà, il faut en convenir, la folie du Tulgaire ; c'est ainsi que le vulgaire a toujours cru, avec le présent, lire dans Tavenir.

A leur tour, les gens d'esprit, les hommes instruits dans Thistoire, sont portés à se bercer d'une autre illusion , bien différente d'aspect, mats très semblable au fond. Au lieu de prendre leur Messie parmi les familles actuellement en possession de ce que l'on appelle puissance, richesse, renom, noblesse, influence, ils l'imaginent sortant par miracle de la société. Ils Finvestissent de génie au lieu de noblesse, de sainteté au lieu de richesse. Mais c'est toujours un homme, un législateur homme, qu'ils ont en vue, devant lequel ils se prosternent, auquel ils sacrifient. Cest un Moïse, un Lycurgue, un Mahomet, qu'ils rêvent.

Les Hébreux, courbés sous le joug des Pharaons, bâtissaient les pyramides : Moïse les fait sortir d'Egypte, et leur donne un code.

Les Lacédémoniens vivaient dans la discorde : Lycurgue vient, en persuade quelques-uns, contraint les autres, et leur impose à tous des lois.

Les Arabes étaient divisés au désert : Mahomet leur fait honte de l'idolâtrie, leur enseigne l'unité de Dieu, les rassemble, au nom de celte unité même, en un corps de peuple, et fonde l'empire du Coran.

Voilà des exemples historiques décevants pour les gens instruits dont nous parlons, et qui ont fait croire à plusieurs que le drame actuel de la société finirait par quelque miracle semblable : Deus ex machina. Mais ils ne s'aperçoivent pas que, malgré l'apparence poétique de leurs ■conceptions, ces conceptions ressemblent fort à celles du vulgaire, qui, parce que les Bourbons ont autrefois occupé le trône en France pendant plusieurs siècles, ou parce que Napoléon, à la suite d'une révolution, a régné quinze ans, comptent qu'il va sortir de la race des Bourbons ou de celle de Napoléon quelque grand prince qui rendra le peuple heureux et donnera le salut à la France.

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