‹ Œuvres de Pierre LerouxChapitre 47 sur 55 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

Il est iiiipo66ible de séptrer U Religion et It Pbilosophle.

Mais peut-être on m'objectera ce que j'ai avancé tout-à-I'beure, que rHumanité entrait pour sa part dans le travail des philosophes, indépendamment de ridée pure.

a La différence entre les philosophes et les saints, me dira-t-H)n, ne Tiendrait-elle pas de ce que les hommes religieux sont mus par le sen^ timent, comme le vulgaire, comme l'Humanité, tandis que les philosophes sont consacrés uniquement au culte austère de la pensée? Vous venez de dire qu'outre l'idée pure, il y avait dans l'Humanité le sentiment. Ne serait-ce pas cet élément appartenant spécialement à l'Humanité, en tant qu'elle n'est pas pure pen^, qui donnerait la différence entre le philosophe et ce qui n'est pas le philosophe? Le philosophe, c'est l'abstraction pensée ; ce qui dans l'Humanité n'est pas le philosophe, c'est le sentiment. Vous venez vous-même d'admettre cette distinction, puisque vous venez de montrer que le développement toujours nouveau de la philosophie tenait à ce que l'Humanité ne reproduisait pas, sans la modifier, la pensée des philosophes, mais qu'elle la modifiait en vertu du sentiment qui vit en elle, indépendamment de la pensée pure. »

J'admets l'objection : mais quelle conséquence en tirer? Les philosophes sont-ils, oui ou non, des hommes? vivent-ils ou ne vivent-ils pas dans un certain milieu, dans un certain temps, dans un certain pays? Donc ils ne sont jamais idée pure.

Le philosophe tient à l'Humanité par le sentiment, comme l'Humanité tient au philosophe par l'idée.

L'Humanité n'étant pas uniquement pensée , le philosophe non plus n'est pas uniquement pensée, puisqu'il fait partie de l'espèce humaine.

Or, n'étant pas uniquement pensée, il est sentiment comme l'Humanité.

L'Humanité, en tant que sentiment, se communique donc à lui qui est aussi sentiment; et de cette inspiration naît en lui la pensée, mais la pensée entée sur un sentiment.

Et réciproquement, de cette pensée communiquée à l'Humanité, parce qu'elle aussi est pensée, naît le sentiment; mais le sentiment enté sur une pensée, lequel fleurit et se développe ensuite dans l'art, la politique, la science, la législation, l'industrie, etc.

Pleuve éternel, la vie circule et revient perpétuellement à sa source ; elle circule par le sentiment dans les individus, où elle pro-

duit la pensée» et revient parla pensée à sa source, rHumanité, fille de Dieu.

On peut donc bien distinguer, par une abstraction, Télément pensée; mais immédiatement après Tavoir reconnu, il faut reconnaître aussi quil ne peut vivre et se manifester que dans un milieu, qui est THumanité. Donc toujours Tidée pure, dans chaque penseur, est affectée d'une certaine forme provenant de l'Humanité, donnée par l'Humanité, forme qui est toujours une erreur^ si on la considère par rapport aux formes successives qui la remplaceront un jour.

Page 1