‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 29 sur 55 · CHAPITRE XXIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIT

tibÉkmeftt le rui eflgeodfe nHUe, é( conuàent lldèe prodnll le Pait.

Heivaliraidaii eopps de notre rediercbe i C^meni ifaecùmptith P'iNf^ mmmiHt dûphre, in PirfbêtOiHp^r Et, pni^^ue-iiotrs ne pbuvotf^

(1) Vbyeale» JBradMde ^l^ystolo^ CDNi*-)

pas, sans de grands travaux qoi sont encore un deiideraium pour raumanitéy déterminer ce que nous devons penser sur le mode de réalité des idées, constatons au moins de nouveau leur extatence, et justifions ainsi la foi que notre époque a dans cette existence.

Prenons pour cela un seul exemple parmi les progrès accomplis dans ces derniers temps.

Un )[>hT9icien Italien nommé Brancas conçoit, au commencement du dix-septième siècle (vers 4628), le projet de se servir de la vapeur d'eau comme farce motrice. Depuis l'origine des choses, cette force existait; et, depuis la naissance de l'Humanité, l'homme la connaissait. Cependant tous les siècles dont l'histoire nous a laissé des vestiges paraissent s'être écoulés sans qu'un seul homme avant Brancas eût conçu, je ne dis pas l'idée vague (il est probable que cette idée était venue à plusieurs hommes avant de venir au physicien dont nous parlons), mais le projet, c'est-à-dire le désir et l'espoir d'emprisonner cette force dans certaines enveloppes résistantes, de façon à en taire un engin, un instrument propre à faire mouvoir, à tirer, lever, traîner, lancer quelque chose.

Voilà donc, au commencement du dix-septième siècle, l'idée de ce que nous appelons aujourd'hui par abréviation la vapeur, c'est-à-dire de la vapeur force motrice, conçue pour la première fois. Que va-t-il arriver? Hé bien, il se passera soixante-deux ans avant qu'un Français, Papin, trouve (vers 1690) un appareil qui réalise bien imparfaitement cette idée \ et dans l'intervalle un second inventeur, Salomon de Causs, perdra la raison ou, suivant d'autres, la liberté, à poursuivre cette découverte. Hais la machine construite par Papin n'étant presque pas susceptible d'application, et ne résolvant que très grossièrement le problème, ne peut être considérée que comme une ébauche; et il se passera encore soixante-sept ans avant que Walt (vers 1774) découvre réellement la machine à vapeur. Puis il faudra trente-trois ans pour que Fulton l'applique aux navires (en 4807) ; et la première moitié de notre siècle sera encore nécessaire pour une foule de periectionnemenis. En somme, il a fallu plus d*un siècle pour réaliser la machine à vapeur après que l'idée en avait été conçue, et près d'un siècle pour la mettre, du point où Watt l'avait portée, au point où elle est aujourd'hui.

Mais au bout de ces deux* cents ans, il se trouve que Vidée, qui n'existait au commencement du dix-septième siècle que dans la tête du physicien Italien presque ignoré dont je viens de rappeler la mémoire, ou dans celle de l'infortuné Salomon de Causs, est réîdisée meOirieUemem. jQette idée aujourd'hui /bncfûmne, comme on dit, et fonctioone si bien, qu'une eeule locomotive sur les chemins de fer fait une besogne qui réclamerait l'usage et l'entretien permanent de nmfcenU chevaux!

Ainsi, en s'aidant de la géométrie, de la physiqne, de la chimie, de toutes les sciences, de tous les arts, Fhomme est parvenu à créer un être qui, en mangeant pour ainsi £re du charbon et en buvant pour ainsi dire de l'eau , développe un force vive, laquelle fait, de cet être, sous un certain rapport, sous le rapport utile à l'homme et envisagé par lui cpmme tel, un cheval de vapeur (1).

L'homme a donc continué la création divine, puisqu'il est parvenu à constituer, avec les éléments à lui donnés par cette création, un pareil être, un être qui, dans sa force prodigieuse, entraîne avec lui des troupeaux entiers, et les fait voyager sur le globe avec une vitesse que ne connurent jamais les êtres les plus véloces de la création terrestre.

Or, qui a fait cela? Une Idée, une idée d'abord invisible, et qui, lorsqu'elle osa s'annoncer aux hommes qui ne la comprenaient pas, fut repoussée, dédaignée, honnie, conspuée, persécutée même, si l'on en croit ce qu'on rapporte du pauvre Salomon de Causs.

L'invisible s'est manifesté IToui le monde aujourd'hui croit à la machine à vapeur. Elle est devenue un Faii; il y a deux cents ans, elle n'était qu'une Idée.

Mais quand elle n'était qu'une /d^, ne s'appuyait-elle pas sur un Fait?

Oui, certainement. Car qui l'a engendrée? Un Fait, le fait de la Force vive qui existe dans la vapeur au moment où l'eau passe de l'état liquide à l'état aériforme.

Nous disions tout à l'heure que l'homme avait contioué la création divine. Cela est vrai; mais pourtant l'homme n'a rien créé en un certain sens. Cette force de la vapeur, qui est devenue un véhicule si puissant, elle existait et se jouait dans l'Univers, au moment où Brancas pensa à s'en servir. EUe avait soulevé les volcans, avant de devenir une locomotive (3).

D'un autre côté, sans l'Idée, jamais la locomotive n'aurait existé.

Ainsi un Faii a engendré une Idée, qui, avec ce Faiij a produit un Fait.

(1) On appelle proprement cheoal de vapeur le degré de force développée par une machine que Ton regarde comme réqalTalent de la force d'aa chevaL Nous prenons ici cette expression dans mie antre acception.

(9) C*est Topinion de Patrin et dé beaucoup d*antres physiciens, que les volcans sont dns i la vapeur d^eau ; et la position des volcans aujoanThui siMstants, dans le voi» slaage des mers, -se prèle à cette opinion.

Page 1