‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 25 sur 55 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Us Méw exfol6a(-€UM? — Le MatérUlisiiie dit : Non.

Belle demande ! dira quelqu'un ; comment ce qui est une fifrce n'existerait-il pas? comment ce que l'on s'accorde à reconnaître comme la cause virtuelle des phénomènes n'aurait41 aucune réalité?

Pardon, lecteur qui parlez ainsi, vous ne vous doutez pas sur quel terrain vous vous placez en abondant dans mon sens, et en soutenant comme moi que les idées existent. N'entendez-vous pas les matérialistes de tous les siècles qui nous crient qu'accorder une existence aux idées est une absurde chimère; qu'elles n'ont pas même ce qu'on appelle une existence contingente; qu'elles ne sont que des modifications des êtres particuliers qui les conçoivent ; qu'elles ressemblent à nos sensaticms, qu'elles ne sont même que des sensations, suivant l'aperçu de Gondillac; qu'elles n'ont par conséquent pas plus de réalité que ces sensations elles-mêmes? Comment produisent-ellesdeseiTets, comment paraissentelles être une force, une virtualité, comment deviennentrelles cause de phénomènes? Les matérialistes ne sont pas embarrassés pour l'expli- <quer. Un chevj^, diroatrrils, ciHiduit une voiture, une mouche le pique.

il se met en fureur, il renverse la voiture. Voilà un fait produit par une sensation. Il en est de même des idées. Voltaire transmet des idées à Mirabeau : il en sort la Révolution. Il n'y a aucune existence réelle des idées dans tout cela ; il n'y a que des modifications de la substance qui sent. Les idées de Voltaire n'étaient que des manières d'être de Voltaire, qui se sont communiquées de lui à Mirabeau et à d'autres, comme se communiquent les vibrations harmoniques d'un instrument de musique à un autre, comme se communiquent certaines maladies, comme se communiquent le rire et les pleurs.

J'adopte une idée aujourd'hui, dira encore un adversaire de la réalité des idées, je l'adopte, mais c'est pour la repousser peut-être demain. Quelle solidité y a-t-il dans cette modification de mon cerveau, que suivra bientôt une modification contraire ? S. Augustin commence par la volupté, il finit par l'ascétisme; il est Manichéen dans sa Jeu* nesse, et il abandonne ensuite ce système. Je ne vois dans tout cela que des modifications de l'homme qui s'appela Augustin , modifiée, tiens transitoires, passagères, se succédant l'une à l'autre, destinées dans tous les cas à se terminer avec la vie de cet homme, et qui, si elles ont agi par la parole ou par l'écriture sur d'autres hommes après lui, n'ont fait également que provoquer chez ceux-ci des modifications également passagères, également transitoires.

Il faut répondre ; car si nous ne répondions pas, nous serions bien ridicules de parler encore des idées.

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