CHAPITRE XLI
Résamé de It coniroterK sv FArttnBme. .
Têts sont les faits donnés par l'histoire. Nous venons de les rapporter avec sincérité, avec impartialité. Nous avons cherché à tenir la balance égale entre Arius et Athanase, c'est-à-dire entre les deux grands partis qui divisèrent l'Église dès sa naissance. Si nous nous sommes bien fait comprendre, toute cette controverse se résume ainsi :
L'Arianisme et le Catholicisme sont deux développements du dogme du Verbe de Dieu> reconnu, antérieurement au Christianisme, comme ayant une existence réelle ; et ces deux développements ont dû se produire au moment oii l'on s'accordait à croire que ce Verbe s'était incarné en Jésus-Christ.
Les trois premiers siècles du Ghristianiisme furent emptoyés à établir la double croyance que Dieu avait un Fils, et que Jésus-Christ était ce Fils. Hais l'élaboration des idées n'alla pas an-delà. Les Évangiles^ les Épttres des Apôtres, les écrits des Pères de ces trois premiers siècles, sont pleins dé la doctrine du Verbe, et de l'affirmation que Jésus-Cbrist est le Verbe; mais ib ne. décident rien d'absolument positif sur le mode de cette incarnation-. Aussi les Ariens modernes ont-ils pu soutenir que non seulement TËcriture pouvait s'entendre dans un sens Arien, mai^ que les Pères des trois premiers sidcfes avaient été uniformément Ariens.
Le dogme Platonicien, resté par lUi-méme ihcompfot, était donc en-
DE LA DOCTRINE DE LA PERFECTIBILITÉ. Sif
ccwe ineotnplei au sein du ChmtiaiAinie mk conirMiicement da qM^ trième siècle, et demandait une solution.
CattoHkities et Avidns s'aecordateot pleinement sw la eerttttfdér de f eiûtence du Verbe de Dieu .
Ib conveniifint aussi^ tes uns comme les aoIreB, que ^ Vèfrbe tétait fait cbdtr, sni<vant le mot de S. Jean^ et sutrant tous les ifiotfuments do Christianisme.
La question'^ encore une Umy élatt de saToir comment on deitaitf entendre cette réalisation de la Pensée divine en Jésn^Cbrist.
On pouvait considérer le Verbe fait homme, ou en d'autres tertties Jésus-Christ hriniiêifie, comme la Pensée élemene de Dieu, coeïietante à sou étemelle activité. Cest la solution CatboMfoe.
On pouvait aussi considérer Jésus>*Cbrist comme un être à patt de Dieu^ comme une créature typique que Dieu avait engendrée poor servir de modèle aux hommes. Cést la solution A/riehiiiSL
Dans cette seconde solcrfion, Jésns-Christ, dans ses différentes ma* ■tfestatîans, n'élait pas un homme, à proprement parler : il était la Pensée divine véalisée dans toute m perfectîoii; mais etfftn il i/étajt pas Die«.
n participait cependant de la nature divine^ et ^'est positivement ce «pi'Arius dit dans an fragment de ta ThuMê qiy'Athanase rapporte : JiBushChrist vlett pa$ un i>rai Dieu, mai$ il a M fait DiêU par pmrtki^ p&Hen (I).
Ce sont làv comme on voil, deux intevprétatfons bien difverses' dé la doctrine du Verbe, et qui entraînaient «onséquemment deux Religioiis différentes.
Ces deux Religions se sont montrées. L'one a mis en avant Futlité de DÎBU avec un Prephëte, un être particulier, an type de perfectionr pfé^ eonço, antériem* î rRwnanité, créé au commencement de9 temps, et tenu en réserve pour paraître quand le mnmenif ser«iil venu. C'est TArianisme, et c'est aussi le Hahométisme. La théologie liusiihKianfe est immédiatement (ondée, qnant à la nature du Prophàte, sur l'idée Arienne.
L'autre n'a pas voulu pousser plus loin ht dédocti'on de l-idée du Verbe de Dien; elle s'est contentée de distinguer en iMeci ce Verbe; et de même qu'elle affirmait Vétemilé de ee Verbe, elle a également alk firme réternité de sa manifestation visible, c'est^ànlire de JésUs^ïnristl Sommée de sTexpliquer sur cesr différentes HyjmêUun de la nature di^ vine, elle a refusé de répondre, et, cfaangeantTinterprétatlon du mdl frtS00êi^4, qtki dans l'anliqnitë signifiait initiation, c^e a iiiseril sur sa croyance ce* mot mygUrê dans^ le seii9 d'obscurités proposées ai la foi des
(1) MlnnsHe, Omt. in e&mra Âfêanot^
fidè|/es et de secrets de la Divinité îinpénétrableB à la raison humaine : c'est le Catholicisme.
Mais qu'en est-il résulté? L'Arianisme s'est attaché au Catholicisme comme la robe du Centaure aux flancs d'Hercnle, s'il m'est permis d'employer cette comparaison. L'esprit humain, en effet, peut-il se satisfaire d'une défaite semblable à celle que l'Orthodoxie prétendue opposait à sa juste curiosité?
Quelle est la nature de Jésus? a demandé incessamment l'esprit humain à l'Orthodoxie. Et chaque fois que cette question a été faite, l'Arianisme a reparu.
L'Arianisme, en effet, ne niant pas le Verbe de Dieu et ne niant pas non plus l'incamatiCHi de ce Verbe, se trouve lié à la pensée Chré* tienne d'une façon pour ainsi dire indissoluble. La pensée Chrétienne, la pensée initiale et pour ainsi dire plastique du Christianisme lui appartient à aussi bon droit qu'à l'Orthodoxie. Il n'y a pas à lui dire, comme à d'autres hérésies, qu'il est en dehors de la donnée primitive et constitutive du Christianisme : il est dans cette donnée, il en est sorti, et il y vit. Aussi tous lés théologiens qui l'ont combattu se sont-ils plaints de cette affinité qui l'unissait au fondement même de la religion, et qui le rendait si difficile à vaincre, a II est aisé, disait Grégoire de Na- » zianze, de vaincre ou d'éviter les autres hérésies; mais il n'y a rien » de plus dangereux que les Ariens, qui, n'ayant rien que de pur sur D tous les autres articles de notre religion , corrompent par une seule » parole, comme par une goutte de poison, cette foi simple et véritable 1» par laquelle nous croyons en notre Seigneur et oisuite à toute la 9 tradition des Apôtres. »
Lorsque Grégoire de Nazianze compare ainsi l'Arianisme aux autres héréiies, il entend parler de ces hérésies des premiers siècles, qui étaient, comme je viens de le dire, en dehors de la donnée fondamentale du Christianisme. S'il eût écrit à notre époque, il aurait dit qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'hérésie qui ne sortit de l'Arianisme, et que l'Arianisme était réellement le père de toutes les hérésies.
Ce n'est donc point assez d'affirmer, comme je l'ai fait plus haut, que non*seulement l'Arianisme a donné naissance à cette grande religion que j'ai nommée la religion des peuples Barbares, et dont le Mahométisme ne fut qu'une dérivation ; ce n'est pas assez d'ajouter, comme je l'ai fait également, que l'Arianisme reparut ensuite en Europe aux quinzième et seizième siècles avec le Protestantisme dont il fut l'âme : il faut dire plus; il faut dire que l'Orthodoxie ne s'est jamais, malgré tous ses anathèmes et toutes ses violences, entièrement purgée de ce qu'elle condamnait comme l'erreur ; que cette erreur supposée par elle a persisté auprès d'elle et jusque dans son sein; que les deux so-
lutions d'Arius et d' Aihaoase n'ont cessé de tivre lune devant l'autre et de se combattre; que partout où fune a été posée, l'autre s'est opposée ; et que, même dans la conscience des Catholiques, ces deux solutions se retrouvent unies et divisées, coexistantes et se combattant muluellement, quelques efforts que l'âme du Catholique puisse faire pour exclure Tune et faire uniquement triompher l'autre. Je défie bien, eh effet, le Catholique même le mieux pensant de sortir entièrement de la donnée d'Arius. Il aura beau répéter que Jésus n'eut pas une créature, que Jésus est Dieu, il sera bien forcé de reconnaître que Jésus est kfils de Dieu fait homme; et, en disant cela, il distinguera Jésus de Dieu, et en fera un être différent de Dieu, une représentation de la Divinité sur la terre, et toujours en définitive un intermédiaire entre l'homme et Dieu,
Au surplus, que le Catholique qui reconnaîtrait la vérité de ce que je dis ne s'en inquiète pas. Ce qu'il prend pour une erreur condamnable n'est peut-être pas condamnable. La Révélation est successive ; et peut-être y a-t-il un accord possible entre la solution d'Athanase et celle d'Arius ; peut-être les deux grands fleuves que j'ai montrés sortant de ces deux grands hommes pour arroser l'univers sont-ils, comme je l'ai déjà insinué, destinés à se réunir un jour et à confondre leurs flots dans une religion nouvelle.
GHAPITRB XLIK
GrandeBr da débat d'Arias et d'Albinase.
Nous venons de retracer fidèlement et de résumer les débats qui servirent à fonder je ne dirai pas le Christianisme, mais ks deux Chris* tianismes que nous avons distingués, celui d'Attianase et celui d^Arius. Hais ce n'est pas assez pour notre but. Il nous faut entrer plus profondément daus la pensée d'Athanase et dans celle d'Arius, et formuler à fond ces deux Christianismes.
Quel duel que celui d'Arius et d'Athanase ! Jamais il n'y eut deux pensées plus voisines et, par la fatalité des temps, plus ennemies! jamais non plus guerriers ni conquérants n'agitèrent dans leurs jeux terribles plus de destinées !
Mais que parlé-je de guerriers et de conquérants ! Ce dont il s'agissait dans ce grand combat dépasse la grandeur de tout ce qui peut s'élever sur la terre; car il s'agissait de I'Humaiutb, et il s'agissait de DIEU I L'Humanité et Dieu lui-même étaient les témoins invisibles, mais présents, de ce débat, si grand que j'ose affirmer qu'il n'y en eut jamais un pareil depuis la naissance du Genre Humain, et qu'il n'y en
iU DE LA DOCTRIirC DE LA PERFECTIBILITÉ.
a^urg :de pareil que lorsque les mèniesqiiesliMs s'agfteroot de Donvean et reeeyronl une aou^dto aokitioB .
cBAPiraB xtiii.
Les dtox Cbristiasiftines sorte d* Arias et <r Athainsa oat chae«|i I«w ùM lawnsu
et leur côté obscur.
Je viens de dire qu'il s'agissait dans ce débat de IMeu et de l'Humanité : je dis cela d'une façon absolue. Oni^ Dieu, qui est une réalité, quoi qu'en dise l'Athéisme [i), était présent à ce débat et intéressé à ce débat ; et f Humanité, qui est aussi une réalité, quoi qu'en dise eacore l'Athéisme, était présente à ce débat et intéressée à ce débat It s'agissait d'un acte de création. Dieu voulait, en effet, comme disaient les ChréKens, sauver les hommes et les sauver par Jésus-Christ. Nous allons voir ce que le Christianisme a entendu et ce que nous devons entendre par Jésus-Christ.
Pour que les hommes fussent sauvés par Dieu au moyen de Jésus- Christ, il fallait que l'idée de Dieu, la connaissance de Dieu entrât et s'établît dans l'esprit humain, détruisant ainsi par sa présence toutes les idolâtries, et il fallait aussi que l'idée de ce que les Chrétiens appelaient Jésus-Christ, la connaissance de Jésus-Christ, s'établit dans l'esprit humain et y remplaçât toutes les idolâtries.
Arius ci Athauase furent les deux promot nrs de crtte pénétration dans l'esprit humain de l'idée de Dieu jointe à l'idée de Jésus-Christ.
Pour dire sincèrement notre pensée, c'est à Athanase que l'esprit humain fut surtout redevable, à ce moment, du progrès qu'il fit dans la vraie notion de Dieu. Mais c'est à Arius que le même esprit humain fut suriout redevable du progrès qu'il fit en acceptant l'idée symbolisée dans Jësus.
En d'autres termes, les deux Christianismes sortis d" Athanase et d'Arius, ont chacun leur c6té lumineux et leur côté obscur. Le Christianisme d' Athanase a mieux compris Dieu, le Christianisme d'Arius a mieux compris Jésus-Christ, c'est-à-dire l'être réel symbolisé sous ce nom.
(i) Quelle chose étrange! être obligé d'affirmer, quand on parle de Dieu, qu'il est u|ie réalité, lui l*itre des êtres et la Cauie de toutes les réalités I Où netre siècle est-il tombé! Mais si le Christianisme afait été toute la vérité et rien que la vérité, serions-nous tombés là!
CHA»ItftS XtIV.
AulMtenr.
JLe cbemin qui nous reste à|^rcourir (lour arriver à la cime de notre sujîet n'est pas long, mais il peut paraître ardu. Si le Lecteur pensait que nous nous égarons etque nous marchons sans boussole, il se tromperait bien; il, pourrait nous abandonner, et il iturait tort : nous lui promettons un Iruit solide de sa persévérance.