CHAPITRE XllI
NalUlé abtoloe d« ions les TliéologieDs Catholiqoe» modernes sur ce point
Si les aigles n'ont point vu clair, que sera-ce de tant de Théologiens qui assurément ne sont point des aigles !
J'ai eu la curiosité de chercher ce que pensaient sur la Trinité le gros des Théologiens Catholiques. J'ai trouvé qu'ils ne pensaient rien.
J'ouvre le Dictionnaire philosophique de la Religion, où ton établit tous Us points attagiiés par les incrédules, et où l'on répond à toutes leurs objections (i), et je lis à l'article Trinité :
« La Trinité est, de tous les mystères, le plus profond et le plus x> élevé au-dessus de rintelligence humaine, et il est en même temps la » boue et le fondement nécessaire de tout ce que la religion nous an- » nonce de plus grand, de plus intéressant et de plus divin, b
Ainsi la Trinité est la base nécessaire, et Ton ne peut y atteindre! Continuons :
« Comme on ne saurait flxer ses regards sur. le soleil sans être D ébloui et comme aveuglé par l'intensité de sa lumière, et que plus B on s'opiniâtrerait à le vouloir flxer, plus nos faibles organes en se- » raient affectés et altérés; de même on ne peut pas porter les re- » gards de la raison humaine sur l'incompréhensible Trinité sans que » cette faible raison en soit éblouie^ ébranlée et comme aveuglée; et » plus elle s'opiniâtrerait à la contempler, plus elle s'exposerait à être 9 accablée par l'éclat infini qui rejaillit de ce mystère, d
Après celte déclaration, il semble que le Jésuite auteur de ce livre aurait dû se taire; mais il n'a pas craint de s'exposer à être accablé par l'éclat infini qui rejaillit de ce mystère, et voici comment il l'explique :
« Dieu étant un être éternel, infiniment simple, infiniment fécond, » il connaît toutes ses infinies perfections; et cette connaissance est B dans la substance divine, et n'est point distinguée de la substance • divine, parce que cette substance est infiniment simple.
x> Dieu étant infiniment parfait, et se connaissant parfaitement lut- B même, il s'aime infiniment et nécessairement; et cet amour est » dans la substance divine, et ne peut point être distingué de la sub-
(1)Par Pabbé NoDDOUe.
stance divine, parce qu'il ne peut rien y avoir dans cette substance » qui soit opposé à son infinie simplicité.
Cependant nous concevons que la connaissance n'est pas le prin- » cipe; que Tamour n'est pas la connaissance; et que le principe, la » connaissance et l'amour , c'est nécessairement et substantiellement B Dieu lui-même, toujours Un, toujours unique, toujours infiniment X» simple. Ce que nous concevons ainsi du Principe, de la Connaissance I» et de l'Amour, la Foi nous dit que ce sont de véritables personnes B dans Dieu. Le Principe, c'est le Père ; la Connaissance, qui est sub- » stantiellement et éternellement dans le Père, c'est le Fils; l'Amour, B qui est substantiellement et éternellement dans le Père et le Fils, • c'est le Saint-Esprit. Voilà donc, dans Dieu, unité et trinité, unité i> de substance ou de nature, trinité de personnes.
» Manière d'être que la raison adore, parce que c'est celle de l'Être » infini ; que la raison ne peut pas eomprendre, parce que cette raison x> est bornée et finie ; où elle ne voit rien qui répugne, parce qu'elle n# x> peut pas avoir des idées assez claires et assez distinctes pour pouvoir » affirmer ou nier; et qu'elle ne croit que sur l'autorité de la Révélation.
» Manière d'être, mystère aussi supérieur à notre intelligence que n l'infini l'est à ce qui est borné et fini; mystère qui met la Divinité » dans un ordre unique et sans aucune analogie à ce que nous voyons » dans les créatures y et par conséquent infiniment au-dessus de toutes fi les créatures ; mystère d'où découlent tous les autres mystères qui » font la base, l'économie et le fond de toute la religion. »
Dans cette exposition, que trouvons-nous, sinon ce que nous avons trouvé tout à l'heure dans Bossuet?
Dieu est une substance qui se connaît et qui s'aime; il est donc principe, connaissance et amour. Or, les oracles de la Foi nous enseignent qu'en lui le Principe, la Connaissance et l'Amour sont trois personnes, trois personnes distinctes, et qui cependant n'en font qu'une. Voilà ce que dit l'auteur que nous citons, et voilà ce que disait Bossuet. C'est donc toujours là même explication , qui nous a si peu satisfaits tout à l'heure. ^
Il est vrai que Bossuet dit la Puissance, au lieu de dire la Principe; mais par Puissance, il entend, nous l'avons vu , la même chose que l'auteur du Dictionnaire de la Religion entend par Principe!
C'était bien la peine de nous tant parler de Vincompréhensibilité de la Trinité, et de l'effiuve lumineuse qui nous aveuglerait, si nous osions contempler ce soleil, pour nous en présenter ensuite une notion qu'on peut résumer en ces termes : « Dieu est une substance qui se connaît » et qui s'aime. »
On le voit , les théologiens du dix-huitième siècle , ne comprenant
DE LA DOCTRINE DE LA PERFECTIBILITÉ* i»
plus rien a ce mystère, amalgamaient sur ce point Fé&elon et Bossuet, et n'es voyaient pas plus clair.
Il 7 a plus, ils répétaient Bossuet sans Tenteadre! Eo effet, nous avons vu qne Bossuet , cherchant dans la psychologie riutelligence de la Trinilé, compare la nature divine à notre propre natiire : <i L'image B de la Trinité reluit magnifiquement dans la créature raisonnable : » semblable au Père, elle a Yéire; semblable au Fils, elle a Yxi^Mp- » genee; semblable au Saint-Esprit, elle a rameur. » Hais Tauteur du Dictionnaire nous dit que ce mystère met « la Divinité dans un ordre unique et ams aucune anahgie à ce qi^ nous voyons dans les créa*i> ture^ o
Pour prouver l'ignorance des théologiens et leur vide absolu sur ce fameux mystère , me reprochera-Voo d'avoir été chercher Nonnotte , que Voltaire a accablé de ses plaisanteries? Je répondrais que je vien» de prouver que Nonnotle en sait dlbtant sur la Trinité que Bossuet, et Bossuet autant que Nonnotte. J'ajouterais qu'il est de notoriété qu'au temps de Nonnotte le Clergé tout entier vivait de ce mystère, et en riait en secret, quand il n'en riait pas tout haut. Prenez tout autre théologien du dix-huitième siècle, vous ne trouvères rien sur la Trinité de plus important ou de plus raisonnable que ce que je viens de citer.
Concluons donc qu'avec les théologiens modernes la Religion n'a pas de base.
CHAPITHE XIV.
Fin de #e 4ii n sntnv.
Nous oserons prendre la défense du Christianisme contre les apologistes mêmes du Christianisme. Non, dirons-nous encore une fois, les mystères du Christianisme ne furent point un obscur grimoire ayant pour but le sacrifice de ï esprit, a Tout est caché, dites-vous^ tout est inconnu^ tout est mystérieux dans l'Univers, o Eh I sans doute; mais c'est précisément pour nous éclairer dans ces ténèbres que les reli-> gions ont élevé des phares au-dessus de nos têtes. Concevoir que l'Humanité, parce qu'elle était dans les ténèbres, n'a rien trouvé de mieux à faire que d'augmenter et de centupler ces ténèbres, ou que Dieu bon a pris ce soin pour elle, et à toutes les énigmes de la création a ajouté des énigmes plus inconcevables encore, c'est, nous n'hésitons paaà le dire, c'est une impiété.
Us sont au moins dans le sentier de la vérité, ceux qiui, commq Bossuet et H. de Lamennais, cherchent dans l'ontologie le sens de cas mystères. Oui, ces mystères avaient un sens. Oui, le Christianisme fui. dans son essence une conception ontologique. Hais vous aiyourd'hui, 16* LiYR. 10X. u. r* 10.
après dix-huit cents ans de ChristiaQisme, après douze siècles de constnietioDs entées sur la conception primitive, et six siècles de décadence, TOUS ne pouvez plus retrouver cette conception de la Vie qui fait l'essence du Christianisme. Car, profondément cachée dans les mystères, et principalement dans le dogme ou mystère de la Trinité, elle doit nécessairement vous échapper au milieu de tout ce luxe de croyances qui se rattachent à ce dogme fondamental, et qui, comme un amas de rameaux épars et couverts de tleurs et de verdure, cachent, pour ainsi dire, le tronc qui les porta et qui les produisit.
Il faudrait écarter tous ces oripeaux, tous ces voiles symboliques que pendant dix-huit cents ans les Chrétiens ont suspendus devant le tabernacle. Une foule de corollaires de la vérité principale ont été, dans le cours des siècles, matérialisés, derrière lesquels la vérité repose comme sous un voile de plomb. Or, quel que soit votre génie, Chrétiens vous ne l'osez pas , et si vous l'osiez , vous ne seriez plus Chrétiens.
Non seulement il vous faudrait écarter, avec une audace qu'un homme qui se dit Chrétien ne saurait avoir, toutes ces constructions successives que vingt siècles ont sgoutées à la pensée primitive, mais il vous faudrait encore avoir dans le cœur une autre religion.
Comment ceux dont l'esprit n'était pas éclairé de la pensée du Progrès, de la Création incessante de l'Univers, et de la puissance de l'Idée s'incarnant dans le monde pour le transformer, auraient-ils pu comprendre à fond le Christianisme, qui fut dans son temps la doctrine du Progrès, de la Création incessante de l'Univers, et de la puissance de ridée s'incarnant dans le monde pour le transformer ?
Fbur nous, nous le répétons, tant que nous avons considéré le Christianisme en lui-même, tant que nous ne l'avons pas éclairé au jour de notre foi religieuse, nous n'avons eu sur lui aucune lumière ; il a été pour nous comme ces momies qui n'ont plus de parole pour expliquer le mystère tie leurs hiéroglyphes.
Mais lorsque, croyant au Progrès et à la Perfectibilité, nous nous fûmes dit : Si cette doctrine est vraie, elle a toujours été vraie; et, par conséquent, elle a dû apparaître, au moins confusément, aux hommes qni nous ont précédés sur la terre; — alors le Christianisme s'est éclairé pour nous d'une vive lumière; alors toutes ces prétendues explications, que nous avions trouvées consignées dans tous les livres, se montrèrent à nous comme des émanations déflgurées d'une vérité évidente, aussi vraie aujourd'hui qu'aux premiers siècles du Christianisme, ou aux jours de Pythagore et de Platon.
Prêtres et apologistes du Christianisme, nous avons l'ftme aussi altérée que vous de la vérité. Nous vous demandons la lumière, vous ne pouvez nous la donner; ou du moins vous ne nous donnez que de si
cbétives lueurs, que cela ne nous suffit pas. Souffrez donc que nous cherchions, au flambeau d'une autre révélation, de la révélation que THumanité a commencé à se faire à elle-même par tous les travaux de rère moderne, par ces siècles de Protestantisme et de Philosophie que vous repoussez vainement.
Laissons donc l'explication quiétiste de Fénelon, fondée sur l'abdication de rintelligence. Laissons l'explication psychologique de Bossuet, qui ne saurait non plus nous suffire. Laissons l'exaltation nuageuse et fantastique de M. de Lamennais, qui au fond ne reproduit que cette psychologie. En vain le démocratisme de H. de Lamennais a empreint d'une chaleur dévorante cette triviale explication, elle n'en reste pas moins stérile ^ et quaud on se lance, comme il l'a fait, dans l'apocalypse avec une idée insuffisante par elle-même, on erre sans aucune certitude; on peut toucher bien des cieux et bien des étoiles, mais on retombe ensuite dans le réel, sans autre résultat que le souvenir d'une course en rêve semblable à la course indomptable d'une comète échevelée. Laissons enfin les traditions lointaines si chères à. M. de Chateaubriand : elles ne sauraient par elles-mêmes nous donner aucune lumière. Il nous faudrait d'abord en constater l'authenticité, en découvrir le sens; car jusque-là leur lueur incertaine ne pourrait que nous égarer. Or avec quoi en àécouvririons-nous le sens? Les générations passées se lèveront-elles pour nous expliquer le mystère de leurs conceptions religieuses? et si, à défaut de leur parole vivante, leur parole écrite dans les monuments suffisait à nous répondre, comment encore pourrions-nous la comprendre? Nous ne le pourrions que par la vie qui est en nous. La vie, c'est là l'éternel truchement entre les générations écoulées et les générations vivantes: Nous ne comprendrions donc ce que les anciens ont entendu par la Trinité, qu'en comprenant directement et par nous-mêmes la Trinité. De toute manière, donc, nous sommes ramenés à chercher directement à quoi la raison humaine conduit naturellement aujourd'hui sur ce siyet.
Si la Trinité est quelque chose, ce qui était vrai sur la Trinité au temps de Pythagore et de Platon, ou aux premiers siècles de l'ère chrétienne, est vrai encore aujourd'hui.
Si la Philosophie, longtemps avant le Christianisme, a enseigné la Trinité, c'est apparement que la métaphysique conduisait naturellement à cette découverte.
Si le Christianisme s'est fondé sur elle, c'est apparemment qu'elle était la plus haute conception de la vie qu'on eût à cette époque. Pourquoi la vie qui est en nous ne nous révélerait-elle pas directement ce que la vie de l'Humanité lui révéla il y a deux mille ans?
Cherchons donc par nous-mêmes et en nous-mêmes, inspirés que nous sommes par la conscience actuelle du Genre Humain et par sa
tradîtîon actuelle et vivante. Nous arriverons ensuite i l'histoire. L'bisr toire est un monde, mais un monde plongé dans une nuit obscure : il ne s'éclaire qu'aux rayons du soleil que nous portons en nous-mêmes. lUuminons-nous, si nous voûtons comprendre le passé. Le chemin que nous prendrons, pour être un peu long en apparence, sera toujours le plus court, s'il nous conduit à concevoir réellement, c'est-à-dire par nous-mêmes, ce que l'on regarde comme si incompréhensible, et si, à la place de mots et d'idées incohérentes empilées dans notre mémoire, nous arrivons à avoir à la fois un sentiment énergique dans le cœur, une idée nette dans la pensée.
Voilà la route que nous suivrons. Nous ferons d'abord de la métaphysique, mais de la métaphysique inspirée par la foi que nous avons au dogme de la Perfectibilité. Cette foi, c'est notre datum. La vie pour nous se manifeste sous cet aspect, sous cette forme. Le Mystère Chrétien, avons-nous dit, n'est autre chose que la conception de la vie, telle que les hommes pouvaient l'avoir il y a deux mille ans. Éclairés donc par notre foi, c'est-à-dire par le sentiment actuel de la vie, nous expliquerons comment s'opèro la Perfectibilité, comment s'accomplit ontologiquement le Progrès. Puis quand nous aurons conçu la Trinité, en vertu de la vie qui est en nous, nous remonterons dans le passé, et nous ferons de l'histoire. Le travail que nous entreprenons sera donc pour ainsi dire une application de la Méthode que nous avons exposée précédemment (I).
« GBAPITRE XV.
GonoMtot l'opère U PerfecUbitité, comment t'Mcomplit le Progrèt.
Il s'agit donc, en premier lieu, d'expliquer comment s'opère la Perfectibilité, comment s'accomplit le Progrès.
Prenons d'abord la question le plus simplement possible; et, puisque aujourd'hui tout le monde a une certaine notion de la Perfectibilité, voyons en quoi consiste cette notion vulgaire.
N'entendons-nous pas dire tous les jours, à propos des idées émises par les novateurs : a Ces idées sont trop avancées pour l'époque ; elles n'(»]t point de chances, d'être acceptées pour le moment, mais dit* wt réaUêenmi un jour, v
Evidemment ceux qui s'expriment ainsi donnent aux idées, même avant qu'elles soient en aucune façon réalisées, une certaine virtualité, puisqu'ils font des idées la cause de faits qui se produiront plus tard.
m Dans le Deuxième Mémoire.
DE LÀ OOCTftINE DE LA PERFECTIBILITÉ. 149
Ce «pi'oQ dit de Tavenir^ or te dit aussi journeUement du passé. Est-il un écrivain aiyourd'bui qui, en racontant des foits de rbistelre^ ne rapporte ces faits à des idées qui avaient précédé? Si l'on demande ^i a renversé le Paganistne^ détruit l'esdavagë, prodoit laeivUisa^ tion uiodernei il s'élèvera mille voix pour répondre : o L'Évangile, o Demande-t-on à quoi il faut attribuer la RévÛution Française, encore miUe voix pour répondre : a Aux idées du Dix-Huitième Siècle. » « Cest b faute de Rousaeau, c'est la faute de Voltaire ! » n'e8t;-ce pas l'éternel refrain des ennemis du Progrès ?
Ainsi rien déplus avéré, tous les «hommes aujourd'hui» tous ceux du moins qui réfléchissent, donnent aux idées la valeur de eauie ; Hs les considèrent comme une virtualité, comme une foacb.
Béranger, dont la poésie reflète si bip» les sentiments les plus profonds et les plus naïfs de notre époque, nous montre, dans ilb^ de ses œuvres les plus admirées, cette foi à l'Idée, à la puissance de l'Idée, à la fécondité de l'Idée pour le bonheur du Genre Humain, Il est vrai qu'ibcommence par dire que quand une idée est tlotitelle, toute bonne ^'eUe flott, elle a bien à soufflrlr : ^
Vieux soldats de pleoub que nous sommes,
Au cordeau nous alignant tous,
Si des rangs sortent quelques bonunes
Tous nous crions : A bas les fous !
On les persécute, on les tue,
Sauf, après un lent examen,
A leur dresser une statue
Pour la gloire du tienre Humain.
Mais, plein de foi lui-même à YMée^ il ajoute :
Combien de temps une Pensée, Vierge obscure, attend son époux 1 Les sots la traitent d'insensée^ Le sage lui dit : Cachez-vous.
Mais, la rencontrant loin du monde, tJn fou, qui croit au lendemain, L'ëpouse, elle devient féconde Pour le bonheur du Genre Humain.
Appelons Idédtsme cette croyance à la puissance et à la bienftisanee des idê$ê, Iki idéatéite sera celai qui, comme dit Béranger, eraii m têndmuUn, c'est-à-dire qui croit que U fmtd^mîouriFhùi e»l kréhdtai d$la pemée €hkr, et que h fait de éMMJn sera le riiulm de ta pemée ifaiÊJMird'hm.
fwt ce dévot moderne , il y a évideiluMtit dem mondes» en un»
le monde du fai$ et le monde de Vidée. Mais le monde du fût lui parait avoir été i^roduit par des idées, et devoir être changé par des idées nouvelles.
Je reviendrai tout à Theure sur cette virtualité qu'on accorde aujourd'hui aux idées. Je remarque pour Tinstant qu'il n'en a pas toujours été ainsi.
Parcourez toute l'histoire et toute la littérature antiques, vous ne trouverez rien de semblable à cette apoUiéose de Vidée, à cette déification, si je puis ainsi parler, de la Pensée. La pensée, certes, était déjà une force ; mais c'était une force qui ne s'était pas encore révélée à elle-même.
Les anciens représentaient Prométhée enchaîné sur un rocher par ordre de Jupiter ^t livré au vautour. Les modernes ont écrit de Francklin :
Eripuii cœh fulmen, sceptrumque tffrannii.
Mais continuons notre analyse.
Du consentement de tout le monde aiyourd'hui, les idées sont donc une puissance, une force, une came, on peut même dire la plus grande, sinon l'unique cause des Progrès du Genre Humain. Mais une petite question : existent-elles?