‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 26 sur 55 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

RépoBM an HitéiiaUmie. -r Les U^ exiitent.

Avec le terme de modification, appliqué au sujet du phénomène, c'est-à-dire aux êtres particuliers qui conçoivent ou reçoivent des idéeêy le Matérialisme n'explique rien, et il embrouille tout.

Raisonnons, en effet.

Voilà une bougie non allumée : cette bougie existe-t-elle ? Vous répondez qu'elle existe. On allume cette bougie, et la voilà qui éclaire. Elle a donc subi une modification. Mais la lumière existe-t-elle, oui ou non? Vous êtes bien forcé de répondre que la lumière existe. Ainsi, quoique la bougie existe et qu'elle ait subi une modification, la lumière n'en existe pas moins.

Hé bien, il en est de Vidée comme de la lumière.

Voltaire transmet des idées à Mirabeau, et Mirabeau provoque la Révolution. Qu'est-ce à dire, sinon que les idées ^ après avoir .éclairé Voltaire, ont éclairé Mirabeau, et tant d'autre^ avec, et après eux?

A^cc une bougie aitaniée, on pent, en effet, en allumer une multitude

d'autres.

8. Augustin cherche la lumièFe inCeliectuelie ; il reçoit d'abord les idées de Mânes : tout asenrément n'était pas erreur dans ces idées ; il adopte ce système. Puis, il s'éclaire avec Platon, avec l'Évangile, avec S. Paul; il se fait Chrétien, et.il conserve du Manicbéisme certains points de vue qu'il introduit dans la théologie. Qu'y a-4*il en cela qui renverse l'enstenoe de la himière intellectuelle dont S. Augustin a été, à diverses époques de sa vie« diversement éclairé?

Autrefois on s'éclairait avec des morceaux de bois résineux qui donnaient une lumière fort obscure et beaucoup de fumée ; aujourd'hui on a le gaz ; dans l'intervalle , on s'est servi de diverses matières , telles que le suif des animaux, l'huile, la cire ; on a inventé et ahandomié successivement toutes sortes d'appareils pour manifester la lumière et en jouir le plus commodément possible. Mais on ne s'arrêtera pas même au gaz : voilà qu'on parle de s'édairer avec le fluide élec- Crique.

Nos sciences , nos arts , notre industrie , nos religions, nos pbîkisopbies, nos lois, la civilisation, en un mot, dans ses développements sueeeasift, est une incessante rechercha pour arriver à la lumière intellectuelle et morale.

Vraiment on est bien osé de nier l'existence des idées I c'est nier la réalité des sciences, qui ne sont qu'un ensemble d'idées.

La science des mathématiques existe-t-elle? Les vérités géométriques sont-elles des vérités? Le Matérialisme osera-t-il dire que ce sont de pures sensations et de simples modifications de ceux qui pensent ces vérités?

Si les corps existent, les propriétés de cp s corps, leurs rapports, leurs harmonies, tout ce qu'a découvert jusqu'ici à cet égard l'esprit de l'homme est aussi réel que ces corps eux-mêmes.

La pensée qui conçoit une machine et qui la réalise, et qui, après l'avoir réalisée , la gouverne encore et la fait marcher, n'existerait pas, et cette machine existe î

Ce vaisseau se dirige vers l'Amérique sans craindre de perdre sa route; mais qui le dirige, sinon l'idée qui l'a construit et qui lui a donné la boussole et l'astronomie pour le conduire? Cette locomotive qui suit les rayons d'un chemin de fer, en taisant vingt lieues à l'heure, c'est une idée qui la créée et qui la fait mouvoir.

L'objection tirée de l'état ambulatoire des sujets que les idées éclairent ne signifie absolument rien. En effet : voilà une bougie allumée, avec celle-là j'en allume une autre, puis j'éteins la première. Celle^i ne jette plus aucun édat : cela empêche-t-il que la lumière existe? Je les éteiudrals toutes deux qu'après les avoir vues briller, ou

aToir vu d'atttres corps lanfiineux quelconques, je serais forcé de convenir que la lumière existe.

Il en est de même de l'objection tirée de ce que notre mode de concevoir ou de recevoir des idées parait tenir à certaines vibrations du cerveau, et que les idées se communiquent d*un homme à un autre par l'intermédiaire des sens, par la parole, par récriture. Les idées, dit-on, sont des vibrations semblables à celles des ondes sonores. Eh ! quand cela serait I N'en est41 pas de même de la lumière? Les vibrations auxquelles sa manifestatioii paraît attachée s'arrétant, la lumière cesse de se manifester, pour se reproduire ensuite quand les vibrations se renouvelleai.

A ce compte , d'aUleurs , rîen n'existerait , et la matière elle-même n'existerait pas; car un corps quelcooqne est tm certain assemblage de naoléciiles qui, par î^et du temps et par la combinaison de ce corps avec d'autres, seront ceriainement désagrégées et passeront 4aQs d'autres corps. Ua oorps quelconque est donc aussi une vibration de la matiàre, en ce sens qu'il en est une modification particulière et très éphémère.

Donc, si vous accordez «oe existence aux corps, vous devez en attribuer une aux idées.

Le néant oe peut être cause de rien, et, loin qae les idées soient le «léaAt, voUà tout le monde aujourd'hui qui s'accorde pour leur «ttrijbuer une îm^rtance immense, et pour les faire etmse de tout.

Donc, en employant le terme d'exister 4aiistm sens général, hi idéei existent.

CBAPITBB xviu.

Llatelligeiice ne compose pas à elle senle l'Être.

Ubs idées exUtent^ naais qu'est-ce i dire? Les idées ne sont pas des dtres. Un homme a des idées, il les émet; d'autres hommes les reçoivent, les comprennent, les approuvent, et voilà une doctrine, dette doctrine change la société, renverse des ioetitatioDs, en élève d^autres : cette doetrÎAe » e& faisant tout cela , prouve qu'elle existe ; mais Mie n'emêie pa§ mmsUe k9mm$$ qiielk éclmre ei qui elle fait mùwHrit.

Les îÂées «'pistent donc pas au même titre que les diMnmls êtres qui composent rUoifers.

Voilà donc un premier point qui nous parait certain , indubitable : les idées existent, mais ne sauraient [lar elles-mêmes composer un être.

Généralisons : au lieu de dire les idées, disons l'Idée ; au lieu de dire

ridée, disons l'IntelligèDce, et nous aurons cette formule : L'IniMù genee exiite, mai» ne eompo$epa» à elk »eule rÉtre.

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