CHAPITRE I
Origine de l'école éelecUqoc aclaelle.
Je passe à Tobjet de la seconde partie de cet écrit, Técole éclectique de MM. Cousin et Jouffroy. Quant à cet éclectisme-là, il ne se perd pas pour nous dans la nuit des temps : nous Tavons vu naître, se poser, se professer, se propager; et nous pouvons aujourd'hui, à notre aise, en contempler les effets. « Il y a environ vingt ans, dit un disciple de » cette école dans l'article Éclectisme de VEncychpédie des gens du D monde, que Téclectisme fut proclamé par M. Cousin comme devant » être la philosophie du dix-neuvième siècle. Depuis son origine, l'é- D clectismc a joui d'une fortune très brillante. Ni les applaudissements D du public , ni les distinctions lionoriflques du gouvernement, n'ont D manqué à ses représentants principaux. A partir de i830, il est de* » venu, non pas la philosophie de l'État, ce qui, en supposant que la D chose eût été possible, l'eût rendu à jamais odieux, mais la philoso- 1» phie de l'Université de France. » Puisque l'éclectisme est, à ce qu'on nous assiure, la philosophie de l'Université de France, et même un peu, sans qu'il y paraisse, la philosophie de l'État depuis 1830, nous voilà bien forcés, en vérité, d'examiner si l'Université et l'État se trouvent avoir, depuis 1 830, une bonne philosophie.
La première chose à chercher, c'est l'origine des idées et des sentiments qui ont conduit MM. Cousin et Jouffroy à embrasser cette méthode. Rien ne donne mieux l'explication d'un mouvement philosophique, quel qu'il soit, que de préciser exactement son point de départ.
RÉFUTATION DE L'ECLECTISME. 331
Nous avons déjà eu occasion, dans un recueil périodique (i), de nous expliquer sur Torigine de réclecUsme; qu'on nous permette donc de répéter en partie ici ce que nous disions à ce sujet il y a déjà quelques années :
a On sait que la Révolution et l'Empire ayant rompu toute la tradition du passé, et l'Empire s'étant mis en réaction contre la philosophie du dix-huitième siècle, l'École Normale participa de cette réaction, et devint comme un séminaire où l'on s'efforçait de cultiver les langues, la littérature, et les matières philosophiques pour elles-mêmes, et indépendamment de la vie politique et sociale. Il s'agissait de former des rhéteurs ou des dialecticiens, comme à l'École Polytechnique des ingé* nieurs ou des officiers d'artillerie. Le génie de Napoléon était de fragmenter les hommes pour en faire des instruments; toutes ses institutions allaient là. L'époque d'ailleurs était favorable : on se prosternait alors devant le principe de la division du travail; dans l'industrie, l'idéal eût été de faire des hommes qui auraient eu une merveilleuse capacité à percer un trou diaiguille'', et qui n'en auraient pas eu d'autre.
» La psychologie devint donc à l'École Normale ce qu'était à l'École Polytechnique le calcul différentiel. Le génie des philosophes du dixhuitième siècle n'entra pas dans celte école : il fut consigné à la porte. De tous les penseurs qui avaient donné à la France une si grande initiative, on ne voulut connaître à l'École Normale qu'un seul homme, un homme spécial, Condillac. Voltaire, Montesquieu, Diderot, J.-J. Rousseau, n'y paraissaient pas de grands philosophes. Et, je le répète, ce n'est pas à un dessein prémédité, à une volonté particulière, qu'il faut attribuer ce délaissement de la philosophie pour la psychologie; hors de l'École Normale, c'était la même chose.
» En faisant exception de quelques hommes profondément ignorés pendant leur vie, tels que Saint-Simon, on peut dire qu'en France la philosophie est descendue au tombeau avec Voltaire et Rousseau, Diderot et Condorcet. Après la Révolution Française, en effet, leurs successeurs n ont plus été que des idéologues. Il a existé une science appelée idéologie, ou, comme d'autres l'appellent, psychologie, une science particulière, qui tient sa place dans l'ordre des connaissances humaines, comme la physique ou la physiologie; mais il n'y a plus eu de philosophes. Comment Napoléon nommait-il les hommes qui de son temps semblaient, par la nature de leurs travaux, occuper la place des philosophes du dix-huitième siècle ? comment ces hommes se nommaient-ils eux-mêmes? des idéologues. Et plus tanl, sous la Restauration, si l'on examine avec attention l'influence réelle et la nature des
(1) La Revue Enqfclopédique^ année 1833.
travaux philosophiques de cette époque, on verra, dans ceux qui prennent le titre de philosophes, des psychologues, des littérateurs, des historiens, des traducteurs de philosophies anciennes ou modernes, mais non pas des philosophes.
» Au dix-huitième siècle, le domaine de la philosophie était immense. La France, comme le reste de TEurope, étant encore soumise au régime théologique et féodal, toute idée qui de près ou de loin attaquait ce régime, fût-elle vraie ou fausse, raisonnable ou absurde, prenait par cette tendance seule une grande importance. Un lien secret s'établissait entre toutes les idées novatrices; et tout effort pour détruire la constitution théologique et féodale était de la phUosophie. Voilà rère des philosophes ; mais sous TEmpire leur règne était passé. La partie critique de leur œuvre était accomplie, et il ne s'agissait pas encore d'en développer la partie organique. Le grand travail philosophique paraissait donc suspendu ; on s'occupait seulement des sciences particulières.
B En opposition donc aux idéologues sectateurs de Condillac, l'école officielle chercha à l'étranger quelques innovations avec lesquelles elle pût combattre ce qu'elle appelait la philosophie du dix-huitième siècle. H. Royer-Collard y importa Reid et les Écossais.
» Voilà tout le secret de cette grande insurrection contre le matérialisme et le sensualisme dont on a fait tant de bruit, et dont ceux qui y ont pris part se sont si magnifiquement complimentés entre eux. En disant cela, je ne veux en aucune manière jeter du blâme sur cette réaction spiritualiste qui a été utile, et à laquelle l'École Normale a contribué; je veux seulement montrer par quelle voie cette école fut conduite à ignorer, à méconnaître et à attaquer la philosophie du dixhuitième siècle.
n Après H. Roycr-Collard vint M. Cousin, qui, sur les traces de son maître, commença par enseigner la psychologie expérimentale des Écossais. Et, je le répète, grâce à la lassitude de la nation et au dénigrement de l'Empire, les grands hommes du dix-huitième siècle étaient tellement abandonnés, et leur inspiration si oubliée, qu'il put, au nom de la psychologie et de l'école Écossaise, attaquer tout le Dix-Huitième Siècle philosophique et le nier hardiment, faisant à ses élèves et à luimême l'effet d'une originalité toute nouvelle. On eût dit, à l'entendre, que la philosophie commençait en France, et qu'elle y naissait pour la première fois. Hais M. Cousin ne resta pas longtemps Écossais, il se hâta de passer en Allemagne. L'Allemagne était un pays nouveau à voir, et dont on pouvait tirer de beaux effets. Grâce à cette heureuse flexibilité d'esprit qu'un de ses amis (i) relève comme son trait carac-
(1) M. Damiron.
téristique, « et qui, dii-il, prenant une habitude aussi vite qu'elle en » quitte une autre, se prêle atout, » M. Cousin eut bientôt d'un professeur Allemand l'apparence et le langage.
» M. Jouffroy ne suivit pas M. Cousin dans ce voyage. Il le laissa courir fortune à Kœnigsberg et à Berlin. Pour lui, il resta avec Técole Écossaise ; mais, à quelques années de là, il se rencontra avec lui dans l'éclectisme.
1^ L'éclectisme, en effet, devait naître de la psychologie entendue et cultivée comme elle l'avait été à l'École Normale. C'était le fruit naturel du germe déposé dans cette école sous l'Empire. Le gouvernement qui dit à M. de Fontanes : a Formez-moi des hommes qui sachent de la logique, de l'analyse, et qui, fidèles sujets de l'empereur, ne s'occupent de politique et de religion que pour respecter et maintenir ce qui est, » ce gouvernement a engendré l'éclectisme. Formé d'après cette règle, on était logicien, abstracteur, psychologue ; on n'était d'aucun siècle et d'aucun temps , on n'appartenait à aucune tradition , on n'en connaissait aucune; on était surtout complètement indifférent à l'œuvre de la philosophie du Dix-Huitième Siècle et de la Révolution : premier caractère de l'éclectisme. Ensuite, comme on avait étudié la psychologie pour elle-même, comme une chose absolue en soi et parfaitement détachée du reste, comme on s'était appliqué avant tout à bien isoler son domaine de celui de toute autre science, il était tout naturel qu'on considérât toutes les sciences et tous les arts comme autant de sphères distinctes entre lesquelles il n'existait aucun lien. Du moins n'avait-on dans l'âme aucun sentiment, dans l'esprit aucune idée qui pût servir de pont entre toutes les parties de la connaissance et de l'activité humaine ; on était nécessairement fragmentaire.
D Hé bien, c'est cette négation même de toute philosophie que M. Cousin et H. Jouffroy transformèrent en philosophie, vers la fin de la Restauration, sous le nom à' Éclectisme.
» H. Cousin prononça le mot, M. Jouffroy le répéta. Ce fut ainsi que par des voies diverses, ils vinrent aboutir au même résultat. L'un avait couru le monde, l'autre était resté chez lui ; mais telle fut l'infiuence de leur point initial qu'ils durent se rencontrer et s'accorder dans l'éclectisme.
» Un psychologue, et siurtout un psychologue de notre temps, est un homme qui n'a ni tradition ni but; en cela il ressemble à un chimiste ou à un physicien. Sans doute il peut, comme Condillac ou H. de •Tracy, accomplir un travail en accord parfait avec la philosophie d'une époque , et, sous ce rapport, il prend rang parmi les philosophes : mais il n'est pas philosophe au seul titre de psychologue. Demandez à un psychologue quelle est sa tradition : il n'en a pas, et il ne soupçonne pas même qu'il soit besoin d'en avoir une. Demandez-lui quel
travail accomplit aujourd'hui rHumanité: il ne s'imaginerait jamais que la détermination de ce travail fût l'objet de la philosophie.
i> Si donc un tel homme, après avoir longtemps exercé son esprit et sa dialectique sur les questions qu'il regarde comme constituant à elles seules la |>hilosophie, sort un jour de son sujet habituel pour contempler le monde et la politique ; s'il vient à s'occuper de toutes les questions saisissantes de la science sociale, qu'arrivera-t-il? Froid, glaeé, indifférent, il contemplera tons les systèmes, et affectera de n'être d'aucun pour paraître supérieur à tous; il critiquera tous les partis et restera immobile, incapable d'agir, ne sentant ni le passé ni l'avenir.
B Voilà la disposition originelle, la préparation de cœur, si je puis m'exprimer ainsi, qui a engendré l'éclectisme. 11 s'est trouvé des hommes qui avaient étudié la psychologie, et qui étaient restés étrangers au mouvement du siècle, étrangers à l'histoire; des hommes qui ne procédaient pas de l'esprit émancipateur du Dix-Huitième Siècle; des hommes pour qui la Révolution Française n'était pas plus que tout autre événement historique; des hommes façonnés dans l'école offlcielle et réactionnaire de l'Empire.
Ces hommes ainsi faits, ces hommes sans tradition, sans racines spirituelles dans le passé, se trouvaient placés entre la philosophie du Dix-Huitième' Siècle et l'école théologique. N'ayant pas, par euxmêmes, une philosophie, et habitués à considérer la philosophie du Dix-Huitième Siècle comme du matérialisme, précisément parce qu'ils ne l'avaient comprise qu'en -psychologues, ils prétendirent intervenir généreusement entre le sensualisme et la théologie : ils se firent spiritualistes, mais spirilualistes rationalistes; et ils appelèrent cela de l'éclectisme.
» Ils se trouvaient placés entre l'ancien régime et la révolution : ils ne se décidèrent ni pour l'un ni pour l'autre, mais tâchèrent de s'arranger avec l'un et avec l'autre; ils appelèrent encore cela de l'éclectisme.
» Us se trouvaient placés entre la monarchie et la république; ils firent une théorie de ces deux gouvernements accouplés, et ils appelèrent encore cela de l'éclectisme.
x> Et voyant qu'ils avaient un mot qui s'adaptait merveilleusement à leur situation en toute chose, ils prétendirent que ce mot à lui seul était une philosophie.
» L'éclectisme moderne résulta ainsi des opinions qui se débattaient autour de lui, et fut le produit des circonstances.
» Il y eut aussi des éclectiques dans l'antiquité, du moins en leur a donné ce nom ; mais quelle différence I La philosophie Alexandrine était une philosophie ; le Néo-Platonisme était un système.
» Vers la fin du second siècle, les disciples de Platon voulurent con-
quérir à leur doctrine agrandie toutes les croyances, toutes les religions. Ils se firent conciliateurs, éclectiques. Hais ils ne se tinrent pas pour cela dans une neutralité impuissante; ils ne prirent pas la nullité pour la philosophie ; ils ne se bornèrent pas non plus à choisir dans les différentes sectes les opinions qui leur paraîtraient les meilleures. L'éclectisme antique, au contraire, avait la prétention d'être la vraie, l'universelle religion. Ammonius, son fondateur, essaya ce qu'il y a de plus grand au monde : il entreprit d'expliciter toutes les religions et toutes les philosophies, et de les réunir eu un commun symbole. L'Orient lui paraissait la source.de toute doctrine. Hermès, chez les Égyptiens, Platon chez les Grecs, étaient les deux principaux initiateurs qui avaient infiltré en Occident les idées Orientales; avec eux donc on pouvait remonter à la source de toutes les sectes qui se partageaient le monde Gréco-Romain, et concilier ainsi toutes ces sectes. Mais il fallait restaurer l'antique et primitive philosophie, dont toutes les croyances et toutes les superstitions n'étaient que des émanations et des débris. Il l'entreprit; il s'expliqua sur l'Univers, sur la Divinité, sur l'éternité du monde, sur la nature de l'âme, et sur toutes les questions que le sentiment religieux soulève au cœur de l'homme. Puis il interpréta, il expliqua les opinions des autres sectes, de manière qu'elles parurent ne faire que refléter le système des Égyptiens et de Platon. Et sa doctrine ainsi constituée, il en déduisit une pratique, une morale, une règle de vie (1). Plotin, son disciple, Porphyre ensuite, Jamfolique, successeur de Porphyre, et plus tard Maxime et Proclus, confirmèrent, perfectionnèrent, défendirent ce grand système, que Julien, leur élève, voulut faire prédominer par la politique sur le Christianisme naissant. Rien de plus systématique donc que l'éclectisme ancien, puisque c*étiit pour ainsi dire la moelle et la substance de tous les systèmes. C'était la doctrine des doctrines, la religion des religions. Polythéisme Oriental, Indien ou Égyptien, Sabéisme de Zoroastre. Paganisme Grec et Romain , croyances de Pythagore et de Platon, Judaïsme et Christianisme, tout devait s'abîmer et se retrouver dans la philosophie universelle ; tout devait y venir dépouiller ses symboles, ses superstitions, ses souillures; toutes les traditions, tous
(I) C'est du moins Topinion de Brucker, qui attribuerait volontiers à Ammonius tout ce qui se trouve dans les Ennéades de Plotin, et qui ne verrait dans Plotin, Hérennius, Origène le Païen, que des divulgateurs indiscrets de la doctrine quMls avaient reçue d'Aromonios, et qu'ils s^étaient engagés entre eux k tenir secrète : ^ Et hoc » constat, arcanam hatwtsse Ammonium doctrinam suam^ et ita quoque custodiendam » dùcifmlis tradidisse, eos autem officii immemores tandem novam philoeophiam w/- 9gasee, (Brucker, tom. II.) » Mais Ammonius eut-il réellement par lui-même une doctrine aussi complète que le veut Bnicker? Nous n'avons là-dessus aucun témoignage décisif.
les dogmes devaient s'y confondre. Encore une fois, c'était une philo- Sophie, une religion : ce fut la religion d'Origène et de plu^eors autres Pères du Christianisme; ce fut la matière première du Chnstîanîsme; ce fut aussi la source de toutes les hérésies. Cet éclectîsme-ià dura sept siècles avantde se transformer. Voilà de la grandeur et de la puissance.
» Mais c'est parodier un nom que de s'appeler éclectiques pour si peu de chose, que ne se décider sur rien.
» Il est vrai, quand M. Cousin conmiença à parler d'éclectisme, il avait une idée : il sortait de Proclus, qu'il venait d'éditer, et il voulut un jour, à l'imitation des Alexandrins, refondre les systèmes philosophiques, et constituer avec eux un système plus compréhensif qui les embrasserait tous. Mais cette idée ambitieuse ne fit que traverser sa pensée ; il ne flt rien pour la réaliser. Ses voyages en Allemagne ne tardèrent pas d'ailleurs à le détourner de son impulsion première; car il trouva là tout fait un autre genre d'éclectisme qui lui donna complètement le change. La métaphysique allemande, se prêtant à l'immobilité politique, avait pris les devants : Hegel et son école étaient arrivés, de la justification du passé, à conclure la justification du présent Facile, comme nous l'avons déjà dit, à prendre toutes les impressions, et plus imitateur qu'inventeur, dépourvu en outre de ces solides atta* chements du cœur, si utiles pour lester et retenir dans la droite voie l'imagination d'un philosophe, M. Cousin ne fit pas difficulté d'emprunter la doctrine de l'école de Berlin; il quitta rapidement une imitation pour une autre, et, cachant sous le nom d'éclectisme, pris à Proclus et aux Alexandrins, la justification du passé et celle du présent, prises à Hegel, il réussit ainsi à faire deux plagiats d'un coup. C'était donner un faux nom à une fausse doctrine. Quoi qu'il en soit, il se mit à parader avec le mot, et le mot fit quelque fortune; car il se trouvait à l'usage des politiques qui s'étaient enchevêtrés entre l'ancien régime et la révolution. Plusieurs vinrent donc à son aide, et l'éclectisme se trouva bâclé en quelques mois. Cette philosophie nouvelle, qu'il s'agissait d'élever sur les ruines et avec la substance des religions et des philosophies, vint abouUr à un misérable syncrétisme politique, et se réduire à cette formule : Prenez une dose de monarchie, une dose d'aristocratie, et une dose de démocratie, vous aurez la Restauration ou le Juste-Milieu, et ce sera rÉclectisme.
» L'éclectisme donc ne parut dans le monde que pour devenir le couronnement et le mot d'ordre philosophique de cette école Doctrinaire si obstinément attacliée à la Légitimité, non par goût, non par séduction, mais par impuissance; sans netteté, sans enthousiasme, et sans grandeur; qui, en politique, n'a jamais compris ni la Convention ni Napoléon, ce qui suffirait pour la juger, et qui a attaqué le Dix- Huitième Siècle et la Révolution Française sans avoir pour excuse le sen-
timent de la grandeur du passé, ni le pressentiment de Tayenir ; qui n'a recueilli de riiéritage de madame de Staël que ses colères de femme contre des colosses; du plus mauvais goût eu art et en. poésie; sans idéal comme sans sympathie aucune pour le peuple ; ne connaissant d'ailleurs nila misère des prolétaires^ ni la vie qui fermenteau sein de notre époque ; sans religion, et n'en sentant pas le besoin.
D C'est ainsi que, Doctrinarisme et Éclectisme sont devenus synony* mes. Quant à rÉclecUsme en lui-même, il y a long-temps déjà qu'on lésait, ce n'est rien> ce n'est pas même une compilation. Qu'on nous montre les travaux entrepris par les éclectiques modernes pour accorder et concilier les philosophies et les religions. Sans doute il y a une conciliation possible entré les systèmes. Le Christianisme, par exemple, et la philosophie critique, en s' expliquant, viendront un jour à se comprendre ; et, dans le développement successif de THumanité, il y a un mystère de transformation qui associera ensemble à l'œuvre du Catholicisme l'œuvre de Luther et de ses successeurs. Mais la conciliation entre deux systèmes n'est possible qu'à la condition d'un système supérieur à eux. Ayez donc le sentiment de l'idée supérieure qui doit remplacer deux idées en apparence adverses, et poussez à cette idée. Hais si, au contraire, vous voulez seulement opérer pour ainsi dire mécaniquement sur deux idées, vous ne réussirez pas à les unir, ou vous ne ferez qu'un amalgame dégoûtant. Avant que l'éclectisme nar quit à Alexandrie, il y avait aussi là des hommes qui imaginaient de concilier des systèmes en prenant un miheu , comme on prend une moyenne arithmétique entre des quantités. On appelait cela du sjncrétisme. Nos éclectiques de Paris n'ont pas même tenté en grand l'œuvre des syncrétistes d'Alexandrie.
D Qu'ont-ils donc fait? Nous l'avons déjà dit : Prenez une dose de
monarchie, une dose d'aristocratie, et une dose de démocratie, vous aurez l'Éclectisme. Voilà la seule formule que nous leur connaissions; qu'on nous en cite une autre. ,p