‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 40 sur 55 · hapitrs xly · texte numérisé non relu

hapitrs xly

fie la DoeiriM d'Albutu.

Quelle est la Doctrine d'Âtbanase ?

Il ne faut qu'ouvrir ses nombreux écrits pour trouver cette doctrine, car elle y éclate à toutes les pages.

Âthanase contemple Dieu et toujours Dieu, et c'est pour cela qu'il voit Dira eniésus^Cbrist, et qu'il fait Jésus-Christ Dieu. H ne distingue pas, comme Arius, Jésus-Christ 4e IMeu, et il s'îiidigne qu'on fasse cette distinction : pourquoi? Parce que, je le répète encore, c'est i'immtmence et rinterve$Uùm de Dieu en Umiee choeee qui est l'idée fondamentale d' Athanase, son idée religieuse par excellence , ce que je me permettrai d'appeler son idée favorite, et favorite au point que tout ce qui blesse cette idée lui parait la destruction même de la reli*gion.

* Pour cet homme si pénétré de l'existence de Dieu, de l'immanence et de l'intervention de Dieu en toutes choses^ qu'est-ce donc que la Trinité?

Si vous voulez comprendre ce que la Trinité est .pour Athanase, méditez sur cette parde de S. Paul : In Deo vivimuê, et fMme$m*r, et iumus (i).

In Deo rânmiM : a Nous existons en Dieu. » Dieu est la source de notre existence, il en est la cause; nous existons parce que Dieu existe et nous fût exister; nous existons parce que Dieu existe en nous*

In Deo movemur : « Nous changeons en Die». » Nous passons de l'existence acquise à une nouvelle existence, d'un j»héDomène de notre vie à un autre phénomène ; mais c'est Dieu qui nous fait nous eonti^ nuer ainsi en changeant et changer en nous continuant. Dieu est notre

11) Ad. c. xvu, f . as.

raison de nous mouvoir, Dieu est notre force motrice; Dieu opère en nous, puisqu'il nous permet de. puiser en lui la raison de changer et la force motrice qui nous est nécessaire pour changer. Nous changeons donc parce que Dieu change, c'est-à-nlire opère en nous.

In Dec 9umu8 : « Nous nous manifestons en Dieu. » Nous sommes , comme dit le texte, c'est-à-dire nous existons actttellement , bien que nous n'existions actuellement que parce que nous avons existé antérieurement, et que nous avons changé. Nous sommes donc, nous sommes présent s f la vie est toujours présente; mais la vie n'est toujours ainsi présente pour nous que parce qu'il y a un être pour qui il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir, qui lie notre passé à notre présent et à notre avenir, et dans lequel nous nous manifestous actuellement. Nous nous manifestons donc parce que Dieu se manifeste en nous.

Ainsi :

Nous existons, parce que Dieu existe en nous ;

Nous changeons, parce que Dieu opère en nous ;

Nous nous manifestons, parce que Dieu se manifeste en nous.

La cause de notre existence, c'est Dieu qui existe, opère, se manifeste.

Or, ce que S. Paul dit de nous, il l'entend de toutes les créatures. Donc la cause de l'existence de toutes choses, c'est Dieu qui existe, opère^ se manifeste en totUes choses.

Toute la doctrine d' Athanase est là, et assurément cette doctrine est la vraie et antique doctrine de la Trinité, la doctrine du Père, du Fils et de l'Esprit , la doctrine que nous avons précédemment retronvée nous-mêmes en nous posant cette question : Commem s'accomplit le Progrès, comment s'opère la Perfectibilité, et en découvrant pour solution de cette question, cette formule : Réalité- Idèal-Progrés.

Pour enseigner le vrai Dieu aux Payens, S. Paul, initié à l'antique tradition de toutes les grandes religions, leur montre Dieu dans l'existence de toutes choses, toujours un et toujours triple, mais laissant la trace de sa triplicité une ou de son unité triple^ c'est-À-dire de sa Trinité, dans ces trois phases simultanées dans l'être, mais pourtant divisées dans la créature, qu'il distingue par ces trois mots : Viwmus, mùvemfur, sumus, La vérité que S. Paul voit se révéler en nous et dans toutes les créatures, Athanase la distingue objectivement hors de nous et de toutes les créatures, et la place avec raison où S. Paul lui-même la place, c*est-à-dire en Dieu. On pourrait donc, en extrayant de la formule de S. Paul ce qui s'y trouve indirectement exprimé^ formuler ainsi la doctrine d' Athanase : In nohis et in omnibus rébus Deus vivit, moveêur, et est.

Vainement dirait-on que la proposition de S. Paul est vraie, mais que la proposition réciproque que nous en tirons relativement à la na-

ture de Dieu, et que nous prétendons retrouver dans S. Athanase, est fausse ; que Dieu ne vttpa^, que Dieu tie change ptu, que Dieu ne se manifeste pas, èi qu'ainsi ces termes de vivere, de moveri, d'esse, que nous empruntons à S. Paul, ne sauraient servir à composer la formule de Dieu.

D est bien vrai que Dieu ne vit pas, en ce sens qu'il subsiste éternellement le même; mais il vit, en ce sens qu'il est la cause de toutes les existences passagères.

Dieu, de môme, ne change pas, car il est immuable ; mais il change, en ce sens qu'il opère tous les changements des créatures, puisque aucun changement ne s'opère sans lui.

Enfin Dieu ne se manifeste pas, c'esl-^-dire qu'il ne se manifeste sous aucune forme particulière; il est l'infini et ne saurait élre le fini, il est partout et ne saurait être dans aucun lieu sans être partout; mais il sfi manifeste, en ce sens qu'il es^ la cause de toutes les manifestations des êtres particuliers, et qu'aucune de qes manifestations n'a lieu sans sou intervention et sans sa présence.

Donc, en nous et dans toutes les créatures , se révèle une triple essence de Dieu qui, dans l'acte éternel et incessant de la création, cause le triple phénomène qui constitue la vie des êtres créés.

Donc, de la triplicilé phénoniénale des êtres créés, nous concluons nécessairement trois essences dans Xunité divine ; trois essences qui diffèrent de leur unité, en ce sens que c*est leur Unité qui est inmuable, mais que leur Triplicité est active.

Donc Dieu, qui, dans son Unité, ne vit pas, ne change pas, ne se manifeste pas, vit pourtant, et change^ et se manifeste, c'est-à-dire crée et crée incessamment par sa Trinité.

Ainsi la simple méditation du mot de S. Paul à l'Aréopage, sur le Dieu inconnu qu'il annonçait être à la fois le Dieu des Chrétiens et le Dieu de toutes les grandes Religions et de toutes les grandes Philosophies, suffit pour nous faire distinguer dans l'antique tradition dont ce mot est un reflet :

!<" Dieu en soi, dans sa nature immuable, l'Être Absolu;

^ Dieu en acte de créer. Dieu créateur, Dieu source de la vie de toutes les créatures, c'est-à-dire de tous les êtres particuliers, de tout ce qui est fini;

3^ Trois essences dans la nature de Dieu,- trois essences unies et qui ne font qu'une nature, correspondantes aux trois états dans lequel sont toi^ours simultanément toutes les créatures, l'état réalisé, l'état latent ( pour employer l'expression des chimistes), et l'état que j'appellerais volontiers pro^e^si/*, c'est-à-dire Tétat phénoménal qui, à chaque instant de la durée, émerge, pour un être quelconque, de son état précédent ; car il n'y a pas, hors Dieu, un seul être que nous puissions con-

cevoir comne immuable, même pendant une infiniment couiia durée ^ il n'y a que TËtre Infini, F Abaolu, qui soit immuable.

Hé bien, ce que noua venons d'exposer est précisément la d'Atbaaase.

GHAPIiaB XLVl.

Soite. — PoriMle ràHiMMi.

En eflét, quelle est sa formule de la Trinité, résumé de toute sa doctrine? La voici : Ô ïlmiip âtk roO héyù\j tv HycOfAoerc Lyl» rk irdcyr« imtfc (1) :

Le Pèai par lb VBtBB dahs l'Espbit Saint fait ToirrBB chosbs. A qooi il ajoute, comme développement et comme explication : « Et c'est B pourquoi l'Église semblablement proclame un mU Dieu $ur tmtk^ n choies, à iraiDers tmUes choses, et dans toutes choses : sur toutes choses, » comme Père, comme principe et source ; à travers toutes choses, » par le Verbe ; dans toutes choses, dans l'Esprit Saint. Et ce n'est point n là une trinité de nom seulement, une trinîté verbale et de fantaisie, D c'est la Trinité en vérité et en réalité {i). »

Le Père par le Verbe en F Esprit Saint fait toutes choses : si nous nous rendons compte de cette formule, qu'y trouvons-nous? Précisément ce que nous venons de conclure de la parole de S. Paul.

En effet, Athanase ne dit-il pas positivement que la Trinité fatt toutes choseë : rà iràvrct trottî. S'il u'avait pas voulu exprimer profondément riMMAifENCE de Dieu dans tout l'Univers, dans tous les êtres, dans tous les phénomènes, il aurait dit a fait, et il aurait mis ainsi une séparation entre Dieu et la création une fois faite. Mais il dit FArr, et il ajoute : « L'Église semblablement proclame un seul Dieu sur toutes choses, à D traœrs toutes choses, et dans toutes choses. » Puis, déterminant de nouveau le r6le et la fonction de chacune des essences ou personnes qu'il distingue en Dieu, il sgoute encore : eSur toutes choses, comme Père, » comme principe et source ; à travers touies choses, par le Verbe ; dans » toutes choses, dans l'Esprit Sain(. » Et ce Dieu ainsi actif, ce Dieu triple et un, il l'appelle Tpiaç, Teduié.

Mais, par cela même que c'est Dieu agissant dans l'univers qu'il

(1) Contra Arian.y Orat. I, cap. xxtiii.

(S) Kol oÛTwç ilç ec6c |y T^ Exx^Dffc» x>j/)OTTiTai twl jràvTwv xod 9tà nàvrw x« •» 7râ(rtv- inï iràvrwv fiiv iùç floTiôp, éiç iipxh xoU irijyu, ^là wkrcwt 9ï iik toO Aoyov. cv ir&9t ^c iv Tft) irvcûfAotrc râ ôyiu. Tpl%ç 9ï ktrti^ oit^, i»c ovbfMcroc xat yavrairccc >iCifti<, tLÙxn A>iodeca xal virà^ci T^^occ.

définit Père-Fih'Eiprit, il ne définit point dans sa formule le Dieu Absolu, rÊtre Immuable qui se manifeste dans TUniTers comme Père- Fils-Esprit. Et pourtant on ne saurait nier qu'il embrasse, sans pour cela le définir ni prétendre le comprendre, ce Dieu Absolu, cet Être Infini et Immuable dont il se borne à affirmer que Tinteryention dans r Univers est toujours active et se manifeste par cette Trinité.

ftous arrivons done exactement, eu sondant cette formule d*Athanase, au même résultat où nous étions arrivés en sondant la formule de S. Paul, c'est-ànlire à distinguer :

!• Dimmi sùi, dans sa nature immuable, rÊtre Absolu;

^ IHêu en acte de eréer^ Dieu créatenr, celui comme dit Athanase, qui fait tmiies dtoses;

3^ La TVimié tn Dim$, e'est-à-dire trois essences en une, trois essences distinctes et ne remplissant pas la même fonction, n'agissant pas non plus dans le même ordre, ayant chacune sa fonction et sa place, et pourtant de même nature et simultanées; trois essences correspondantes aux trois états qu'il nous est impossible de ne pas reconnaître comme dwern, comme sneeesêifs, et pourtant comme ontologiquement simuUanés dans tous les êtres finis, l'état que nous appelons actuel, l'état latent, et l'état progressif.

Nous allons voir tout à l'heure, par les écrits d'Athanase, comment tout le Christianisme pour lui s'adapte à cette Formule; ce n'est pas assez dire, comment la Vie universelle, le Christianisme et cette Formule ne font qu'un; comment, pour lui, TCaivers et tout ce qui se passe dans l'Univers est dans cette Formule ; comment l'homme et toute la vie de l'Humanité, depuis l'Éden perdu jusqu'au Paradis retrouvé, est dans cette Formule; comment il explique avec elle et le péché et la rédemption ; comment, enfin, avec elle il a édifié et fait édifier par la Catholicité ce Jésus-Christ Dieu, Homme-Dieu et Dieu- Homme, que finalement, a sa suite, les Chrétiens du Moyen-Age ont bien été forcés de croire réel sous les espèces du pain et du vin dans l'Eucharistie. C'est avec cette Formule, profondément vraie pourtant, que ce grand métaphysicien, Je dirais volontiers ce grand magicien Athanase, a entrepris de transporter la terre et l'Humanité dans ce qu'il appelait le Ciel , et n'a créé pourtant qu'un Ciel imaginaire qui n'a pu résister au temps et aux attaques incessantes de l'esprit humain t preuve que cette Formule, quoique vraie, n'est pas complète.

Mais avant de le suivre dans les magnifiques développements de sa Formule, efforçons«nous de nous rendre tout-à-fait maîtres de cette sorte de talisman avec lequel il a opéré de tels prodiges.

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