‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 43 sur 55 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Tout Philosophe pari toujours da painl où en est la science, et ne laisse jamais la sdeoce

an point où elle était avant qu'il parût.

On appelle Éclectiques, dit le Dictionnaire de rAca(]émie, les philosophes quiy sans adopter de système, choisissent les opinions les plus vraisemblables. Cette définition est exacte : les Éclectiques, en effet, ceux qui à diverses époques ont mérite véritablement ce nom, et qui, sentant qu'ils le méritaient, l'ont (]uelqucfois pris et s'en sont targués, étaient des philosophes qui n'avaient pas de système, des philosophes dénués de ce qui constitue toute vraie philosophie, savoir un certain nombre de dogmes liés, ehchainés, et formant une théorie religieuse, morale, ou politique, plus ou moins complète, c'est-à-dire, en d'autres termes, un système; des philosophes, en un mot, fort peu philo-

sophes. Otez de la définition cette condition rigoureuse de n'avoir pas de système, poar mériter, obtenir ou se donner à soi-même le titre d'éciectique, et l'éclectisme devient, comme dit Diderot (i), la philosophie de tous les bons esprits depuis le commencement du monde : a II n'y a n point de chef de secte qui n'ait été plus ou moins éclectique. Pour » former son système, Pythagore mit à contribution les théologiens » de l'Egypte, les gymnosophistes de l'Inde, les artistes de la Phénicie, » et les philosophes de la Grèce. Platon s'enrichit des dépouilles de So- » crate, d'Heraclite et d'Ânaxagore. Zenon pilla le Pylhagorisme, le » Platonisme, IHéraclitisme, le Cynisme. Tous entreprirent de longs voyages : or quel était le but de ces voyages, sinon d'interroger les I) différents peuples, de ramasser les vérités éparses sur la surface de n la terre, et de revenir dans leur patrie remplis de la sagesse de toutes )) les nations (2). »

il est si évident, en effet, que de siècle en siècle la vie, comme nous l'avons exposé ailleurs (3), se nourrit des produits antérieurs de la vie, que jamais philosophe n'a songé sérieusement à s'interdire la connaissance des découvertes ni même des erreurs de ses devanciers. Desrartes est peut-être de tous celui qui, de pro|)os délibéré, a le plus voulu tirer de son propre fonds et payer de sa personne ; mais, quelque séduit qu'il fût par la méthode des géomètres, quelque confiance qu'il eût dans la toute-puissance du syllogisme et dans la vertu miraculeuse dt*s longues chaînes de raisonnements, il n'osa ))Ourtant point, du moins théoriquement, s'interdire la connaissance des philosophies antérieures. Loin (le là; dans son Discours de la Méthode, il préconise la lecture des bons livres, comme a une conversation choisie avec les plus » honnêtes gens des siècles passés; » et nous avons tle lui une lettre à Voëtoù il professe uue assez grande estime pour l'érudition bien employée. Ainsi, Descartes lui-même, l'homme de la logique solitaire, le géomètre du moi qui pense, n'a pu se dissimuler entièrement la nécessité de la communion avec les générations antérieures, a J'admets vo. » lontiers, dit-il dans la lettre que nous venons de citer, qu'il faut em- )> brasser avec plénitude tout ce qui doit concourir à la découverte des » vérités que nous cherchons ; et voilà en quoi consiste toute l'érudi- » tion, toute la véritable science humaine, laquelle se trouve ainsi » adéquate au véritable usage de notre raison (4). » Descartes admet donc que ce qui doit concourir à la découverte des vérités que nous cherchons se compose, du moins en partie, de la science antérieurement acquise par l'Humanité, science que nous devons à la fois nous

(1) Enq/clopédie, loin. V.

(S) ibid,

(3) Voyt-z les Essais de Psychologie, daas le troisièine volume de ceUe éditioD.

(i) Epist, ad Voetium,

assimiler et transformer, ou perfectionner. Certes, pour que Descartes reconnût ainsi implicitement que les esprits ont entre eux un rapport nécessaire, d'où il résulte que les découvertes faites par les uns peuvent et doivent profiter aux autres, combien ne faut-il pas que cett^ vérité soit évidente! car Descartes, t'est l'homme qui est le plus sorti métlv)diquement de la véritable vie du moi et du nous; c'est l'homme, fiar conséquent, qui a dû le moins connaître le lien qui unit les esprits, et le rapport nécessaire des philosophies successives entre elles.

Grâce à Dieu, nous ne sommes plus aujourd'hui dans cette tentative audacieuse, erronée, mais utile et nécessaire alors, du Rationalisme pur, qui séduisit Descartes, et où il entraîna après lui plusieurs générations. Le rapport éternel de l'Humanité à l'homme a reparu à nos yeux, et avec ce rapport est revenue aussi pour nous l'intuition du rapport des esprits les un.^ avec les autres djins le développement suc* cessif de l'Humanité. Nous ne concevons donc plus un penseur isolé de tous les autres penseurs qui l'ont précédé dans le monde, ou qui vivent sur la terre en même temps que lui, et nous comprenons, au contraire, admirablement l'éclectisme sagement entendu, c'est-à-dire ce que Diderot appelle si spirituel|ement la philosophie des bonsespritç depuis la naissance du monde.

Toutefois, il faut bien convenir que ce lien nécessaire et cette sorte de communion mutuelle des esprits dans l'engcndrement des idées est encore, aujourd'hui même, plutôt entrevu que connu. Nous en avons plutôt le pressentiment qu'une conscience bien nette. L'histoire de la philosophie, j'entends l'histoire véritable, l'histoire philosophique de la philosophie, n'est pas encore faite. Certes, elle n'est ni dans Brucker, ni dans Tennemann, ni dans Tiedemann, ni dans tant d'autres essais, riches sans doute d'érudition, et précieux à ce titre, mais qui renferment plutôt la matière de cette histoire que cette histoire même. La véritable histoire de la philosophie aura, suivant nous, pour but et pour résultat de démontrer que les esprits forment une chaîne indé^ finie dont chaque génération et chaque homme en particulier n'est qu'un anneau. Combien nous sommes loin encore d'une pareille connaissance I

Jusqu'ici, nous ne sommes habitués, en général, à considérer, dans les monuments philosophiques et dans ceux qui les ont produits, que la variété, la multiplicité, mais sans jamais faire attention à l'unité qui les embrasse, les relie, les rattache les uns aux autres, et les explique. Dans cette manière fragmentaire de considérer la philosophie, chaque philosophe nous apparaît, pour la plupart du temps, détaché, isolé, non seulement de ceux qui l'ont précédé^et suivi, et même de ses contemporains, mais encore des faits et di's événements que sa pensée a contribué à produire; en sorte que rien de providentiel ne nous touche et

•iSO RÉFUTATIOiN DE L'ÉCLECTISME.

ne nous éclaire, puisque le but de tous ces efforts individuels nous échappe, tandis que nous devrions posséder leur cause initiale et leur cause finale. Chaque grand monument philosophique, en effet, est un résultat du passé, une pierre d'attente pour Tavenir. Tout philosophe part toujours du point où en est la science, qu'il le sache ou qu'il l'ignore, et ne laisse jamais la science au point où elle était avant qu'il parût. La preuve de cette vérité est aisée ; j'enlends la preuve dprtort, caria démonstration à posteriori, la démonstration complète par l'histoire serait infiniment difficile à fournir, et aurait précisément pour résultat cette histoire philosophique de la philosophie, qui, comme je viens de le dire, n'est pas faite. Hais rien ne nous empêche cependant d'apercevoir la vérité du principe, quoique les conséquences et les applications nous en échappent.

Kn effet, tout homme est, à des degrés divers, l'expression dé l'Humanité de son temps el de la Nature de son temps, en ce sens que l'innéité qu'il apporte avec lui dans le monde est obligée de se mêler à l'Humanité de son temps et à la Nature extérieure telle qu'elle se trouve de son temps, à la vie objective en un mot, pour prendre racine, se nourrir, et se développer. Donc, {ffLV l'Humanité de son temps et la Nature telle qu'elle existe de son temps, tout homme se rattache nécessairement aux progrès de l'Humanité antérieure. Tout philosophe a ainsi sa cause dans les travaux de ses devanciers, qu'il les connaisse ou non. N'eût-il même jamais lu un livre, dès lors qu'il pense, il ne pense pas primordialement par lui-même ; il pense parce que d'autres ont pensé avant lui, parce que cette pensée de ceux qui l'ont précédé dans la vie s'est incarnée dans le inonde» et que ce monde lui reproduit objectivement celte pensée.

Ce qui nous trompe à cet égard, ce qui nous empêche de voir aussi distinctement que nous le pourrions faire le rapport et la communication des intelligences ontre elles, c'est que celle communication ne se fait pas toujours directement, ou plutôt qu'elle ne se fait jamais directement d'une manière absolue. Un philosophe pense, et voilà, à sa suite, sa pensée qui modifie le monde; un autre philosophe survient, il voit le monde ainsi modifié, s'empare des nouvelles tendances que ce monde renferme, et le pousse à son tour en avant. Ce philosophe peut très bien ignorer le rapport nécessaire qu'il y a entre lui et son prédécesseur ; car le monde, qui a reçu de l'un pour transmettre à l'autre, est là entre eux deux qui empêche le second de voir le premier.

Il y a plus : ce inonde, qui est là entre les penseurs, n'est-il qu'un simple milieu, un conducteur, en sorte qu'il n'y aurait réellement dans la vie que transmission des intelligences? Je suis loin de le croire. Ce monde exislo anpsi, il e\i*île par lui-même, il est actif, vivant, animé

comme la pensée humaine; lui aussi se modifie et se développe. Si je di9 cela J10I1 seulement de la Nature proprement dite, mais du Genn^ Humain en tant qu'il se rapporte à ta Nature. La Nature n'est pas une matière morte, stérile, dépouillée de vie; elle est douée d'animation, de vitalité ; elle a, suivant certaines lois, non seulement une spontanéité, mais une intelligence, quoique d'un autre ordre que la nôtre, qui la rendent éternellement créatrice, et par conséquent rebelle à la fois et obéissante à la pensée humaine. Ce que nous appelons l'Univers, dit un philosophe dontle nom m'échappe en ce moment, n'est pas quelque cliAe d*enchainé, de muet, de semblable à une écrihire exposée devant nos yeux, à une énigme sans vie, à un talisman qui serait là seulement pour être déchiffrcpar nous. Le moteur universel, l'Être existant par lui-même et éternellement créateur, Dieu se fait sentir partout dans la Nature. Et par conséqueir>t le Genre Humnm aussi, en tant qu'il se rapporte à la Nature, est doué luf-même de vitalité. La pensée de^philosophes sort de ce double milieu, et y rentre; mais elle ne peut en sortir et y renirer'qu'en se teignant de la vie propre à la Nature et au Genre Humain, en t'tnt que le Genre Humain appartient encore à 1h Nature et en découle. Mais cela ne d#ruit pas le fait réel de la coinmunicatîou des intelligences à travers le monde, à travers Tespace et le temps.

• Il y a un autre mystère de la vie qui complique encore cette communication et l'obscurcit à nos yeux, mais ne la détruit pas davantage. L'homme n'est pas seulement une pensée pure et un corps, un moi qui penserait uniquement et serait logé dans un corps. Par cela seul qu'il est une pensée et un corps, il est autre chose; car il est nécessairement au^si le rapport de cette pensée et de ce corps. Entre ce moi qui pense et ce corps, il y a un lion qui les comprend virtuellement tous les deux, qui les résume tous les deux, qui les reproduit tous les deux, et qui sert de pont de l'un à l'autre : c'est le sentiment. Or le sentiment, jeté comme un pont entre l'idée pure on le moi qui pense, et le corps, et ayant vue par le corps sur la nature extérieure, donne naissance à des manifestations diverses, où tantôt l'idée pure, tantôt le sentiment, tantôt le corps, ont la prédominance, mais se retrouvent toujours unis à des degrés différents. Entée sur la vie purement naturelle dont nous pariions tout à l'heure, c'est-à-dire sur la vie manifestée par le corps, par le sang, les organes, la génération, tout ce que nous avons de commun avec les animaux et les plantes, la vie idéale ou intellectuelle de THumanité se décompose donc encore en plusieurs vies. Comme le rayon de lumière est composé de plusieurs rayons, ainsi la vie idéale de l'Humanité est composée de plusieurs vies unies mystérieusement entre elles, et véritablement indissolubles : c'est l'art, la politique, la science, la [)hil?^?o;sliio, otr. 11 y a donc réaction constante de ce? facul-

288 RÉPUTATION DE LÉCLECTISME.

tés les unes sur les autres; il y a, non pas seulement correspondance, mais pénétration mutuelle entre ces diverses puissances; co^ui n'empécbe pas qu'il n'y ait suite et succession ininterrompue d.lns chacun de ces rayons qui réunis forment le rayon total. Souvent donc il arrivera que ce sera le (>oëte qui inspirera le philosophe; mais le philosophe, ainsi inspiré, n'en sera pas moins sorti des philosophies antérieures : pourquoi ? parce que le poète qui Ta inspiré a été inspiré luimême par la pensée philosophique, et n'a fait que refléter, dans sa plainte ou dans son hymne, le résultat définitif des philosopVies antérieures combinées avec la virtualité propre à la Natur^t au Genre Humain.

Ainsi donc il est une loi divine d'ordre et de succession à laquelle les plus grands individus, les plus libres [tenseurs sont soumis, et qui est telle qu'à un point de vue ils ne sont qw* effet, tandis qu'à un autre point de vue ils sont cause. Aussi, nous l'avons déjà dît ailleurs, quand on veut juger un homme, un philosophe, il faut prendre du obamp et de l'espace, et non seulement le placer dans l'époque où il a paru, mais le mettre en rapport avec les intelligences qui l'avaient précédé et celles qui l'ont sui\i, afin de le voir, pour ainsi dire, en place et en situation. Une note dans un concert, une phrase dans un discours, un mot dans une phrase, ne peuvent être isolés sans perdre en même temps toute leur valeur. La vie de l'Humanité est un discours et un concert poursuivi de siècle ei\ siècle. Ne voir dans la succession des grands esprits que l'œuvre du hasard, et nier, par conséquent, un plan suivi et providentiel dans le développement de l'esprit humain , est à nos yeux la plus ridicule des inepties et la plus grande des impiétés.

Quel exemple plus frappant de cette vérité pourrions-nous choisir que Descartes, qui, au premier coup d'œil superficiel, semble fait exprès pour prouver le contraire ? Voilà lin homme qui se retire de toutes les écoles, qui repousse toute tradition, (|ui fait plus, qui fuit loin de toute société, qui ne veutêtre d'aucun siècle, d'aucun pays, qui se ferme les yeux et se bouche les oreilles, qni, sans avoir la religion du moine, se monachise pour ainsi dire autant que possible, et qui se met à penser. C'est qn'il a pris en haine et en pitié les tyrannies de toute sorte qui régnent au sein de la philosophie. Il veut s'affranchir, et pouc cela il prétend se priver de toute communication spirituelle. Vit-on jamais penseur plus indépendant en apparence de l'Humanité de son temps, et en général de l'Humanité? Eh bien ! qu'il pense seul, il ne pensera jamais que par et pour l'Humanité, de par le passé et pour l'avenir. Le passé, l'avenir, l'enserrent et le limitent, quoi qu'il dise. Qu'est-ce, en eflet, en définitive que Descartes, sinon le protestantisme à sa dernière conséquence, en bien et en mal : en bien, car c*Qst le droit religieux

de l'individu que Descartes vient introniser dans le monde après Luther; en mal, car c'est la négation du droit religieux de la société collective qu'il vient soutenir aussi et vulgariser à sa manière après Luther? Luther est donc son maître^ son précurseur, son initiateur, quoiqu'il ne le voie pas; et Voltaire sera son disciple, qui reproduira le bien et le mal de Luther et de Descartes, en les augmentant encore. Je le répète, d'où Descartes a-t-il pris cette inspiration de penser uniquement par lui-même, et d'essayer la puissance du rationalisme solitaire ; et quel résultat final a eu la philosophie de Descartes, sinon d'établir la légitimité de la raison individuelle, mais de donner en même temps les limites de cette raison, dans le but ultérieur, et non encore atteint, que le domaine légitime de la raison individuelle et le domaine légitime de la raison collective seront un jour nettement séparés? Le résultat de cette philosophie a donc été adéquat au lien que Descartes avait avec l'Humanité. Descartes a donc été un chaînon, mais n'a été qu'un chaînon dans la chaîne du progrès de l'esprit humain. Prenez Descartes en lui-même, isolez-le de Luther, de Voltaire, etdeKant(i], l'un qui l'inspire, l'autre qui le pratique, et le troisième qui l'arrête, le limite et le définit. Descartes n'a plus de sens. Oui, évidemment, Descartes est venu afin que l'émancipation religieuse fût poussée à toutes ses conséquences, afin que le monde laïque fût complètement et radicalement afi'ranchi de l'Église, afin que l'homme de l'avenir fût un homme complet; et il a fallu aussi qu'après lui Voltaire et le siècle de Voltaire pratiquassent audaciensement le rationalisme, et que fa société devint poussière : mais Descartes est venu aussi afin que Kant arrivât un jour qui démontrât à Descartes que l'Écriture a eu raison de dire Vœ êoli I et afin que nous s(tyons désormais bien avertis qu'il ne faut pas porter dans la vie du mot et du tunu la méthode des géomètres : grande et sublime expérience qui a dû s'intercaler, ainsi que plusieurs autres également nécessaires, entpe le socialisme religieux du moyenâge et la société religieuse qu'engendrera l'avenir !

Chaque philosophie est ainsi une sorte d'expérience > chaque philosophe à son tour est un travailleur et un martyr dans cette route laborieuse que l'Humanité doit accomplir, et qui fait à la fois sa vie présente à chaque instant du temps et son progrès. Tous sont unis entre eux,

(1) Je dis Kant, et Je pourrais aussi bien dire Lamennais; car j'ai démontré ailleurs iSisais de Psychologie) que, par un remarquable syncbronisme , uoire Lamennais a accompli en France, et aYec le génie propre à la France, la même œuvre proYidentielle que Kant. Mais le nom de Kant est plus imposant pour les hommes qui ne veulent pas comprendre que la religion et la pliilosophie sont choses indissolubles. Si je disais Lamennais, ils refùseraienl d'admettre le r61e que cet homme religieux a pris dans la philosophie par sa criUque du rationalisme pur; en leur citant rauteur de la Critique de la raison pure, qu'ont-ils à répondre?

J9« LIVB. TOM. IL F. 19.

tous An moins se tiennent in visiblement; chacun vient à son tour, oomme les coureurs des PaDaihénées, prendre à ses devanciers, pour le porter plus loin, le flambeau de la vie :

later $e correntes, vilain et lampada ti*adunt.

Est-ce à dire pour cela que le fatalisme règne, et qu'il pèse sur chaque esprit dans ce développement successif de l'esprit humain? Non; chacun de ces grands lutteurs qu'on appelle philosophes déploie librement sa force au milieu des éléments où il se manifeste. Il repott sans doute son point initial des besoms de l'Humanité de son temps, et de la science générale de rHumanité manifestée par son temps ; mais, s'il reçoit cette impulsion, c'est apparemment qu'il vient au monde avec une innéité capable de recevoir cette impulsion : pourquoi en efiTet lui, et non pas tout autre? il est donc cause s'il est etTet, même à son point de départ. Fuis il reçoit de l'avenir une certaine attraction qui , bien qu'obscure, l'entrahie dans les voies de la Providence : mais, encore ici, c'est apparemment qu'il a en lui virtuellement l'amour du beau, de l'idéal; il est donc encore ici cause, s'il est effet. Sans doute il n'est pas cause par lui-même; naissance et but, (loint de départ et point de mire, tout cela, il est vrai, lui est donné par Dieu : mais qu'avons-nous sous ce rapport qui ne nous soit pas donné par Dieu?

Ainsi donc , pour résumer ce point, par des voies directes ou indirectes, tout philosophe participe nécessairement des travaux antérieurs de la philosophie. Hais nul n'est philosophe s'il ne fait subir à ces travaux une modification importante , s'il ne s'empare fortement de la pensée au point^où elle est arrivée de son temps, pour la féconder de son originalité propre, et la pousser en avant. Il y a des époques où Ton peut impunément fermer les livres, où il faut même les fermer : telle fut l'époque de Descartes, par exemple, relativement à sa mission. Il y a dos époques où il faut au contraire les ouvrir. Mais, soit que vous vous mettiez à penser en vertu de ce que l'état présent du monde vous a appris, soit que vous appeliez l'érudition à votre aide, toiyours il vous sera demandé de Caire subir à la pensée antérieure une transformation. A ce signe seul, vous serez philosophe. Donc, un système, en définitive, est tocyours le dernier mot qu'on exigera justement de

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